Kazakhstan: le président par intérim investi, la capitale rebaptisée

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Photo du 22 janvier 2017 de la capitale du Kazakhstan, Astana, rebaptisée Noursoultan, du prénom de l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev
Photo du 22 janvier 2017 de la capitale du Kazakhstan, Astana, rebaptisée Noursoultan, du prénom de l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev
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© AFP, Kirill KUDRYAVTSEV

AFP, publié le mercredi 20 mars 2019 à 16h04

Le Kazakhstan a rebaptisé mercredi sa capitale du prénom de l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev, qui a démissionné la veille après environ trois décennies au pouvoir, laissant la place à un président par intérim et alimentant les spéculations sur sa succession.

Noursoultan Nazarbaïev, seul dirigeant que le Kazakhstan indépendant ait jamais connu, a créé la surprise en quittant un poste auquel il semblait solidement accroché. Il devrait toutefois garder un rôle important en conservant des fonctions clé dans la politique de ce pays d'Asie centrale.

Signe de cette influence préservée, le Parlement a officiellement décidé, comme première mesure après son départ, de renommer Astana, la capitale futuriste d'un million d'habitants, en "Noursoultan", le prénom de l'ex-président qui signifie "Sultan de lumière".

Nommée successivement Akmolinsk, Tselinograd, Akmola puis Astana, la ville s'est modernisée par la volonté de Noursoultan Nazarbaïev. Elle est devenue la capitale du pays en 1997, à la place d'Almaty, située 1.000 kilomètres plus au sud.

Construite à grands frais sur d'anciens marécages, la capitale kazakhe compte d'imposants gratte-ciels ultramodernes fendant l'horizon et a accueilli ces dernières années de nombreuses rencontres diplomatiques, notamment sur la Syrie. La ville est au coeur de la propagande étatique sur les réalisations de M. Nazarbaïev.

Ce changement de nom a été proposé comme première mesure par le nouveau président par intérim, Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, investi en grande pompe mercredi par le Parlement. Il occupera cette fonction jusqu'à la prochaine élection présidentielle en avril 2020.

- Influence conservée -

Noursoultan Nazarbaïev a pris la tête du Kazakhstan en 1989 -- quand ce territoire était encore une république soviétique -- comme premier secrétaire du Parti communiste, et avait conservé le pouvoir après son indépendance en 1991.

Réélu à quatre reprises avec une majorité écrasante lors d'élections jamais reconnues comme libres par les observateurs internationaux, il a exercé un contrôle total sur le pays pendant près de 30 ans, laissant peu de place à l'opposition ou à une presse libre.

Il bénéficie déjà au Kazakhstan d'une fête et de plusieurs musées en son honneur et a fait l'objet d'une trilogie de films contant sa jeunesse et son ascension au pouvoir.

Malgré sa démission, il disposera de prérogatives étendues après son départ en conservant la présidence du parti au pouvoir et du Conseil de sécurité, instance dotée d'un statut constitutionnel par une loi votée en 2018, en plus de son titre de "Père de la Nation" qui lui garantit l'immunité judiciaire.

"L'opinion de Nazarbaïev sera d'une importance spéciale, certains pourraient dire prioritaire, dans le développement et l'adoption des décisions stratégiques", a souligné lors de la cérémonie d'investiture le nouveau président Tokaïev.

Autre signe de cette importance conservée, la fille de M. Nazarbaïev, Dariga Nazarbaïeva, 55 ans, a été nommée mercredi présidente du Sénat. Ancienne vice-Première ministre, elle possède une influence considérable sur les médias.

 - Quel successeur? -

La démission surprise de M. Nazarbaïev relance également les spéculations sur son potentiel successeur après la présidentielle d'avril 2020.

Le nouveau président, Kassym-Jomart Tokaïev, est un diplomate chevronné, exerçant depuis l'époque soviétique. Il a notamment été directeur général de l'Office des Nations unies à Genève de 2011 à 2013, après avoir été deux fois ministre des Affaires étrangères et une fois Premier ministre.

"Tokaïev est capable de négocier entre différents groupes et de prendre en compte leurs intérêts, mais il manque de reconnaissance populaire", souligne le politologue Dosym Satpaïev.

Quant à la fille de Nazarbaïev, la réaction de la population "sera pour le moins mitigée", selon M. Satpaïev. "Une candidate de la famille serait controversée et Dariga ne parle pas le kazakh aussi bien que son père."

Certains experts avancent le nom du Premier ministre actuel, Askar Mamine, 53 ans, comme potentiel futur président.

Quel que soit le successeur de M. Nazarbaïev, il devra faire face à une grogne sociale grandissante dans ce pays de 18 millions d'habitants grand comme quatre fois la France.

Riche en pétrole et en gaz, premier producteur mondial d'uranium, le Kazakhstan est la plus importante économie d'Asie centrale. Mais le pays souffre depuis 2014 de la baisse des prix des hydrocarbures et de la crise économique chez son allié russe, qui a provoqué la dévaluation du tenge kazakh.

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