Jordanie: pour le roi, la crise qui a ébranlé la monarchie est "terminée"

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Portrait du roi Abdallah II de Jordanie, son épouse la reine Rania et le prince héritier Hussein, dans une rue d'Amman le 6 avril 2021
Portrait du roi Abdallah II de Jordanie, son épouse la reine Rania et le prince héritier Hussein, dans une rue d'Amman le 6 avril 2021
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© AFP, Khalil MAZRAAWI

, publié le mercredi 07 avril 2021 à 21h29

Le roi Abdallah II de Jordanie a affirmé mercredi que la crise sans précédent ayant éclaté ce weekend dans cette monarchie centenaire était "terminée", précisant que le prince Hamza mis en cause se trouvait chez lui sous la protection du souverain.

"Je vous assure que la sédition a été étouffée dans l'oeuf. Le défi de ces derniers jours n'a pas été le plus dangereux pour la stabilité du pays, mais il a été le plus douloureux pour moi", a indiqué le roi dans un message lu par un présentateur de la télévision publique.

Hamza, demi-frère du roi et prince héritier de 1999 à 2004, "est aujourd'hui avec sa famille dans son palais, sous ma protection. Il s'est engagé devant la famille (hachémite) à suivre le chemin de ses parents et de ses grands-parents, à être fidèle à leur message et à placer l'intérêt de la Jordanie, de sa Constitution et de ses lois au-dessus de toute autre considération", a poursuivi Abdallah II.

Il s'exprimait pour la première fois depuis la révélation par les autorités d'un "plan maléfique" visant à déstabiliser le trône.

"Je ne peux pas décrire ce que j'ai ressenti comme choc, douleur et colère en tant que frère et tuteur de la famille hachémite et en tant que dirigeant de ce peuple cher", a poursuivi le roi.

Il a ajouté que "les parties impliquées dans cette sédition étaient de notre maison et de l'extérieur", sans préciser s'il parlait de parties extérieures à la famille royale ou extérieures à la Jordanie.

Le vice-Premier ministre jordanien, Aymane Safadi, avait affirmé dimanche que les enquêtes avaient "permis de surveiller les interventions et les contacts avec des parties étrangères visant à déstabiliser la sécurité de la Jordanie", sans préciser de nationalité.


Une vingtaine de personnes se trouvent sous les verrous, dont Bassem Awadallah, un ancien chef du bureau royal honni par une grande partie de la population, et Cherif Hassan ben Zaid, membre de la famille royale qui fut un temps émissaire spécial du roi en Arabie saoudite.

Le monarque a indiqué que les résultats de l'enquête seraient "traités dans la transparence".

- "Fidèle au roi" -

Le prince Hamza, qui a démenti les accusations à son encontre, a annoncé lundi sous la pression de la famille hachémite qu'il rentrait dans le rang et a promis de "rester fidèle au roi", sans toutefois faire amende honorable pour ses critiques contre le pouvoir.

Le roi a reçu des soutiens de dirigeants du monde entier ces derniers jours. 

Le président américain Joe Biden a exprimé "le fort soutien américain à la Jordanie" et a souligné "l'importance du leadership d'Abdallah II pour les Etats-Unis et la région", a fait savoir la Maison Blanche dans un communiqué.

Et le roi a rencontré mercredi à Amman la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a assuré sur Twitter la volonté de l'EU de poursuivre leur "partenariat de long terme et de contribuer à la prospérité et à la stabilité".

La déclaration du roi mercredi est intervenue alors que le complot présumé a totalement disparu de la presse locale, au lendemain d'une interdiction de publier des informations sur l'enquête.

Pour tenter de mettre fin à cet épisode inédit dans les annales du royaume hachémite qui a profondément troublé les Jordaniens, le procureur d'Amman Hassan al-Abdallat a en effet décrété mardi un black-out sur l'enquête "des services de sécurité concernant le prince Hamza et d'autres".

Il a précisé mercredi que l'interdiction concernait "le déroulement de l'enquête, sa confidentialité, son intégrité, les preuves et les personnes accusées".

En revanche, a-t-il ajouté, "l'interdiction exclut la liberté d'opinion et d'expression ainsi que les déclarations émises par des autorités officielles".

L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé "cette nouvelle entrave au droit à l'information".

Après trois jours à la une des journaux jordaniens, plus un mot mercredi sur le "complot maléfique" visant à déstabiliser le trône, pas une allusion sur "la clique" qui a tenté de saper la sécurité du royaume, rien concernant les arrestations de supposés conjurés.

Mais pour Ahmed Awad, qui dirige le Phenix Center for Economics & Informatics Studies et qui s'exprimait avant l'annonce royale d'un dénouement, "même si une solution au sein de la famille royale a été trouvée, la véritable crise politique n'est pas finie et se poursuivra (...) tant qu'il n'y aura pas plus de réformes démocratiques".

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