L'autre guerre de l'armée mexicaine, contre un invisible virus

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Des militaires mexicains chargent un avion C-130 en matériel médical contre le COVID-19, à Mexicali, au Mexique, le 3 juillet 2020
Des militaires mexicains chargent un avion C-130 en matériel médical contre le COVID-19, à Mexicali, au Mexique, le 3 juillet 2020
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© AFP, CLAUDIO CRUZ
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, publié le mardi 07 juillet 2020 à 09h52

Le soleil pointe ses premiers rayons sur un aéroport militaire de Mexico. Des soldats se préparent à une mission inhabituelle. Leur nouvel ennemi, le COVID-19, est invisible.

Entre la lutte contre les cartels de narcotrafiquants et l'aide à la population en cas de catastrophe naturelle, l'armée mexicaine ne manquait pas de tâches. Avec la bataille qu'elle vient d'engager contre le coronavirus, elle rajoute une nouvelle corde à son arc. 

Posé sur une des pistes de la base militaire, la soute béante d'un imposant Hercules C-130 à hélices est bientôt pleine.

Des dizaines de soldats y entassent des cartons contenant des masques de protection à l'intention du personnel de santé ainsi que des gants en latex, des médicaments, des oxymètres - qui mesurent la saturation en oxygène et le rythme cardiaque - et des respirateurs, vitaux pour les patients en état critique.

L'avion-cargo va bientôt décoller avec dans ses entrailles quelques 12 tonnes de matériel qui seront distribuées en un jour et demi entre plusieurs villes mexicaines notamment La Paz, Mexicali, Tijuana, Hermosillo et Culiacán, toutes situées dans le nord-ouest du pays.

"Nous autres militaires devons être préparés à mener une guerre même si nous sommes en temps de paix. Mais dans le cas qui nous occupe, ce n'est pas une guerre mais une situation qui échappe au contrôle de beaucoup d'Etats", explique à l'AFP le capitaine Raúl Ibarra, qui pilote l'avion géant.

Bien qu'aujourd'hui, il ne s'agisse pas d'une guerre à proprement parler, le scénario face au coronavirus est périlleux. L'actuelle pandémie a d'ores et déjà entraîné la mort de plus de 30.000 personnes au Mexique, faisant de ce pays le cinquième le plus endeuillé de la planète.

Les forces armées constituent depuis longtemps un élément majeur de la protection civile au Mexique, comme on a pu le constater en période d'ouragans, d'incendies et lors des tremblements de terre.

Ce qui n'a pas empêché leurs relations avec la population civile de se complexifier depuis 2006, après leur implication sur ordre du gouvernement dans une opération anti-drogue controversée à l'issue de laquelle elles ont été accusés de violations des droits de l'homme.

Afin de mener au mieux cette "guerre" d'un genre nouveau pour les militaires, le gouvernement mexicain a mis en oeuvre le plan "DN-III", qui existe depuis 1965 et permet une stratégie de secours des civils en cas de catastrophe.

Parfaitement au fait des modalités d'application du "DN-III", le capitaine Ibarra les a déjà expérimentées dans le passé lorsqu'il a piloté son C-130 pour distribuer de la nourriture après les tremblements de terre de 2017 qui avaient sérieusement affecté le Mexique.

"Ce qui est différent (cette fois), et auquel nous nous sommes déjà habitués, c'est d'arriver à chaque lieu de distribution et appliquer toutes les procédures afin d'éviter toute contamination", dit-il.

  - Tâches multiples -

Lorsque l'avion arrive à sa première destination, La Paz, capitale de l'Etat de Basse-Californie du Sud, l'équipage respecte à la lettre les procédures : prise de température pour chaque occupant de l'avion, alignement en rang de dizaines de militaires qui vont décharger le matériel sous un soleil de plomb.

Une fois le déchargement accompli, l'avion est ravitaillé en carburant et s'envole sans tarder vers sa prochaine destination, Tijuana, à la frontière avec les Etats-Unis.

A chaque étape, les personnes qui sont chargées de réceptionner le matériel applaudissent le travail logistique qui a été mis en oeuvre afin d'acheminer les fournitures médicales dans tout le pays en pleine pandémie.

"C'est une tâche énorme qui nous a été confiée", déclare le major Javier Saucedo, stationné à Mexicali, dans l'État de Basse Californie.

Mais le travail des militaires ne s'arrête pas à ces livraisons.

Ils ont aussi été missionnés par les autorités afin d'aménager des hôpitaux militaires et plusieurs casernes pour qu'ils puissent accueillir des patients malades ou présentant les symptômes du nouveau coronavirus.

Ils surveillent également des hôpitaux publics et privés et confectionnent des blouses et des uniformes chirurgicaux. 

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