Irlande du Nord: l'annonce de la mort du prince Philip calme les violences

Irlande du Nord: l'annonce de la mort du prince Philip calme les violences

, publié le vendredi 09 avril 2021 à 23h55

Les violences qui ont éclaté cette semaine en Irlande du Nord se sont en grande partie calmées vendredi soir, à la suite de l'annonce de la mort du prince Philip, époux de la reine Elizabeth II. 

Depuis plusieurs jours, la province britannique était secouée par des violences sans précédent depuis plusieurs années, surtout dans des zones loyalistes à majorité protestante où les conséquences de la sortie de l'Union européenne ont crée un sentiment de trahison et d'amertume.

Des manifestations et des marches qui avaient été prévues dans des quartiers unionistes de la capitale Belfast ont été annulées après l'annonce du décès du prince vendredi matin, à 99 ans. 

- "Par respect pour la Reine"

"Les manifestations ont été reportées par respect pour la Reine et la famille royale", pouvait-on lire sur des affiches placardées dans les quartiers unionistes de la ville. 

Le texte ajoutait toutefois que "l'opposition" aux termes du Brexit "et à toutes les injustices" va reprendre "après une période de deuil". 

Le Brexit est venu fragiliser le délicat équilibre entre communautés dans la province, en nécessitant l'introduction des contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l'UE. 

Afin d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'UE, ces contrôles se tiennent dans les ports nord-irlandais.

Mais ces nouvelles dispositions perturbent les échanges commerciaux et sont dénoncées par les unionistes comme une frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et une trahison de la part de Londres.

Dans la soirée, les rues de Belfast étaient beaucoup moins fréquentées que les jours précédents, quand des affrontements ont opposé la police anti-émeute à une foule tentant d'approcher des quartiers unionistes. 

Des escarmouches ont toutefois eu lieu dans une enclave unioniste, mais elles ont été moins violentes que la veille.

Un homme vivant dans un quartier unioniste a toutefois montré à l'AFP un message qui circulait et appelait à "une intensification des manifestations après le week-end". 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, dans un quartier ouest de Belfast, la police anti-émeutes, prise en étau entre les deux camps, avait été visée par des cocktails Molotov et des pavés alors qu'elle tentait d'empêcher des centaines de manifestants républicains de se diriger vers les unionistes. Ils ont été repoussés par un canon à eau.  

Ces violences, qui ont blessé jusqu'ici plus de 70 policiers, font resurgir le spectre des "Troubles" et leurs 3.500 morts, qui ont opposé durant trois décennies sanglantes républicains, principalement des catholiques partisans de la réunification avec l'Irlande, et unionistes protestants, fervents défenseurs de l'appartenance au Royaume-Uni.

- "Engager le dialogue" -

Face à cette escalade, le gouvernement britannique, qui a dépêché sur place le ministre de l'Irlande du Nord Brandon Lewis, a réitéré son appel au calme, resté jusqu'ici lettre morte. 

"La violence n'a aucun rôle à jouer pour résoudre les problèmes", a insisté vendredi le ministre des Transports, Grant Shapps, sur Sky News, estimant la situation "très inquiétante". "Nous devons nous assurer que les gens se parlent pour résoudre leurs problèmes", a-t-il ajouté.

La soeur de Lyra McKee, une journaliste abattue lors d'affrontements en 2019 à Londonderry, a enjoint les responsables politiques nord-irlandais à "engager le dialogue avec ceux qui disent être si insatisfaits qu'ils optent pour la violence", estimant que certains les ont "ignorés" tandis que d'autres ont "allumé le feu".

"Il nous faut un bon et vrai leadership avant que quelqu'un soit tué", a plaidé Nichola McKee Corner auprès de la chaîne irlandaise RTE.

Jeudi, les Premiers ministres britannique et irlandais avaient déjà appelé au "dialogue", joignant leurs voix à celles des dirigeants d'Irlande du Nord, unionistes comme républicains, pour condamner ces violences "inacceptables". La Maison Blanche s'est également dit "préoccupée". 


"Il y a des moyens politiques pour parler du protocole" nord-irlandais, a souligné John O'Dowd, un député local du parti républicain Sinn Fein sur la BBC. "N'essayons pas de trouver des excuses à des groupes criminels qui ne devraient pas exister 23 ans après l'accord du Vendredi saint". 

La semaine dernière, des violences avaient d'abord éclaté à Londonderry, avant de gagner un quartier loyaliste de Belfast et ses environs pendant le week-end de Pâques. 

Un responsable policier, Jonathan Robert, a estimé vendredi que ces violences n'étaient "pas orchestrées par un groupe" en particulier, alors que des groupes paramilitaires avaient précédemment été pointé du doigt. Il a demandé aux parents et chefs de file de communautés de dissuader les jeunes d'aller à l'affrontement.

La décision des autorités nord-irlandaises de ne pas poursuivre des responsables du Sinn Fein ayant assisté aux obsèques d'un ancien chef paramilitaire, malgré les restrictions anti-Covid, a également mis le feu aux poudres.

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