L'armée américaine s'attaque à l'extrémisme dans les rangs

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Des partisans de Donald Trump affrontent la police lors de l'assaut contre le Congrès américain le 6 janvier 2021 à Washington
Des partisans de Donald Trump affrontent la police lors de l'assaut contre le Congrès américain le 6 janvier 2021 à Washington
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© AFP, Joseph Prezioso

, publié le mercredi 03 mars 2021 à 16h05

Deux mois après la participation de plusieurs militaires et ex-militaires à l'assaut contre le Congrès, l'armée américaine a commencé à s'attaquer à l'extrémisme dans ses rangs mais le combat s'annonce ardu, de l'aveu même de ses dirigeants.

Le nouveau ministre de la Défense Lloyd Austin, premier Afro-Américain à occuper cette fonction, a ordonné à toutes les unités de tenir une journée de discussions sur l'extrémisme.

"Cela m'inquiète qu'une personne portant l'uniforme d'un soldat, d'un marin, d'un aviateur, d'un Marine, d'un garde national ou d'un garde-côtes puisse embrasser ce genre d'opinions, et encore plus qu'il puisse agir sur cette base", déclare le chef du Pentagone dans une vidéo destinée à ces journées de discussion.

"Mais ça existe. Certains le font encore maintenant", ajoute-t-il.

Dans un pays où la liberté d'expression est gravée dans la constitution, des instructions ont été envoyées à tous les commandants d'unités sur la façon de mener le débat sans empiéter sur les droits civiques de 1,3 million de militaires américains.

Si un militaire soulève cette question lors du débat, ses supérieurs ont pour instruction de lui rappeler qu'il a accès à des informations sensibles et des armes et que par conséquent, le gouvernement se réserve le droit d'évaluer son jugement et sa fiabilité. 

"En cas de doute, c'est la sécurité nationale qui l'emporte", souligne le document, rendu public par le Pentagone.

- Sentiment de supériorité -

Il recommande également aux commandants d'unités de faire relire le serment prêté par chaque militaire à son arrivée dans les rangs. Chacun promet notamment de "soutenir et défendre la constitution contre tous les ennemis, étrangers ou intérieurs".

Certains militaires questionnés par l'AFP s'inquiètent en privé de voir leur profession montrée du doigt alors que la montée de l'extrémisme existe dans la société toute entière.

Mais selon CNN, 21 des 150 premiers émeutiers arrêtés depuis l'assaut meurtrier contre le Capitole le 6 janvier étaient des militaires ou anciens militaires, une proportion bien supérieure à leur part dans la population générale. 

Plusieurs appartenaient au mouvement suprémaciste blanc des "Oath Keepers", dont des responsables ont été inculpés de conspiration pour l'attaque du 6 janvier.

Pour le général Kenneth McKenzie, le chef du commandement central américain qui supervise les troupes déployées en Afghanistan, en Irak ou encore en Syrie, cela s'explique par le fait que les soldats qui ont connu le combat ont parfois le sentiment d'être supérieurs au reste de la population.

"Quand vous avez servi au combat, que des gens ont essayé de vous tuer, il est facile se sentir intrinsèquement supérieur aux autres", déclare-t-il à l'AFP. "Mais en fait, nous sommes tous des citoyens comme les autres." 

L'armée n'a jamais mesuré l'ampleur de l'extrémisme au sein des forces armées, ignoré pendant plus de 10 ans des rapports du FBI et du ministère de la Sécurité intérieure sur l'infiltration des forces de l'ordre et de l'armée par des suprémacistes blancs.

- Uniforme nazi -

Mais "l'extrémisme est un problème qui s'aggrave dans les rangs", note le porte-parole du Pentagone, John Kirby. "Quelle est son ampleur, nous ne le savons pas (...) mais les chiffres sont sans doute supérieurs à ce que nous pensons".

Un haut gradé raconte ainsi que son fils, qui hésitait entre deux académies militaires pour faire ses études supérieures, en a visité une pour se faire une idée de l'ambiance. L'étudiant qui lui a fait visiter les lieux a ouvert son casier pour lui montrer son "trésor": un uniforme nazi.

Le jeune homme a choisi une autre école et son père a signalé l'étudiant pro-nazi à la direction. 

Pour le général McKenzie, tout ceci montre que l'armée à "un problème de leadership". 

"Un commandant qui dit qu'il n'y a pas de problème est un commandant qui ne sait pas ce qui se passe dans son unité", déclare-t-il. "Et quand on a de mauvais leaders, on les change."

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