"Je suis en vie": les rescapés de la Shoah commémorent la libération d'Auschwitz

Chargement en cours
Des survivants de la Shoah lors des commémorations de la libération du camp d'Auschwitz en 1945, au mémorial de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem, le 23 janvier 2020
Des survivants de la Shoah lors des commémorations de la libération du camp d'Auschwitz en 1945, au mémorial de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem, le 23 janvier 2020
1/3
© AFP, Abir SULTAN, POOL
A lire aussi

, publié le jeudi 23 janvier 2020 à 17h51

"Mes chaussures sont à Auschwitz mais moi je suis en vie ici." Pour Yona Amit et la centaine de rescapés de la Shoah qui ont assisté jeudi à Jérusalem aux commémorations de la libération du camp d'Auschwitz en 1945, les souvenirs refluent d'un lointain passé.

Des leaders de premier plan, notamment les présidents russe Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron, et allemand Frank-Walter Steinmeier, ont prononcé des allocutions lors de l'évènement, à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem.

M. Steinmeier a commencé et conclu son discours par la bénédiction du "Shehecheyanu", une prière juive réservée aux occasions spéciales. Le vice-président américain Mike Pence a également introduit la ligne d'une prière juive dans son discours et M. Macron a utilisé le commandement religieux juif, "zahor, al tishkar" ("souviens-toi, n'oublie pas").

Leurs allocutions ont été entrecoupées d'intervalles musicaux de l'orchestre philharmonique international et de choeurs de France, de Russie, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

L'orchestre a notamment joué le dernier mouvement de la sonate pour piano de Viktor Ullmann, un compositeur, chef d'orchestre et pianiste autrichien, assassiné à Auschwitz octobre 1944. 

- "Mal au coeur" -

Dans une salle de Yad Vashem réservée aux rescapés, dans laquelle la cérémonie est retransmise en direct, Yona Amit, 81 ans, montre des photos de sa famille avant la guerre, en Italie où elle a grandi.

A l'âge de cinq ans, elle échange ses chaussures avec son cousin du même âge, Yitzhak Berger, qu'elle appelait "Yitzouko".

Alors qu'elle réussit à passer la frontière italo-suisse, "Yitzouko" est déporté à Auschwitz et gazé, explique Mme Amit, accompagnée à Yad Vashem de sa petite-fille.

A ses côtés, Fanny Ben Ami a encore du mal à parler de ses parents, assassinés par les nazis, son père au camp de Majdanek et sa mère dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, tous deux situés en Pologne.

Plus d'un million de personnes, dont la plupart étaient juives, sont mortes à Auschwitz-Birkenau.

"J'en ai mal au coeur de dire qu'ils ont été assassinés", confie-t-elle.

A l'âge de 12 ans, elle est devenue malgré elle une résistante en faisant passer un groupe d'enfants de la France vers la Suisse bravant les dangers et risquant sa vie avec ses petits camarades.

Son histoire, immortalisée dans le film "Le voyage de Fanny" (Lola Doillon, 2016), l'a rendue célèbre parmi les rescapés de la Shoah et, à presque 90 ans, elle ne cesse de témoigner en Israël et dans le monde.

- "Le monde se tait" -

Mais pour Fanny Ben Ami, "l'antisémitisme ne sera pas éradiqué".

"Je pense que les leaders du monde entier sont venus surtout pour affirmer que l'antisémitisme est une plaie, mais on repart en arrière et rien ne change", regrette-t-elle auprès de l'AFP, au moment où les actes haineux envers les Juifs augmentent en Occident.

"La réunion de tous ces dirigeants venus exprimer leur engagement pour la mémoire de la Shoah et le combat contre l'antisémitisme est en soi un événement important", s'est en revanche félicité Avner Shalev, le président de Yad Vashem lors d'une conférence de presse.

Pour Moshe Kantor, président du Forum mondial de la Shoah et organisateur de l'évènement, "la vie juive en Europe est menacée".

"Je n'ai jamais été aussi inquiet en ce qui concerne l'augmentation de l'antisémitisme en Europe", a-t-il déclaré avant le début de la cérémonie.

"Je lutte contre l'antisémitisme chaque fois que je témoigne", explique Nahum Rottenberg, 92 ans, à l'AFP.

Les larmes aux yeux, il raconte comment il a été séparé, dès son arrivée à Auschwitz, de ses parents avant même de pouvoir "leur dire au revoir". Il raconte aussi la mort de son unique frère "quelques jours avant la fin de la guerre".

"Aujourd'hui, on tue en Syrie et ailleurs, le monde se tait, je ne pense pas que les choses aient vraiment changé", déplore le vieil homme.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.