L'Allemagne attend le verdict de l'un des plus grands procès de néonazis

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Beate Zschäpe au tribunal de Munich en Allemagne, le 3 juillet 2018
Beate Zschäpe au tribunal de Munich en Allemagne, le 3 juillet 2018
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© AFP, Christof STACHE, POOL

AFP, publié le mardi 10 juillet 2018 à 08h12

Après plus de cinq ans de débats, la justice allemande doit rendre mercredi son verdict dans l'un des plus grands procès de néonazis de l'après-guerre, une affaire hors-normes marquée par une cascade de scandales et de dysfonctionnements.

Les cinq juges d'une Cour de Munich doivent décider si Beate Zschäpe, 43 ans, a participé à neuf meurtres xénophobes et à celui d'une policière entre 2000 et 2007.

Seule survivante d'un trio de néonazis originaires de l'ex-RDA communiste, elle est également soupçonnée d'être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque, selon l'acte d'accusation.

Le ministère public assure qu'elle a apporté un soutien logistique important à ses deux compagnons et géré les finances du trio tout en leur trouvant des logements durant les nombreuses années de leur vie dans la clandestinité.

Elle encourt la réclusion à perpétuité.

Quatre autres néonazis soupçonnés d'avoir fourni une aide logistique au trio, baptisé "Clandestinité nationale-socialiste" (NSU) sont assis sur le banc des accusés depuis l'ouverture du procès le 6 mai 2013. Ils encourent des peines pouvant allant jusqu'à 12 ans d'emprisonnement.

Beate Zschäpe est la seule rescapée du trio qu'elle formait avec Uwe Mundlos (38 ans) et Uwe Böhnhardt (34 ans). En novembre 2011, les deux hommes ont été retrouvés morts par balles par la police au moment où celle-ci venait les arrêter.

Les enquêteurs pensent qu'ils se sont soit tous deux suicidés, soit que l'un deux a tué son complice avant de retourner l'arme contre lui-même.

- 300.000 pages -

437 journées d'audience, un dossier de 300.000 pages, 15 avocats de la défense, 750 témoins, plus de 50 experts et près de 80 parties civiles: de par son ampleur, ce procès est sans équivalent depuis celui de la "bande à Baader" il y a 43 ans.

Huit des victimes tuées par le groupuscule sont pour la plupart turques ou d'origine turque. Figurent aussi une Grecque et une policière.

Cette affaire a profondément bouleversé l'Allemagne et jeté une lumière crue sur les défaillances des services de renseignement intérieur, tout en mettant en lumière le danger sous-estimé des réseaux d'extrême droite allemands.

Elle a également embarrassé le gouvernement allemand, les meurtriers présumés ayant pu agir pendant des années sans être inquiétés.

L'Allemagne avait présenté des excuses à l'ONU pour les erreurs commises pendant l'enquête et la chancelière Angela Merkel avait exprimé "la honte" de son pays devant ces crimes.

Les meurtres visaient des petits commerçants, la plupart turcs ou d'origine turque, dans toute l'Allemagne et leur auteur avait été surnommé "le tueur des kebabs".

- Accusées à tort -

Les familles ont été accusées à tort, et jamais la piste xénophobe n'a, semble-t-il, été explorée sérieusement par les enquêteurs. 

Certains proches des victimes ont témoigné à la barre des suspicions dont ils ont été victimes de la part des policiers qui pensaient à des règlements de compte entre trafiquants de drogue ou à du  blanchiment d'argent.

Des documents importants ont été détruits avant que l'enquête ne soit achevée.

Une commission d'enquête parlementaire s'est penchée sur ces dysfonctionnements de la police et de la justice, le président d'alors du Bundestag avait évoqué un "désastre historique sans précédent" et dénoncé "l'échec massif des autorités" dans l'enquête de plus de dix ans.

"Aucun des policiers qui ont été entendus comme témoins dans ce procès ne s'est excusé auprès" des familles des victimes, s'insurge la Berliner Zeitung.

Le procès-fleuve s'est enferré dans la procédure, les bisbilles entre juristes, la principale accusée cherchant un temps à révoquer ses trois avocats avant finalement de s'adjoindre les services, en cours de procès, de deux autres défenseurs.

Longtemps terrée dans son mutisme, Beate Zschäpe avait fini par s'exprimer, d'abord par une lettre lue par l'un de ses avocats puis directement à deux reprises, dont une à la toute fin des débats début juillet.

"S'il vous plaît, ne me condamnez pas pour quelque chose que je n'ai ni voulu ni commis", a-t-elle notamment lancé au président du tribunal, Manfred Götzl.

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