Israël pris en tenaille dans la guerre commerciale Chine-Etats-Unis

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (G) et le vice-président chinois Wang Qishan (D), le 24 octobre 2018 lors d'un sommet israélien sur l'innovation, à Jérusalem
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (G) et le vice-président chinois Wang Qishan (D), le 24 octobre 2018 lors d'un sommet israélien sur l'innovation, à Jérusalem
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© AFP, Ariel Schalit, POOL

AFP, publié le jeudi 14 février 2019 à 10h09

Entre la Chine et les Etats-Unis, Israël est contraint à un difficile exercice d'équilibre en pleine guerre commerciale entre ses deux principaux partenaires économiques.

Les Etats-Unis font sentir avec insistance à leur grand allié leurs inquiétudes devant la part grandissante des investissements chinois en Israël, la pénétration chinoise dans le domaine des infrastructures et dans des secteurs sensibles comme la haute technologie.

A la lumière des dossiers chinois Huawei et ZTE, géants des télécommunications dans le viseur de l'administration américaine, ils s'alarment du risque d'espionnage et de voir tomber entre de mauvaises mains des informations partagées avec Israël, avec lequel les Etats-Unis ont une relation privilégiée dans le domaine du renseignement et de la défense.

En visite à Jérusalem mi-janvier, le secrétaire adjoint à l'Energie Dan Brouillette a évoqué "les inquiétudes (américaines) à propos des investissements étrangers" en Israël. Une allusion claire à la Chine.

Avant lui, c'était le conseiller à la sécurité nationale John Bolton qui avait dit aux Israéliens les préoccupations américaines devant la lune de miel entre la Chine et Israël.

Le port de Haïfa (nord) en particulier retient l'attention des Etats-Unis.

Le groupe de Hong Kong Shanghai International Port a remporté il y a quatre ans l'appel d'offres pour gérer un nouveau quai. Or, le plus important port israélien sert régulièrement d'escale à des navires de guerre américains.

- Une "folie" -

L'ancien ambassadeur d'Israël en Chine Matan Vilnai a qualifié de "folie" la décision de confier à la Chine la gestion d'un "tel atout pour la sécurité nationale".

Selon les médias, le chef du service de sécurité intérieure (Shin Beth), Nadav Argaman, a mis en garde au début de l'année contre certains investissements chinois qui pourraient faciliter l'espionnage.

"Les Etats-Unis font désormais pression et insistent pour qu'Israël crée, à leur exemple, un organisme de contrôle des investissements stratégiques étrangers", dit à l'AFP Danny Catarivas, directeur général des relations internationales du patronat israélien.

Le cabinet de sécurité, forum restreint en charge des questions les plus sensibles autour du Premier ministre et dont les délibérations sont couvertes par la censure, aurait reçu le message et décidé d'établir une commission interministérielle comprenant des représentants du Renseignement, pour superviser tout investissement étranger jugé "stratégique".

Interrogés par l'AFP, plusieurs porte-parole ont décliné tout commentaire en reconnaissant que les relations avec la Chine constituaient un "sujet hyper-sensible", selon les mots de l'un d'eux. Un responsable du ministère des Transports s'est contenté d'affirmer sous couvert de l'anonymat que le marché de Haïfa avait été attribué "sur des critères purement professionnels".

"Entre le marteau américain et l'enclume chinoise, Israël doit être de plus en plus prudent et examiner les projets non seulement d'un point de vue économique, mais aussi diplomatique et géostratégique", dit Uzi Rabi, directeur du Centre Moshé Dayan de l'université de Tel-Aviv.   

Les interventions américaines auraient produit leur effet. Selon la "13", une chaîne privée, un prochain appel d'offres pour l'agrandissement de l'aéroport international de Tel-Aviv sera réservé aux entreprises de pays membres de l'Otan, ce qui exclut Pékin.

Les entreprises chinoises ont dans un passé récent effectué une percée spectaculaire en Israël. Elles ont remporté des contrats pour la construction d'un nouveau port à Ashdod (sud) et des tunnels destinés à de nouvelles lignes de train léger à Tel-Aviv. Selon des experts, les Chinois effectueraient un tiers des investissements dans le secteur clé de la haute technologie israélienne.

- En 2000, déjà... -

Des groupes chinois s'intéressent aussi à la construction d'une ligne de train rapide entre Tel-Aviv et la station balnéaire d'Eilat (mer Rouge), et celle d'une unité de dessalement de l'eau de mer.

La Chine est devenue le premier partenaire d'Israël pour les infrastructures. Les échanges commerciaux ont dépassé les 12 milliards de dollars en 2018, presque 200 fois plus qu'en 1992, quand des relations diplomatiques ont été établies.

Pékin est désormais le deuxième partenaire commercial d'Israël derrière les Etats-Unis, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a proposé en octobre un accord de libre-échange à la Chine.

Danny Catarivas reconnaît que "la transparence n'est pas le point fort des investissements chinois". "On ne sait jamais si l'argent vient de sociétés et de personnes privées, ou de l'Etat et du parti communiste", dit-il.

Israël peut difficilement se couper de la Chine et d'un "marché en pleine expansion", mais la priorité reste de préserver les relations privilégiées avec les Etats-Unis, dit M. Catarivas.

Les entreprises israéliennes actives en Chine ou passées sous pavillon chinois pourraient un jour être exclues du marché américain si les relations entre les deux super puissances se dégradaient davantage, dit-il.

Israël reçoit par ailleurs près de 4 milliards de dollars d'aide militaire annuelle des Etats-Unis.

Il assure ne pas vendre d'armes ou de technologies à double usage civil et militaire à la Chine. L'Etat hébreu a été échaudé en l'an 2000 quand les Etats-Unis ont mis leur veto à la vente à la Chine d'un système de détection et de commandement aéroporté équipé en partie de composants américains. Cela avait contraint Israël à verser des centaines de millions de dollars d'indemnités à la Chine pour rupture de contrat.

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