La mairie de Budapest conquise par l'opposition, revers pour Orban

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Le candidat de centre-gauche Gergely Karacsony prend la parole devant ses partisans après sa victoire aux élections municipales à Busapest, le 13 octobre 2019
Le candidat de centre-gauche Gergely Karacsony prend la parole devant ses partisans après sa victoire aux élections municipales à Busapest, le 13 octobre 2019
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© AFP, Attila KISBENEDEK

, publié le lundi 14 octobre 2019 à 00h10

Les adversaires du Premier ministre hongrois Viktor Orban ont remporté une victoire surprise dimanche en s'emparant de la mairie de Budapest tenue par le parti ultraconservateur au pouvoir, qui essuie son premier revers électoral en près de dix ans.

C'est l'élu de centre-gauche Gergely Karacsony, candidat commun de plusieurs formations d'opposition, qui l'emporte face au maire sortant et candidat du pouvoir Istvan Tarlos, qui dirigeait la capitale hongroise depuis 2010, selon le décompte de 81% des bulletins de vote.

Selon ces résultats, M. Karacsony, 44 ans, ravit Budapest à la droite nationaliste avec 50,6% des voix contre 44,2% pour M. Tarlos, 71 ans, un fidèle de Viktor Orban.

Des élections municipales se sont tenues dimanche dans toute la Hongrie et la conquête de la capitale, métropole de 1,7 millions d'habitants, était l'objectif le plus ambitieux des adversaires de Viktor Orban, dirigeant souverainiste dont le parti Fidesz domine la scène politique hongroise depuis des années.

Le nouveau maire de Budapest, pro-européen et de sensibilité écologiste, a salué une "victoire historique" tandis que le Premier ministre a reconnu la défaite et s'est dit "prêt à coopérer" avec la nouvelle assemblée municipale, lors d'un discours aux militants de son parti.

Selon les résultats partiels dimanche soir, l'opposition réalise également une meilleure performance qu'attendu en province, où elle l'emporterait dans 10 des 23 principales villes du pays quand elle n'en détenait que quatre jusqu'alors. Le Fidesz reste largement majoritaire dans les zones rurales et les communes de taille moyenne.

"Cette élection prouve que la coopération de l'opposition fonctionne. L'opposition a obtenu son meilleur résultat depuis des années avec sa nouvelle stratégie" de listes communes, estime Andras Biro-Nagy, analyste du groupe de réflexion Policy Solutions.

En s'unissant, les adversaires de Viktor Orban voulaient montrer que le Premier ministre, au pouvoir depuis 2010 et largement réélu pour un troisième mandat d'affilée au printemps 2018, n'est pas imbattable. 

- Budapest "verte et libre" -

Au fil de nombreuses réformes institutionnelles, Viktor Orban est accusé d'avoir porté atteinte à l'Etat de droit et à l'équilibre des pouvoirs en Hongrie tout en devenant le modèle des droites nationalistes en Europe et outre-Atlantique avec ses postures véhémentes contre les migrants.

"Nous ramenons Budapest en Europe. Budapest sera verte et libre", a lancé Gergely Karacsony à ses supporteurs dimanche soir sous des salves d'applaudissements.

Les sondages avant l'élection donnaient les deux candidats au coude-à-coude avec une légère avance du maire sortant. 

Maire d'un arrondissement de Budapest, Gergely Karacsony était soutenu par plusieurs partis de gauche, libéraux et centriste. La formation d'extrême droite Jobbik, qui se présente désormais comme un parti conservateur anti-Orban, n'avait pas présenté de candidat, ralliant implicitement cette coalition.

En 2018, cet ancien chercheur en sciences politiques aux allures d'intellectuel avait été le chef de file de la gauche pour les élections législatives, obtenant un modeste score de 11,9%, bien loin derrière Viktor Orban.

Mais dans la capitale hongroise, à l'électorat plus libéral que dans le reste du pays, les partis d'opposition avaient totalisé davantage de voix que le parti Fidesz du Premier ministre aux derniers scrutins européens et législatifs. 

Gergely Karacsony n'avait pas hésité à comparer la bataille de Budapest à la récente élection municipale d'Istanbul, fief du président Recep Tayyip Erdogan conquis en juin par le candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu que le Hongrois était allé rencontré cet été.

Signe de la fébrilité suscitée par l'élection dans ce pays de 9,8 millions d'habitants, la campagne s'est déroulée dans un climat délétère, rythmé par des allégations de corruption, des diffusions de vidéos intimes d'élus locaux mis en cause pour leurs frasques et des provocations en série.

Juste avant le jour du vote, le maire Fidesz de la ville de Gyor (ouest), l'un des poumons économiques de la Hongrie, s'est retrouvé pris dans un scandale lié à la publication de photos le montrant lors d'une "orgie" sur un yacht. Une affaire particulièrement malvenue pour le parti du pouvoir qui s'affiche en défenseur de la famille traditionnelle et des valeurs chrétiennes.

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