La Cour suprême, une lueur d'espoir pour Lula

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Le président brésilien Jair Bolsonaro et le ministre de  la Justice et de la Sécurité publique Sergio Moro, à  Brasilia le 29 août 2019
Le président brésilien Jair Bolsonaro et le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Sergio Moro, à Brasilia le 29 août 2019
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© AFP, EVARISTO SA

, publié le jeudi 17 octobre 2019 à 23h23

Incarcéré depuis avril 2018 pour corruption, l'ex-président brésilien Lula commence à voir pointer une lueur d'espoir dans son long tunnel politico-judiciaire, à la faveur de jugements de la Cour suprême qui pourraient aboutir à terme à sa libération.

Même si le président actuel Jair Bolsonaro lançait en pleine campagne il y a un an qu'il souhaitait voir Luiz Inacio Lula da Silva "pourrir en prison", le vent semble avoir tourné.

L'arrivée au gouvernement en janvier de Sergio Moro, l'ennemi juré de Lula, a changé la donne. C'est lui qui avait condamné l'ex-président (2003-2010) à 9 ans et 6 mois de réclusion en juillet 2017, une peine réduite à 8 ans et 10 mois en avril dernier.

Accusé d'avoir reçu un appartement en guise de pot-de-vin de la part d'une entreprise de bâtiment, Lula, 73 ans, a toujours clamé son innocence, s'estimant victime d'un complot pour l'empêcher d'arriver au pouvoir. 

Il était donné favori des sondages pour la présidentielle d'octobre 2018, à laquelle il n'a finalement pas pu participer, assistant impuissant à la victoire de Jair Bolsonaro. Ce dernier a justement choisi Sergio Moro, considéré comme un héros de la lutte contre la corruption, comme ministre de la Justice.

- Messages compromettants -

De quoi mettre en doute selon les avocats de Lula l'impartialité de l'ancien magistrat, un sentiment renforcé par les révélations explosives de The Intercept Brasil. 

Ce site d'investigation a commencé à publier en juin des échanges de messages montrant une connivence entre Sergio Moro et les procureurs chargés de l'opération "Lavage express", enquête anticorruption tentaculaire qui a fait trembler l'ensemble de la classe politique brésilienne.

"Les relations entre Moro et la Cour suprême n'ont jamais été bonnes, mais à présent, les hauts magistrats disposent d'éléments pour revenir sur ses décisions", explique à l'AFP Thiago Vidal, du cabinet de consultants Prospectiva.

"Beaucoup de gens qui considéraient Moro comme un super-héros se sont rendu compte d'une série de graves vices de forme dans sa façon de conduire les procès", renchérit Thiago Bottino, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas (FGV).

Le rôle de la Cour suprême est justement de s'assurer que les procès se déroulent dans le respect de la Constitution.

Les 11 magistrats de la plus haute juridiction du Brésil doivent commencer jeudi à siéger pour un jugement qui pourrait affecter directement le sort de Lula. 

Ils doivent décider si une personne peut être emprisonnée dès sa condamnation en deuxième instance - ce qui a été le cas de l'ex-président - même s'il n'a pas encore épuisé tous ses recours auprès de tribunaux supérieurs.

Si la Cour suprême venait à considérer que tout condamné a le droit de demeurer en liberté tant que tous les recours ne sont pas épuisés, elle mettrait fin à la jurisprudence qui a conduit à l'incarcération de Lula en avril 2018. Il pourrait donc être libéré prochainement.

- Martyr de la gauche -

Ce jugement devrait s'étendre sur plusieurs jours et son issue est incertaine, mais le camp Lula a d'autres cartes en main.

La Cour suprême pourrait également juger dans les prochaines semaines un recours des avocats de l'ex-président réclamant l'annulation de sa condamnation si la partialité de Sergio Moro était avérée.

Dans un entretien depuis sa prison publié jeudi sur le site d'informations Uol, Lula a réitéré que sa volonté était d'être blanchi totalement et non libéré à la faveur d'un quelconque vice de forme ou un aménagement de peine.

"Cette question de savoir si l'incarcération est possible ou non dès la condamnation en deuxième instance, ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est de prouver mon innocence", a-t-il affirmé.

L'icône de la gauche a déjà purgé un sixième de sa peine, ce qui lui donne le droit de bénéficier d'un régime semi-ouvert, qui lui permettrait de sortir travailler le jour et dormir la nuit en prison.

Mais il s'y refuse catégoriquement, considérant que cela reviendrait à admettre sa culpabilité. "Avec moi, il n'y a pas de demi-mesure. Ils ont fait la bêtise de m'emprisonner, maintenant, ils vont devoir supporter ce poids", a lancé Lula à Uol.

De quoi renforcer son image de martyr d'une gauche en manque de cohésion pour faire opposition au gouvernement Bolsonaro, et dont un des seuls vrais points de ralliement est le mot d'ordre "Libérez Lula".

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