L'Eglise catholique veut s'impliquer dans une crise "qui a trop duré" en Haïti

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Des pélerins prient à l'approche de Pâques, à Port-au-Prince, en Haïti, le 2 avril 2021
Des pélerins prient à l'approche de Pâques, à Port-au-Prince, en Haïti, le 2 avril 2021
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© AFP, Reginald LOUISSAINT JR

publié le vendredi 16 avril 2021 à 18h58

L'Eglise catholique pourrait-elle tracer la voie d'une sortie de crise en Haïti ? En ne se privant pas de critiquer "l'inaction" du pouvoir et ayant démontré cette semaine sa capacité de mobilisation, l'institution semble en tout cas résolue à davantage peser sur le destin du petit pays caribéen à la dérive.

Le clergé haïtien s'est retrouvé ces derniers jours en première ligne, après l'enlèvement le 11 avril de dix personnes dont sept religieux. Un événement qui a choqué l'opinion au-delà des frontières de l'île. Peut-être la goutte d'eau qui a fait déborder le vase de l'exaspération et forcé le président décrié, Jovenel Moïse, à annoncer mercredi un remaniement du gouvernement.

"L'Eglise catholique peut contribuer à faire bouger les lignes. Le pays en a besoin", confirme l'opposant André Michel. Les Haïtiens sont majoritairement de confession catholique et leur pays est le plus pauvre du continent américain.

L'institution "jouit d'une grande confiance auprès de la majorité de la population", souligne le cardinal haïtien Chibly Langlois, dans une interview exclusive à l'AFP, quelques jours après cette nomination d'un nouveau Premier ministre.

"Dans des moments difficiles", la population attend parfois "un mot de l'Eglise catholique", car elle l'accompagne "dans des endroits les plus abandonnés et les plus reculés du pays", poursuit-il.

Dénonçant l'"impuissance" des autorités face à la multiplication des enlèvements, Mgr Langlois affirme qu'un "mode opératoire" doit être trouvé pour "juguler cette crise". 

Tout en affirmant que les représentants de l'Eglise catholique ne sont "pas en mesure pour le moment de jouer le rôle de médiateurs", le premier cardinal haïtien de l'Histoire dit "réfléchir" à "d'autres manières d'aider à trouver une solution à cette crise qui a trop duré".

En 2014, dans un contexte de tension politique, le cardinal Chibly Langlois avait participé à des discussions entre l'exécutif et les partis politiques. 

Jeudi, l'Eglise, rejointe par le secteur privé des affaires et le secteur scolaire, a observé un arrêt de travail pour exiger la libération des captifs --sept haïtiens et deux français-- enlevés le 11 avril, paralysant une grande partie des activités économiques de ce pays gangréné par l'insécurité et plongé dans une profonde crise politique.

Des messes se sont rapidement transformées en mouvement de protestation contre le pouvoir en place.

En lançant ce mouvement national, l'Eglise a "donné la preuve" de "son importance dans un pays de forte tradition religieuse", estime l'homme d'affaires et responsable politique Réginald Boulos, qui juge qu'elle est avant tout "une force morale".

- "Porteuse d'espoir" -

Lundi, l'archevêché de Port-au-Prince avait dit constater "la descente aux enfers de la société haïtienne", affirmant que la "violence des bandes armées" prenait "une proportion sans précédent" et que "les autorités publiques" n'étaient "pas à l'abri de tout soupçon".

Cette attitude "peut être porteuse d'espoir de résolution de cette crise", mais l'Eglise "n'est pas assez forte pour jouer un rôle important dans la transition", tempère le sociologue Auguste D'Meza.

La hiérarchie de l'Eglise catholique en Haïti a longtemps été dominée par des prêtres français. Ces derniers avaient dans les années 1950 engagé un bras de fer avec l'ancien "président à vie" d'Haïti, François Duvalier. 

Celui-ci, surnommé "Papa Doc", avait ranimé les traditions du vaudou pour faire pièce au catholicisme, avant d'obtenir du Vatican le pouvoir de nommer la hiérarchie catholique, consolidant ainsi son régime autoritaire.

S'était alors ouverte une époque de subordination de l'Eglise à l'Etat, poursuivie sous le règne de Duvalier-fils.

Les choses ont évolué sous le pape Jean-Paul II, l'Eglise catholique ayant accompagné le changement ayant abouti à la chute de la dynastie.

En critiquant le pouvoir, l'Eglise renoue ainsi "avec ses prises de position du début des années 1980", souligne Auguste D'Meza.

Plus tard, le pays a été dirigé à plusieurs reprises par un ancien prêtre, Jean-Bertrand Aristide.

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