Japon: offrande du Premier ministre Abe à un sanctuaire honorant des criminels de guerre

Japon: offrande du Premier ministre Abe à un sanctuaire honorant des criminels de guerre
Un arbre sacré "masakaki" portant le nom du Premier ministre japonais Shinzo Abe au sanctuaiare controversé de Yasukuni, le 17 octobre 2018

AFP, publié le mercredi 17 octobre 2018 à 08h30

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a fait porter mercredi une offrande au sanctuaire controversé Yasukuni où sont honorées les âmes de criminels de guerre.

M. Abe, qui se trouve actuellement en Europe, ne s'est pas rendu en personne dans ce haut lieu du shintoïsme depuis 2013, une visite qui avait alors irrité non seulement les dirigeants de Pékin et Séoul, mais aussi le gouvernement américain qui avait exprimé sa "déception".

Il fait néanmoins régulièrement des offrandes et a envoyé cette fois un arbre sacré "masakaki" portant son nom, pour l'ouverture du festival d'automne du Yasukuni, a indiqué à l'AFP une porte-parole du sanctuaire.

D'autres responsables politiques ont fait un geste similaire mais aucune visite en personne n'a été signalée.

Ce sanctuaire, qui honore 2,5 millions de personnes décédées pendant les plus récentes guerres, parmi lesquelles figurent 14 criminels de la Seconde Guerre mondiale, suscite régulièrement l'ire de la Corée du Sud et de la Chine, victimes à cette époque des atrocités de l'armée nippone.

Le Yasukuni a récemment fait parler de lui lorsque des fuites dans un magazine l'ont conduit à annoncer la démission de son grand prêtre en raison de propos "totalement inappropriés" au sujet de l'empereur Akihito.

Selon un récent numéro de l'hebdomadaire tabloïd Shukan Post, le prêtre supérieur Kunio Kohori, âgé de 68 ans, a déclaré lors d'une réunion de personnalités du sanctuaire en juin que "l'empereur tentait de détruire le sanctuaire Yasukuni". 

"Plus l'empereur effectue de voyages commémoratifs en hommage aux victimes de la guerre, plus le sanctuaire de Yasukuni est ostracisé", a-t-il ajouté, selon le Shukan Post, qui dit avoir eu en main des enregistrements audio du prêtre. 

Akihito, qui abdiquera en avril prochain en vertu d'une loi d'exception, a adressé des messages pacifiques tout au long de son règne appelé Heisei ("parachèvement de la paix"), exprimant des remords pour les conséquences de l'expansionnisme du Japon durant la première partie du règne de son père. 

Bien qu'il n'ait aucun pouvoir politique, l'empereur a agacé l'extrême droite japonaise, qui vénère le Yasukuni, en reconnaissant que son pays avait infligé de "grandes souffrances" en Chine et en déplorant la prise de contrôle de la péninsule coréenne par le Japon. 

Le souverain actuel n'a jamais visité le sanctuaire Yasukuni depuis qu'il a succédé à son père Hirohito, juste après le décès de celui-ci en janvier 1989.

Hirohito a pour sa part cessé de s'y rendre après l'inscription en catimini des criminels de guerre sur les registres du Yasukuni en 1978.

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