Joe Biden "président élu" pour son camp

Joe Biden "président élu" pour son camp
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden, dans son fief de Scranton, en Pennsylvanie, le 3 novembre.

, publié le vendredi 06 novembre 2020 à 17h36

Le candidat démocrate à la présidentielle américaine se trouve désormais aux portes de la Maison Blanche, après avoir pris la tête de la course en Pennsylvanie. S'il gagne cet Etat, il deviendra président. Mais Donald Trump a par avance contesté le verdict des urnes.

Dans un dépouillement qui avance au compte-gouttes, la tendance s'est inversée en début de matinée (heure américaine) : mené depuis le scrutin de mardi, l'ancien vice-président démocrate devance désormais le président républicain d'un peu plus de 5.000 voix. Au vu des résultats serrés, aucun grand média américain n'a pour l'instant attribué définitivement la victoire à un des deux candidats dans cet Etat qui vaut 20 grands électeurs. Mais, si l'ancien vice-président de Barack Obama remporte cet Etat industriel du nord-est du pays, d'où il est originaire, il deviendra le 46e président américain. 

Alors qu'aucun grand média américain n'a encore désigné le vainqueur final, le camp du candidat démocrate commençait à revendiquer la victoire.

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a jugé "évident" que Joe Biden allait "gagner la Maison Blanche".

"Le président élu Biden a un mandat solide pour diriger", a-t-elle poursuivi en utilisant l'expression consacrée pour qualifier le vainqueur jusqu'à sa prise de fonctions, le 20 janvier. 

"Cette élection n'est pas finie. Les projections erronées proclamant la victoire de Joe Biden sont basées sur des résultats loin d'être définitifs dans quatre Etats", estime de son côté l'équipe de campagne de Donald Trump dans un communiqué.

L'avance initiale de Donald Trump en Pennsylvanie, qu'il avait remportée en 2016, a fondu au fur et à mesure que les bulletins envoyés par courrier - souvent à 80% en faveur de Joe Biden - étaient comptés. Au petit matin, le dépouillement en Géorgie, qu'aucun démocrate n'a remportée depuis 1992, avait déjà basculé en faveur de Joe Biden avec un peu plus de 1.000 voix d'avance. 

Dans l'Arizona, Trump rattrape Biden

Le compteur pour arriver au nombre magique de 270 grands électeurs - la majorité du collège électoral -, ouvrant les portes de la Maison Blanche, reste toutefois encore bloqué : 253 ou 264 voix pour Joe Biden, selon que les médias lui aient ou non attribué l'Arizona, et 214 pour Donald Trump. 

Les Etats-Unis attendent donc toujours, depuis mardi soir, de connaître le nom de celui qui prêtera serment le 20 janvier. A l'inverse de la Pennsylvanie et de la Géorgie, Donald Trump bénéficie directement, dans l'Arizona, de la prolongation du dépouillement.

Il est en train de rattraper Joe Biden, risquant de faire perdre au démocrate les 11 grands électeurs que l'agence AP et Fox News lui avaient attribués dès la nuit électorale, sur la base de résultats partiels et de modèles statistiques, une méthode habituellement sûre.

Trump dénonce des "votes illégaux"

Signe que le démocrate semble de plus en plus proche de la victoire à la présidentielle, le Secret Service, chargé de la protection des hautes personnalités, va renforcer dès vendredi ses effectifs d'agents autour de lui dans son fief du Delaware, a rapporté le Washington Post.

Face aux résultats égrenés globalement plus favorables à son rival, Donald Trump a, lui, crié jeudi une nouvelle fois à la fraude, sans apporter de nouveaux éléments.

"Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection", a-t-il lancé depuis la Maison Blanche, dans une tirade truffée d'approximations et de contre-vérités sur le décompte en cours.

Trump isolé dans son propre camp

Le 45e président des Etats-Unis apparaît isolé au sein de son propre parti, dans sa croisade contre un "vol" du scrutin dont il serait la victime. "Nous n'avons entendu parler d'aucune preuve", a réagi sur ABC Chris Christie, ex-gouverneur du New Jersey et allié du président, mettant en garde contre le risque d'attiser les tensions sans éléments tangibles.

Il a en revanche reçu le soutien de deux sénateurs républicains, Lindsey Graham et Ted Cruz. "Je peux vous dire que le président est en colère et je suis en colère, et les électeurs devraient être en colère", a déclaré ce dernier sur Fox News.

Les lieutenants et la famille du président ont, eux, lancé une campagne de désinformation pour persuader leurs troupes que des tricheries massives étaient en cours. 

Biden, certain de sa victoire

Peu après l'allocution de Donald Trump, Joe Biden a une nouvelle fois appelé au calme et à la patience. "Personne ne nous prendra notre démocratie. Ni aujourd'hui, ni jamais", a-t-il réagi sur Twitter. Quelques heures plus tôt, le candidat démocrate s'était déclaré certain, dans une intervention à la tonalité présidentielle, de sa victoire imminente.

"Je demande à tout le monde de rester calme. Le processus fonctionne, le décompte s'achève et nous saurons très bientôt", a-t-il déclaré depuis le Delaware. "Nous n'avons aucun doute sur le fait que lorsque le dépouillement sera terminé (...) nous serons déclarés vainqueurs".

Tensions élevées et recours juridiques

Le président républicain avait déclaré, dans la première nuit post-élection, qu'il l'avait emporté et qu'il ferait intervenir la Cour suprême, restant évasif sur les motifs. En réalité, ses avocats ont lancé de multiples actions judiciaires au niveau des Etats, avec par exemple la menace de demander un recomptage dans le Wisconsin.

Les démocrates estiment les plaintes sans fondement, mais ces recours pourraient retarder de plusieurs jours ou semaines l'homologation des résultats. Dans le Michigan et la Géorgie, deux juges ont déjà rejeté des recours républicains.

L'une des batailles concerne la Pennsylvanie. A la demande du camp Trump, un juge a ordonné aux autorités locales de laisser entrer des observateurs républicains dans le centre de convention de Philadelphie où le dépouillement a lieu.

La police de Philadelphie a de son côté arrêté deux hommes, après avoir appris qu'une attaque armée s'y préparait contre ce centre de dépouillement, illustrant les tensions élevées dans un pays extrêmement divisé.

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