L'opposant russe Navalny menacé d'être alimenté de force, selon ses partisans

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Des policiers devant l'entrée de la colonie pénitentiaire de Pokrov où l'opposant russe Alexeï Navalny, en grève de la faim, est détenu, le 6 avril 2021
Des policiers devant l'entrée de la colonie pénitentiaire de Pokrov où l'opposant russe Alexeï Navalny, en grève de la faim, est détenu, le 6 avril 2021
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© AFP, Kirill KUDRYAVTSEV

publié le lundi 12 avril 2021 à 19h08

L'opposant russe Alexeï Navalny, en grève de la faim dans son pénitencier depuis le 31 mars, est menacé d'être alimenté de force par les autorités, ont annoncé lundi ses partisans.

"Il pèse 77 kg" pour 1m89", a assuré le compte @navalny, affirmant que le militant avait perdu huit kilos depuis le début de son action et 15 depuis son incarcération en février dans la colonie carcérale de Pokrov, à une centaine de kilomètres de Moscou.

"Au regard du sérieux de la grève de la faim, l'administration (carcérale) menace quotidiennement de l'alimenter de force", poursuit-il.

L'alimentation de force d'un prisonnier en Russie est autorisée par la loi et peut se faire par voie orale, rectale ou par intubation. Un tel traitement est considéré par des militants des droits humains comme une forme de torture.

Alexeï Navalny, incarcéré pour deux ans et demi en raison d'une affaire de fraude largement vue comme un prétexte pour l'emprisonner malgré les dénégations du Kremlin, a cessé de se nourrir pour dénoncer les conditions de sa détention dans la colonie de Pokrov.

Il accuse les autorités de lui refuser des traitements médicaux adéquats pour des problèmes de dos qui le font souffrir et affectent le fonctionnement de ses mains et de ses jambes. Selon ses avocats, il a une double hernie discale. 

En outre, l'opposant a aussi dit être "torturé" par privation de sommeil, ses geôliers le réveillant toutes les heures pendant la nuit. 

- Pas de médecin -

Les autorités russes ont pour leur part rejeté toutes les accusations de M. Navalny, estimant qu'il bénéficiait de l'attention médicale dont il avait besoin.

"Il n'a toujours pas accès à un médecin", a toutefois assuré encore une fois lundi son compte Twitter officiel.


Selon cette source, après plusieurs jours à l'infirmerie en raison d'une fièvre et d'une forte toux, il a en outre été transféré vers son baraquement habituel.

"Un homme innocent est en train d'être torturé devant le pays tout entier", a réagi sur Twitter Lioubov Sobol, une proche d'Alexeï Navalny. 

Le plus célèbre opposant au Kremlin a survécu l'été dernier à un empoisonnement par un agent neurotoxique, mis au point à des fins militaires à l'époque soviétique.

L'opposant accuse le président Vladimir Poutine et ses services de sécurité (FSB) d'avoir voulu l'éliminer, ce que le pouvoir russe dément, refusant même d'enquêter sur la tentative d'assassinat. 

Selon des laboratoires européens, M. Navalny a été empoisonné à l'aide d'un agent de type Novitchok et l'Union européenne a adopté en conséquence des sanctions contre des hauts responsables russes.

A son retour de Russie, après cinq mois de convalescence en Allemagne, il a été arrêté à son arrivée à l'aéroport de Moscou, puis rapidement jugé et envoyé en prison pour avoir violé un contrôle judiciaire dans le cadre d'une précédente affaire.

M. Navalny s'est spécialisé dans les enquêtes sur la corruption visant M. Poutine, son entourage et les hauts responsables russes. Il dispose de millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.

Après son arrestation, un mouvement de manifestation a été réprimé en janvier par la police, avec des milliers d'arrestations.

L'organisation de M. Navalny a prévu de nouvelles actions de protestations au printemps, mais attend d'avoir 500.000 participants enregistrés sur son site pour annoncer une date. Ils étaient 420.000 lundi.

Ses partisans subissent régulièrement des perquisitions et des arrestations. 

Lundi, ses partisans au Daguestan ont annoncé sur les réseaux sociaux que leur responsable, Edouard Ataev, et l'un de ses collègues, étaient "injoignables" et introuvables, au lendemain de l'ouverture de leur antenne dans cette république russe du Caucase.

Une de ses proches qui dirige un syndicat de médecins, Anastasia Vassilieva, a par ailleurs été condamnée à 180.000 roubles (1.950 euros) d'amende pour troubles à l'ordre public, a annoncé lundi l'ONG Agora, dont les avocats la représentent.

Elle et quelques manifestants s'étaient réunis la semaine dernière devant sa colonie pénitentiaire pour réclamer qu'il reçoive un traitement médical approprié. Quatre d'entre eux ont également été condamnés à une courte peine de détention.

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