L'opération militaire en Syrie, une équation qui se complique pour Washington

L'opération militaire en Syrie, une équation qui se complique pour Washington
Un véhicule militaire américain patrouille dans le village syrien de al-Hashisha, le 4 octobre 2019

, publié le vendredi 08 novembre 2019 à 17h23

L'équation se complique pour l'armée américaine en Syrie, où son opération militaire est désormais limitée à une zone réduite et plus difficile à défendre, centrée sur la "protection" de champs de pétrole qui appartiennent légalement à l'Etat syrien.

Dénonçant des "guerres sans fin", le président Donald Trump a annoncé le 6 octobre le retrait des 1.000 soldats américains déployés dans le nord-est de la Syrie pour lutter contre les jihadistes du groupe Etat islamique. 

Mais un mois plus tard, les effectifs américains dans le pays sont quasiment les mêmes, les forces spéciales qui se sont parties du nord ayant été remplacées par des unités de blindés dans la région de Deir Ezzor (est), où se trouvent les principaux champs pétroliers syriens.

- Un retrait qui n'en est pas un -

Le retrait des zones frontalières de la Turquie "se poursuit", a assuré jeudi un responsable de l'état-major américain, le vice-amiral William Byrne, au cours d'une conférence de presse au Pentagone. "La plupart des équipements et des hommes se sont retirés de cette zone".

Les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui se sont d'abord sentis trahis par les Etats-Unis, ont recommencé à coopérer avec les forces américaines, a assuré le vice-amiral Byrne. Le Pentagone continue à leur fournir des armes, a-t-il précisé. 

Plus question de départ. "Nous sommes déterminés à rester dans la région", a déclaré un porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, au cours de la même conférence de presse. Il a précisé que les forces américaines resteraient dans le pays "aussi longtemps que nous le considérerons nécessaire".

Alors que M. Trump a affirmé que la mission des militaires américains était désormais de protéger les champs de pétrole, les responsables du Pentagone doivent se livrer à des contorsions sémantiques pour assurer qu'il s'agit toujours de contrer l'EI, la justification légale de l'intervention américaine sur un territoire étranger contre la volonté de son gouvernement.

"Je ne dirais pas que la mission est de sécuriser les champs de pétrole", a ainsi déclaré le vice-amiral Byrne. "La mission est de vaincre l'EI. Sécuriser les champs de pétrole est une tâche subordonnée à cette mission. Et l'objectif de cette tâche est d'empêcher l'EI de bénéficier de cette infrastructure pétrolière."

"Il s'agit donc d'empêcher l'EI d'y avoir accès et aussi de permettre aux Kurdes et aux FDS de contrôler" le pétrole, a ajouté M. Hoffman. L'objectif est "d'accorder aux Kurdes de la région, les forces FDS, une source de revenus et la possibilité de monter en puissance dans leur campagne militaire contre l'EI".

"Ce n'est pas une nouvelle mission", a-t-il assuré. "Tout le monde semble penser que ça a changé. Ce n'est pas le cas."

-Une mission dangereuse -

Alors que les forces américaines contrôlaient jusque là l'ensemble du territoire syrien situé à l'est de l'Euphrate, protégées par une couverture aérienne et par la frontière naturelle que représente le fleuve, la présence de forces russes, turques et syriennes dans le nord a ouvert un nouveau front, ce qui explique l'envoi de blindés.

"Il y a deux raisons. L'une est la mobilité: ils ont des roues et ils vont vite. L'autre est la protection de nos forces. Ils sont blindés", a expliqué le vice-amiral Byrne, précisant que le choix de ces unités était dû à "la menace".

Après les attentats du 11 septembre 2001, le Congrès américain a autorisé l'exécutif à mener des opérations militaires illimitées contre le terrorisme, et le Pentagone se base sur cette autorisation pour justifier légalement la prise de contrôle des champs de pétrole de la Syrie.

"Les Etats-Unis sont-ils en train de voler le pétrole?", a demandé un journaliste américain.

"Les Etats-Unis ne tirent aucun bénéfice de tout ceci. Les bénéfices reviennent aux FDS", a dû assurer M. Hoffman.

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