L'interminable file des "nouveaux pauvres" du Covid à Milan

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Luigi Rossi, le vice-président de Pane Quotidiano, devant les locaux de l'association à Milan, le 8 mars 2021
Luigi Rossi, le vice-président de Pane Quotidiano, devant les locaux de l'association à Milan, le 8 mars 2021
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© AFP, MIGUEL MEDINA

, publié le mardi 09 mars 2021 à 20h08

Ils attendent en silence leur tour, le regard fuyant, pour retirer un paquet alimentaire à l'association Pane Quotidiano à Milan. Depuis l'éclatement de la pandémie de coronavirus en février 2020, la file d'attente n'arrête pas de gonfler, atteignant plusieurs centaines de mètres.

"J'ai honte de venir ici, mais sinon je n'aurais pas de quoi manger", confie Giovanni Altieri, 60 ans, cheveux clairsemés et barbe grise. Il vient tous les jours prendre son petit colis depuis qu'il a perdu son travail de portier dans une boîte de nuit, fermée pour cause de Covid.

Son travail lui manque: "j'aimais le contact avec les gens, j'avais un bon salaire, mais là je suis à terre, j'ai zéro revenu et vis de mes économies".

3.500 personnes fréquentent tous les jours les deux points de distribution de Pane Quotidiano à Milan, qui reçoit les surplus alimentaires de nombreuses entreprises, mais aussi des dons anonymes de citoyens.

L'association a dû fermer ses portes pendant le confinement en mars et avril: "c'était la première fois en 123 années d'histoire, on avait même résisté aux guerres!", raconte son vice-président Luigi Rossi.

- Visages cachés - 

Dans la file d'attente, certains se cachent le visage avec un foulard ou un sac en plastique, de peur d'être reconnus. 

Nombreux sont ceux qui repartent avec plusieurs paquets, un pour chaque membre de la famille. A l'intérieur, du lait, du yaourt, du fromage, des biscuits, du sucre, du thon, un kiwi, un tiramisu et du pain.

Des scènes très inhabituelles dans les rues de Milan, la capitale de la Lombardie, une des régions les plus prospères d'Europe.

L'épidémie a fait basculer un million de personnes supplémentaires en dessous du seuil de pauvreté en Italie l'an dernier, dont 720.000 personnes dans le riche Nord, du jamais vu.

Le nombre de pauvres en Italie est passé à 5,6 millions, atteignant un record depuis 15 ans, selon l'Institut national des statistiques.

Même si le taux de pauvreté reste plus élevé dans le Sud, avec 11,1% de la population contre 9,4% dans le Nord, l'écart se resserre.

"Les files d'attente ont augmenté avec le Covid, il y a plus de jeunes et plus de travailleurs au noir qui n'ont pas droit aux prestations sociales", témoigne un des volontaires de Pane Quotidiano, Claudio Falavigna, 68 ans.

"Et il y a désormais aussi des membres de la classe moyenne, du monde du spectacle ou de l'événementiel". On les reconnaît, car "ils continuent à bien s'habiller, à être élégants, c'est une question de dignité", dit-il.

La Lombardie, épicentre en février 2020 de la pandémie qui a fait 100.000 morts en Italie, pèse pour 22% du Produit intérieur brut de la péninsule.

Avant l'épidémie, en 2019, la région, où sont installés de nombreux grands groupes industriels, affichait un revenu par habitant de 39.700 euros, largement au-dessus de la moyenne européenne.

- 'Choc de la pandémie' -

Que s'est-il passé depuis?

"Le choc de la pandémie a réduit à zéro les revenus de plusieurs catégories de travailleurs, surtout des indépendants qui sont nombreux dans les villes du Nord", a commenté à l'AFP David Benassi, professeur de sociologie à l'Université Bicocca de Milan.

Autre facteur, alors que le revenu de citoyenneté pour les plus démunis, mis en place en 2019, est très répandu dans le Sud, les habitants du Nord passent souvent à travers les mailles du filet.

"De nombreuses familles qui sont tombées dans la pauvreté en 2020 ne remplissent pas les conditions de revenu et de patrimoine pour pouvoir en bénéficier", explique M. Benassi.

Ceux qui ont trinqué le plus, ce sont les femmes et les jeunes, qui occupent souvent des emplois précaires, relève Mario Calderini, professeur d'innovation sociale à l'Ecole polytechnique à Milan.

"Les femmes ont payé un lourd tribut à la crise, tout comme les familles avec enfants mineurs", souligne-t-il.

"Avec le Covid, tout est fermé, je ne trouve plus de travail", se désole ainsi Amina Amale, 52 ans, femme de ménage au chômage, avant de repartir avec son paquet alimentaire sous le bras.

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