L'Ougandais Ongwen, "victime" de la LRA avant d'être chef de guerre (avocat)

L'Ougandais Ongwen, "victime" de la LRA avant d'être chef de guerre (avocat)
L'ex rebelle ougandais Dominic Ongwen photographié le 6 décembre 2016 devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

AFP, publié le mardi 18 septembre 2018 à 18h27

L'ex-rebelle ougandais Dominic Ongwen doit être acquitté de crimes de guerre car il est avant tout une victime, capturé et enrolé de force comme enfant-soldat par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe armé redouté pour ses exactions, a déclaré mardi son avocat.

Aujourd'hui âgé de 43 ans, M. Ongwen, également accusé de crimes contre l'humanité, doit répondre de 70 chefs d'accusation devant la Cour pénale internationale (CPI) pour des actes présumés commis par la LRA et qui ont semé la terreur dans le nord de l'Ouganda entre 2002 et 2005.

Des atrocités "ahurissantes" ont été commises mais M. Ongwen ne peut être tenu pour responsable, a plaidé son avocat à l'ouverture des déclarations de la défense devant la Cour basée à La Haye.

L'ex-commandant a lui-même été enlevé par des hommes de la LRA à l'âge de 9 ans en rentrant de l'école. Il a ensuite été "endoctriné" avant d'être formé en tant qu'enfant-soldat et de passer "près de 27 ans sous l'emprise" du groupe armé en tant qu'"esclave", a affirmé Me Krispus Ayena Odongo.

M. Ongwen a été promu rapidement au sein du groupe armé pour sa loyauté au combat et sa férocité, avait affirmé l'accusation lors de l'ouverture du procès en janvier 2016. 

Mais "victime un jour, victime toujours", a déclaré Me Odongo, ajoutant que les enfants enlevés par la LRA grandissaient "dans l'un des environnements les plus brutaux jamais connus de l'humanité".

"Certains ont été obligés de tuer leurs parents". Dans ces circonstances, l'accusé n'avait pas d'autre choix que de développer son "instinct de survie", a-t-il souligné.

Son client, qui s'est rendu en janvier 2015, écoutait impassiblement les débats pendant que ses avocats détaillaient la violence de la LRA, dirigée par Joseph Kony, toujours recherché, 13 ans après l'émission d'un mandat d'arrêt international.

- Brutalité sanglante -

Prophète auto-proclamé, M. Kony a mélangé mystique religieuse, techniques éprouvées de guérilla et brutalité sanglante en prétendant vouloir mettre en place un régime fondé sur les Dix commandements.

La LRA, selon l'ONU, a massacré plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60.000 enfants depuis sa création vers 1986, pour les transformer en enfants-soldats ou en "épouses", des esclaves sexuelles en réalité.

A l'ouverture du procès de M. Ongwen, l'accusation avait montré une vidéo prise après une attaque en 2004 contre le camp de réfugiés de Lukodi (nord de l'Ouganda), montrant des enfants éventrés et les corps carbonisés de bébés enterrés à la hâte.

Lors d'une autre attaque cette même année, M. Ongwen a indiqué à ses troupes que "rien ne devrait être laissé en vie", selon le procureur de la CPI, citant des échanges radio.

Les procureurs devraient chercher M. Kony plutôt que de poursuivre M.Ongwen, a insisté la défense, dénonçant un "procès politique" fait à son client.

Le gouvernement ougandais n'a pas les "mains propres", "ceux qui ont témoigné pour l'accusation sont bien conscients qu'ils doivent retourner vivre dans un Etat qui a toutes les raisons de cacher son rôle dans les atrocités", a affirmé Me Odongo. 

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