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Italie : les espoirs douchés d'un retour sur les pistes de ski

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Le domaine skiable de Bormio dans les Alpes italiennes, le 15 février 2021
Le domaine skiable de Bormio dans les Alpes italiennes, le 15 février 2021
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© AFP, MIGUEL MEDINA

, publié le lundi 15 février 2021 à 23h01

"Quelle frustration ! Ils se moquent du monde !" : Matteo Morsia, un skieur passionné de 27 ans, laisse exploser sa colère après la décision du gouvernement italien de bloquer in extremis la réouverture des remontées mécaniques prévue pour ce lundi, afin de freiner la progression des variants du coronavirus.

Furieux, il réclame le remboursement de son forfait au guichet de la station Cima Piazzi Happy Mountain à Valdidentro près de Bormio, nichée au coeur des Alpes dans le nord de l'Italie. Arrivé de Milan, à 200 km de là, il a décidé d'écourter son séjour.

La réouverture des pistes de ski a été repoussée plusieurs fois, fluctuant au gré de la courbe des contagions, puis le couperet est tombé dimanche soir : le ministre de la Santé Roberto Speranza a prolongé la fermeture jusqu'au 5 mars. "Les variants sont source d'inquiétudes, il faut continuer à faire très attention", a-t-il fait valoir.

L'annonce a fait l'effet d'une bombe dans le monde de la montagne. "C'est un désastre. Ca fait une semaine qu'on dame les pistes pour l'ouverture et qu'on prépare le protocole sanitaire, cette annonce de dernière minute est inadmissible", s'emporte Denis Trabucchi, 35 ans, l'un des 3.000 moniteurs de ski de Lombardie.

Face à la décision de Rome, son incompréhension est totale : "on voit des images de foules dans les centres commerciaux qui restent ouverts, alors qu'ici on est en plein air". 

Epicentre en février 2020 de la pandémie qui a fait quelque 93.000 morts en Italie, la Lombardie a été la première région à autoriser ses skieurs à regagner les pistes, avant de se heurter dimanche au veto du gouvernement.

- Mini-tempête politique -

Cette décision, la première du nouveau gouvernement de Mario Draghi tiraillé à hue et à dia entre ses différentes composantes, a déclenché une mini-tempête politique. "On ne peut pas dire le dimanche soir qu'on ne peut pas rouvrir les installations qui devaient rouvrir le lundi matin", a tempêté Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite), l'un des soutiens de Mario Draghi.

"Nos opérateurs ont préparé les pistes, embauché du personnel, allumé le chauffage dans les hôtels (...) Il faudra payer des dommages-intérêts aux entrepreneurs", a déclaré le gouverneur de la Vénétie voisine Luca Zaia.

L'enjeu est de taille : le tourisme dans les stations de ski pèse entre 10 et 12 milliards d'euros par an, selon le syndicat agricole Coldiretti.

La petite station Happy Mountain, un site majestueux dominé par les glaciers de Cima Piazzi, est déserte alors qu'elle s'apprêtait à accueillir plus de 300 mordus de la glisse lundi.

Barbe poivre et sel et lunettes de soleil fluo, Giovanni Battista Migliori, un médecin de 61 ans, est l'un des rares à s'être aventurés sur la piste enneigée qu'il a remontée à pied dès 06H30 par une température de -13 degrés : "Je suis en colère. C'est un manque de respect envers le secteur de la neige". 

- "De la clarté !" -

Si les pistes suisses et autrichiennes accueillent des skieurs, l'Italie est logée à la même enseigne que la France.

Domaines skiables, hôtels, magasins, restaurants... des centaines d'entreprises avaient prévu le redémarrage en rappelant des employés, en s'approvisionnant et en prenant des réservations. 

"Les sommes déboursées par les exploitants pour faire repartir leur affaire sont perdues, c'est de l'argent jeté par les fenêtres", se désole le maire de Valdidentro, Massimiliano Trabucchi.

"L'ouverture du ski aurait été une bonne nouvelle pour le business, mais un peu moins pour la santé avec le virus qui continue à circuler", tempère Mauro Pancheri, 67 ans, le propriétaire du Bar Jolly, près de la mythique piste Stelvio à Bormio, une station de ski culte.

A quelques mètres de là, 2.000 paires de ski destinées à la location s'empilent au sous-sol du magasin Celso Sport. "Nos clients louent des raquettes à neige, mais pas de skis", se désole sa propriétaire, Marina Compagnoni.

"Tout ce que je demande, c'est de la clarté pour qu'on puisse s'organiser !" s'insurge-t-elle.

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