La menace de prison visant Alexeï Navalny à son retour en Russie se précise

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Des masques à l'effigie de l'opposant russe Alexei Navalny et du président Vladimir Poutine vendus dans un kiosque à souvenirs, à Saint-Petersbourg le 14 janvier 2021
Des masques à l'effigie de l'opposant russe Alexei Navalny et du président Vladimir Poutine vendus dans un kiosque à souvenirs, à Saint-Petersbourg le 14 janvier 2021
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© AFP, Olga MALTSEVA
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, publié le jeudi 14 janvier 2021 à 15h51

Les services pénitentiaires russes ont annoncé jeudi leur intention d'arrêter Alexeï Navalny s'il rentre en Russie dimanche, lui reprochant d'avoir violé les conditions d'une peine de prison avec sursis, et l'opposant dénonce des manoeuvres du Kremlin pour l'effrayer.

Ennemi juré du pouvoir russe, Alexeï Navalny se trouve depuis le mois d'août en convalescence en Allemagne où il avait été transféré médicalement après être tombé dans le coma au retour d'un voyage en Sibérie, victime d'un empoisonnement présumé.

Mercredi, il a annoncé son intention de revenir en Russie dimanche, malgré les menaces des services pénitentiaires russes (FSIN) qui assurent qu'il est recherché depuis fin décembre et risque l'emprisonnement.

"Le service fédéral des prisons russes est obligé de prendre toutes les mesures nécessaires pour arrêter le contrevenant Alexeï Navalny, dans l'attente d'une décision du tribunal de remplacer sa peine avec sursis par une peine (de prison) ferme", a répété jeudi le FSIN dans un communiqué.

Le FSIN reproche à l'opposant, âgé de 44 ans, de ne pas s'être présenté auprès des services pénitentiaires russes deux fois par mois comme l'exigent les conditions d'une peine de 3,5 ans de prison avec sursis à laquelle il a été condamné en 2014.

Si le FSIN admet "prendre en compte" le fait qu'Alexeï Navalny se trouvait pendant trois semaines dans le coma dans un hôpital berlinois, il assure que l'opposant n'a pas répondu à une convocation le 23 octobre et n'a "notifié qu'un mois plus tard" qu'il était en Allemagne.

- Enquête pour fraude -

"Le fait de subir des procédures de rééducation n'est pas une raison pour ne pas se présenter" à l'inspection pénitentiaire, à la suite de quoi M. Navalny "a été placé sur la liste des personnes recherchées avec l'ordre de prendre des mesures pour l'arrêter".

Pour l'opposant, ces menaces sont des manoeuvres des autorités russes pour l'empêcher de rentrer. "Ils font tout pour m'effrayer et tout ce qui reste à Poutine, c'est d'afficher une pancarte sur le Kremlin qui dit +Alexeï, s'il te plaît, ne rentre en aucun cas+", a-t-il déclaré mercredi dans la vidéo annonçant son retour.

Le sulfureux homme d'affaires Evguéni Prigojine, réputé proche du président russe Vladimir Poutine et qui a déposé plusieurs plaintes contre Alexeï Navalny ou son organisation ces dernières semaines, s'est, lui, dit satisfait du retour annoncé de l'opposant.

"Sois un homme et rentre à la maison. Purge ta peine et tu sortiras avec la conscience tranquille", a-t-il lancé, selon un communiqué de son entreprise qui a été visée par des vidéos de l'opposant dénonçant la corruption.

Fin décembre, une enquête pour fraude a aussi été ouverte, M. Navalny étant soupçonné d'avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros au taux actuel) de dons.

Alexeï Navalny était resté plusieurs semaines dans le coma après son arrivée en Allemagne. Selon trois laboratoires européens, il a été victime d'un empoisonnement au Novitchok, agent innervant développé à l'époque soviétique.

Cette conclusion a été confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), malgré les dénégations répétées de Moscou. L'opposant affirme que les services de sécurité russes (FSB) ont cherché à l'assassiner sur l'ordre direct de Vladimir Poutine.

Largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d'abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK).

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