La nouvelle stratégie américaine en Afghanistan est risquée, selon des experts

Chargement en cours
 Des chasseurs furtifs F-22 Raptor ont été utilisé pour la première fois par l'armée américaine en Afghanistan

Des chasseurs furtifs F-22 Raptor ont été utilisé pour la première fois par l'armée américaine en Afghanistan

1/2
© AFP, Andrew CABALLERO-REYNOLDS
A lire aussi

AFP, publié le mercredi 22 novembre 2017 à 18h37

L'importante campagne de bombardements lancée contre les talibans, axe de la nouvelle stratégie des Etats-Unis en Afghanistan, pourrait être contre-productive et aliéner la population locale en cas de hausse des victimes civiles, selon les experts.

En août, le président Donald Trump a annoncé un changement de stratégie dans la mission de l'Otan commandée par le général John Nicholson. Elle prévoyait des renforts militaires --14.000 militaires désormais déployés--, l'intensification des bombardements et la lutte contre le narco-trafic qui finance les talibans.

Au 31 octobre, les Américains avaient largué 3.554 bombes depuis le début de l'année, soit trois fois plus que sur l'ensemble de 2016 (1.337). 

Dans la nuit de dimanche à lundi, des avions américains ont frappé pour la première fois des laboratoires de production d'héroïne dans le Helmand, la "province du pavot" majoritairement sous contrôle taliban, afin d'attaquer leur principale source de revenus.

L'Afghanistan est le premier producteur mondial d'opium et cette économie souterraine rapporte environ 200 millions de dollars aux talibans par an, selon Washington.

Des chasseurs furtifs F-22A Raptors ont participé pour la première fois à ces raids. Au côté de drones, les forces américaines ont pu déployer dans le ciel afghan cet armement technologique de pointe après la défaite du groupe Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Les militaires assurent que leurs frappes sont les plus précises de l'histoire mais pour Andrea Prasow, responsable de l'ONG Human Rights Watch, les Américains pourraient se mettre à dos la population afghane si l'augmentation des raids mène à davantage de victimes civiles.

La question des victimes civiles de bombardements est très sensible en Afghanistan. D'après un récent rapport des Nations unies, 466 civils --pour deux tiers des femmes et des enfants-- ont été tués ou blessés dans des bombardements aériens entre janvier et septembre, en hausse de 52% par rapport à la même période en 2016.

"L'administration Trump a été claire, elle ne veut pas participer à ce qu'on appelle la +mise en place d'un Etat moderne+ mais si elle se concentre sur l'engagement militaire, les Etats-Unis vont se créer des ennemis là où ils devraient se faire des amis", a déclaré Mme Prasow à l'AFP.

En septembre, un raid américain à Kaboul a fait plusieurs victimes civiles en pleine visite du ministre américain de la Défense Jim Mattis et du secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, venus réaffirmer leur "engagement" en Afghanistan contre le terrorisme.

- 'Reprendre l'offensive' -

La hausse des victimes civiles pourrait aussi braquer la communauté internationale, alors que certains pays membres de l'Otan semblent renâcler à relever le niveau de leur engagement après seize ans de guerre.

En 2015, une frappe américaine sur l'hôpital de l'ONG Médecins sans frontières à Kunduz avait fait 42 morts dont 24 patients et créé un tollé international.

Pour John Hannah, ancien conseiller du vice-président républicain Dick Cheney, "il n'y aucun doute" sur le fait que les pertes civiles vont augmenter avec des bombardements plus intenses.

"Mais un soutien aérien américain accru, s'il est combiné avec les autres éléments de la nouvelle stratégie, pourrait permettre à l'armée afghane de reprendre l'offensive et, à terme, de renverser le cours de la guerre", a-t-il expliqué à l'AFP.

La lutte contre le narco-trafic des talibans est essentielle, selon M. Hannah. "Il doit y avoir un effort très important sur les principales sources de revenus des ennemis si on veut que cette stratégie ait des chances de succès", a-t-il affirmé, citant en exemple les frappes aériennes sur les installations pétrolières aux mains de l'EI en Irak et en Syrie qui ont privé les jihadistes de moyens financiers.

Mais les renforts de troupes ne sont pas forcément un gage de réussite. Fin 2009, le président démocrate Barack Obama avait annoncé l'envoi temporaire de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan, faisant passer le contingent américain à 100.000 hommes, aux côtés de 50.000 militaires de pays alliés. Les victoires militaires avaient été nombreuses mais les talibans avaient reconquis le terrain perdu après le retrait des troupes.

Selon le général Nicholson, ce retrait était "trop important et trop rapide". Ce qui n'arrivera pas puisque la nouvelle stratégie de Donald Trump en Afghanistan prévoit une présence militaire américaine illimitée dans ce pays.

 
3 commentaires - La nouvelle stratégie américaine en Afghanistan est risquée, selon des experts
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]