L'Autriche expulse des dizaines d'imams, la Turquie parle de «racisme» et d'«islamophobie»

L'Autriche expulse des dizaines d'imams, la Turquie parle de «racisme» et d'«islamophobie»
Viennne (Autriche), vendredi. Le chancelier autrichien Sebastian Kurz donne une conférence de presse.

leparisien.fr, publié le vendredi 08 juin 2018 à 12h51

La décision du gouvernement autrichien intervient après la reconstitution controversée d'une bataille.

Des dizaines d'imams expulsés et la fermeture de sept mosquées financées par la Turquie. Le gouvernement conservateur autrichien a lancé ce vendredi une spectaculaire offensive contre «l'islam politique». Formé en décembre le gouvernement est une coalition entre les conservateurs et le parti d'extrême droite FPÖ.

Jusqu'à 150 personnes pourraient perdre leur droit de résidence. Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a fait ces annonces dans la foulée d'un scandale suscité par la reconstitution d'une bataille emblématique de l'histoire ottomane jouée par des enfants habillés en soldats. Elle s'est tenue dans une des principales mosquées de Vienne, la capitale autrichienne, affiliée à la communauté turque. «Des sociétés parallèles, l'islam politique et la radicalisation n'ont pas leur place dans notre pays», a assuré le chef du gouvernement autrichien lors d'une conférence de presse.

«Le cercle de personnes qui pourraient être affectées par ces mesures comprend environ 60 imams», a précisé le ministre de l'Intérieur, Herbert Kickl, membre du FPÖ. Leurs familles sont également concernées et 150 personnes au total pourraient perdre leur droit de résidence en Autriche, a-t-il indiqué. Dans certains cas, le processus d'expulsion d'imams liés à l'Atib (l'Union islamique turque d'Autriche) a déjà commencé, a expliqué Herbert Kickl.

Colère de la Turquie. La Turquie dénonce une mesure «islamophobe» et «raciste». «La fermeture par l'Autriche de sept mosquées et l'expulsion d'imams est le résultat de la vague populiste, islamophobe, raciste et discriminatoire dans ce pays», a réagi sur Twitter Ibrahim Kalin, porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan. Il dénonce un ciblage de la communauté musulmane pour de «basses raisons politiciennes». Il estime en outre que la décision du gouvernement autrichien constitue une «violation des principes légaux universels, des droits des minorités et de la coexistence éthique».

Camouflage, salut militaire et drapeau turc. Les photos de la reconstitution de la bataille de Gallipoli, jouée par des enfants dans les locaux de la mosquée, ont été publiées par l'hebdomadaire de centre gauche «Falter». Ils ont ému la classe politique autrichienne, toutes tendances confondues. Les clichés montraient les jeunes garçons en tenue de camouflage alignés en rang, faisant le salut militaire, et agitant des drapeaux turcs, devant un public d'enfants. Sur une autre photo, certains sont allongés pour figurer les victimes de la bataille, leur corps enroulé dans un drapeau turc.

Le lieu de culte est géré par l'Atib, directement liée à la Direction turque des Affaires religieuses. L'Atib a qualifié la mise en scène de «hautement regrettable», indiquant être intervenue auprès de la mosquée avant que la controverse éclate.

Une bataille devenue symbole La bataille des Dardanelles s'est déroulée pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Elle a débuté en février 1915 par la tentative d'une flottille franco-britannique de forcer le détroit pour s'emparer d'Istanbul, capitale de l'Empire ottoman. Repoussés, les Alliés ont débarqué le 25 avril à Gallipoli, mais ont été défaits après de longs mois d'offensive.

L'Empire ottoman a cependant fini le conflit dans le camp des perdants et a été démantelé. La bataille de Gallipoli, elle, est devenue un symbole de la résistance qui a abouti à l'avènement de la République turque moderne en 1923.

Environ 360 000 personnes d'origine turque vivent en Autriche, dont 117 000 de nationalité turque. Les relations entre Ankara et Vienne, les capitales turque et autrichienne, sont particulièrement tendues depuis la répression qui a suivi la tentative de putsch contre le président turc Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016.

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