Kazakhstan : le nouveau président, un diplomate loyal et expérimenté

Kazakhstan : le nouveau président, un diplomate loyal et expérimenté
Le président par interim du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, prête serment le 20 mars 2019 à Astana.

AFP, publié le mercredi 20 mars 2019 à 19h07

L'homme qui a remplacé mercredi Noursoultan Nazarbaïev à la présidence du Kazakhstan, après environ trois décennies de règne, a connu une riche carrière au sein de l'élite politique de ce vaste pays d'Asie centrale.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, doit occuper la fonction de président jusqu'à l'élection d'avril 2020. L'ex-président Nazarbaïev, "Père de la Nation" kazakhe, selon son titre officiel, conserve néanmoins des pouvoirs importants après sa démission surprise mardi.

Diplomate chevronné, M. Tokaïev est né au Kazakhstan en 1953 dans une famille de l'intelligentsia soviétique. En 1975, il sort diplômé du prestigieux institut d'Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO).

Il commence ensuite une carrière de diplomate qui fera de lui une personnalité politique de premier plan après l'indépendance du Kazakhstan en 1991. Il est nommé à deux reprises ministre des Affaires étrangères, ainsi que Premier ministre de 1999 à 2002.

Mais c'est son poste de président du Sénat qui exprime le mieux la confiance que lui accorde Noursoultan Nazarbaïev. Tokaïev a occupé cette fonction à deux reprises, de 2007 à 2011, puis à partir de 2013 jusqu'à sa prestation de serment mercredi. Il a été remplacé à ce poste par la propre fille de M. Nazarbaïev, Dariga Nazarbaïeva.

Selon la constitution kazakhe, le président du Sénat assure la succession du chef de l'Etat en cas de vacance du pouvoir.

- Carrière à l'international -

Kassym-Jomart Tokaïev a également été Secrétaire Général adjoint des Nations Unies entre 2011 et 2013, ce qui avait fait de lui le premier citoyen kazakh à occuper un poste aussi élevé dans une organisation internationale. 

Ces dernières années, il a essayé de corriger son image d'homme de l'ombre peu connu du grand public en postant régulièrement des messages sur le réseau social Twitter. 

En 2017, l'un de ses tweets était notamment une attaque virulente contre le président à l'époque du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev, dont le pays entretient des relations parfois tendues avec le Kazakhstan. 

Dans ce message très éloigné de la réserve diplomatique, Tokaïev souhaitait au président kirghiz une "guérison rapide" concernant de supposés problèmes d'alcool et psychologiques. 

Cette pique faisait suite à de vives critiques du chef d'Etat kirghiz contre Noursoultan Nazarbaïev dans un discours. 

Ses marques répétées de loyauté à l'égard de l'ex-président, et son attitude solennelle lui ont valu d'être critiqué pour son manque de charisme.

L'opposant en exil et ancien ministre de l'Energie Moukhtar Abliazov, condamné pour détournements de fonds au Kazakhstan, avait ainsi un jour comparé M. Tokaïev à un meuble.

Mardi, Moukhtar Abliazov, qui est considéré comme l'ennemi juré de Noursoultan Nazarbaev, a repris cette formule en affirmant dans un message sur Facebook que l'ex-chef d'Etat kazakh avait nommé "le meuble à la présidence".

"Mais ce ne sera pas pour longtemps !", a-t-il ajouté.

Mais M. Tokaïev est sans doute l'homme le mieux informé des volontés de Noursoultan Nazarbaïev. 

En juin dernier, il avait estimé au cours d'une interview pour la BBC que l'homme fort du Kazakhstan ne briguerait pas de nouveau mandat, ce qui avait alerté les observateurs sur une possible succession.

"Honnêtement, je ne pense pas que le président Nazarbaïev se présentera à l'élection de 2020", avait-il déclaré. 

Si sa prédiction s'est révélée juste, la question se pose désormais de savoir si Kassym-Jomart Tokaïev se présentera lui-même lors de ce scrutin. 

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