Japon: campagne féminine pour le droit de porter des lunettes au travail

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Yumi Ishikawa, fondatrice d'un mouvement contre les discriminations visant les femmes japonaises au travail, pose après une conférence de presse le 3 juin 2019 à Tokyo, au Japon
Yumi Ishikawa, fondatrice d'un mouvement contre les discriminations visant les femmes japonaises au travail, pose après une conférence de presse le 3 juin 2019 à Tokyo, au Japon
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© AFP, Charly TRIBALLEAU

, publié le mardi 03 décembre 2019 à 17h21

Une Japonaise dont la campagne contre l'obligation de porter des talons au travail avait été très suivie s'attaque à présent à d'autres codes en entreprise dans l'archipel nippon, dont les cas d'interdiction du port de lunettes par les femmes.

L'actrice et auteure Yumi Ishikawa s'était fait connaître en début d'année lorsqu'elle avait lancé sa bataille contre la culture d'entreprise japonaise dans laquelle porter des talons hauts est considéré comme quasiment obligatoire pour les femmes à la recherche d'un emploi ou travaillant dans nombre de groupes nippons.

Sa campagne était baptisée "#KuToo", jeu de mots utilisant le terme "kutsu" (chaussures) et "kutsuu" (douleur). Un néologisme qui a d'ailleurs acquis sa place lundi dans le classement 2019 des mots marquant chaque année écoulée au Japon.

Sa nouvelle pétition, déposée mardi au ministère du Travail, a déjà récolté 31.000 signatures.

"La racine du problème, c'est que (certaines entreprises) ont des règlements applicables aux seules femmes telles que l'interdiction des lunettes ou l'obligation d'utiliser des cosmétiques, qui sont excessives", a dit Mme Ishikawa à la presse. "Ces pratiques doivent être revues".

Les militants de sa campagne avaient déjà déposé en juin une pétition au gouvernement demandant une loi qualifiant de harcèlement l'exigence de porter des talons hauts.

Mais les progrès sont poussifs, a déploré Mme Ishikawa: "Nous avons été choquées de constater qu'il n'y avait aucune mention des talons hauts" dans le projet de règlement du gouvernement rendu public en octobre.

Un responsable du ministère du Travail ayant reçu la pétition a dit qu'elle serait "examinée comme une opinion parmi d'autres" avant de prendre une décision finale sur de nouveaux règlements gouvernementaux pour lutter contre le harcèlement sur les lieux de travail.

Une jeune femme de 28 ans interrogée par l'AFP et ayant requis l'anonymat a rapporté qu'il lui avait été dit de ne pas porter de lunettes, le manuel de son entreprise précisant qu'elles donnaient "au visage une expression de froideur".

"Je porte des lunettes depuis plus de 10 ans car je souffre du syndrome de l'œil sec", a-t-elle dit, s'inquiétant d'une aggravation possible de son mal.

Le responsable d'une agence de travail temporaire a aussi confié sous couvert d'anonymat à l'AFP qu'il recevait "de certaines entreprises des demandes de réceptionnistes s'abstenant de porter des lunettes", une exigence à laquelle s'ajoute souvent l'interdiction de se teindre les cheveux, qui "doivent être noirs".

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