Karabakh : l'Arménie accuse la Turquie d'avoir provoqué la "guerre"

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Un vieil homme regarde par une fenêtre endommagée par une explosion à Stepanakert au Nagorny Karabakh le 6 octobre 2020
Un vieil homme regarde par une fenêtre endommagée par une explosion à Stepanakert au Nagorny Karabakh le 6 octobre 2020
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© AFP, ARIS MESSINIS

, publié le mardi 06 octobre 2020 à 21h50

Le Premier ministre arménien a accusé mardi dans un entretien à l'AFP la Turquie d'être responsable des hostilités au Nagorny Karabakh, alors qu'Ankara martelait encore son soutien à l'Azerbaïdjan dans le conflit qui l'oppose aux Arméniens.

"Sans l'engagement actif de la Turquie, cette guerre n'aurait pas commencé" a déclaré Nikol Pachinian à l'AFP à Erevan, la capitale arménienne, jugeant que la décision de l'Azerbaïdjan "de déclencher la guerre a été motivée par le soutien total" d'Ankara.

La communauté internationale dans son ensemble, à l'exception notable de la Turquie qui soutient les opérations militaires azerbaïdjanaises, appelle les belligérants à retourner à la table des négociations.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, en visite à Bakou, a appelé lui le monde à "soutenir" l'Azerbaïdjan, un pays turcophone musulman qu'Ankara encourage depuis la reprise des hostilités le 27 septembre à la reconquête militaire du Nagorny Karabakh.

A contre-courant du reste du monde, il s'est ouvertement interrogé sur l'utilité d'un cessez-le-feu : "Que se passera-t-il après, l'Arménie sera-t-elle amenée à se retirer immédiatement des territoires azerbaïdjanais ?".

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens chrétiens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la chute de l'URSS, entraînant au début des années 1990 une guerre ayant fait 30.000 morts. Le front est quasiment gelé depuis un cessez-le-feu en 1994, malgré des heurts réguliers.

M. Pachinian a aussi réitéré les accusations contre la Turquie sur l'envoi de combattants syriens pro-turcs participer aux hostilités. Le conflit doit dès lors être "perçu comme une guerre contre le terrorisme", a-t-il estimé.

Il s'est dit prêt à des concessions pour régler le conflit à condition qu'elles soient "mutuelles" et que l'Azerbaïdjan s'y engage aussi.

 - Menace inacceptable -

Paris, Moscou et Washington, médiateurs dans ce conflit depuis les années 1990, ont qualifié la veille la crise de "menace inacceptable pour la stabilité de la région". Le Kremlin a dénoncé mardi une situation qui se "dégrade".

Une escalade pourrait avoir des conséquences imprévisibles, au vu du nombre des puissances en concurrence dans le Caucase: la Russie, la Turquie, l'Iran et les Occidentaux.

Dans son entretien avec l'AFP, le Premier ministre arménien a, à demi-mot, mis garde l'Azerbaïdjan contre la tentation d'élargir le conflit au territoire de l'Arménie, rappelant qu'elle était liée par un traité d'alliance militaire au grand frère russe.

"Je suis convaincu que, si la situation l'exige, la Russie remplira ses obligations" dans le cadre de leur alliance, a-t-il dit.

Bakou et Erevan se sont accusés ces derniers jours d'avoir multiplié à dessein les bombardements sur les zones urbaines habitées, notamment sur la capitale des indépendantistes, Stepanakert, et sur la deuxième ville d'Azerbaïdjan, Gandja.

Les journalistes de l'AFP ont vu de nombreuses habitations détruites par les tirs de roquettes de part et d'autre.

Après une matinée de calme à Stepanakert, les bombardements y ont repris en fin d'après-midi, selon un journaliste de l'AFP. Profitant du répit matinal, des habitants sont sortis de leurs abris pour se ravitailler et constater les dégâts.

Gaïane Sarkissian, une institutrice de 42 ans, a décidé de quitter cette ville avec son enfant et sa mère de 64 ans. "Il y a eu deux explosions en périphérie vers neuf heures. Je ne sais pas ce que c'était. Nous nous sommes abrités et on a décidé de partir", raconte-t-elle, sur la route menant à l'Arménie.

L'ONG Amnesty International a dénoncé l'usage dans les frappes contre Stepanakert de bombes à sous-munitions, interdites depuis 2010 par une convention internationale.

 - "Tranquillement" jusqu'à Stepanakert -

Côté azerbaïdjanais, des zones habitées sont aussi bombardées. "Quelques roquettes sont tombées sur le village. Il y a des combats très durs", a ainsi affirmé Matlab Aziev, qui vit dans un hameau frontalier, Jojug Marjanli.

"Avec l'aide de Dieu, on pourra bientôt tranquillement et librement aller en voiture" à Stepanakert, a-t-il ajouté.

Comme tous les jours depuis le 27 septembre, les deux camps ont affirmé infliger de lourdes pertes à l'ennemi, mais aucun belligérant ne semble avoir pris un avantage déterminant.

Dans une conversation téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rohani, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a assuré que son armée avait reconquis des territoires à la frontière avec l'Iran qui "étaient occupés" par le Nagorny Karabakh.

M. Aliev avait juré dimanche de reprendre le Karabakh, excluant une trêve sans retrait militaire arménien de la région ni "excuses" de Nikol Pachinian.

Le bilan de 286 morts depuis le début du conflit reste très partiel.  

L'Azerbaïdjan, qui n'annonce aucune perte parmi ses soldats, évoque la mort de 27 civils, tandis que le Karabakh a dénombré 240 militaires et 19 civils ayant perdu la vie. 

Bakou et Erevan disent cependant avoir tué respectivement 2.300 et 3.500 militaires ennemis et se rejettent la responsabilité des hostilités.

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