Irlande du Nord: la mort d'une journaliste marque une recrudescence des violences

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Capture d'écran d'une vidéo de surveillance fournie par la police d'Irlande du nord le 20 avril 2019, montrant une personne présente lors de l'incident qui a causé la mort d'une journaliste à Londonderry
Capture d'écran d'une vidéo de surveillance fournie par la police d'Irlande du nord le 20 avril 2019, montrant une personne présente lors de l'incident qui a causé la mort d'une journaliste à Londonderry
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© AFP, HO, POLICE SERVICE OF NORTHERN IRELAND (PSNI)

AFP, publié le lundi 22 avril 2019 à 09h10

La mort de la journaliste Lyra McKee, tuée par balle lors d'affrontements à Londonderry, marque une recrudescence de la violence en Irlande du Nord, et la crainte qu'une paix fragile et durement gagnée soit de plus en plus menacée.

Selon la police nord-irlandaise (PSNI), Lyra McKee, 29 ans, a été tuée jeudi soir par un homme ayant ouvert le feu contre des policiers qui affrontaient des émeutes dans le quartier catholique de Creggan.

Ce drame a rappelé à la mémoire des Nord-Irlandais les heures sombres des "Troubles" qui ont déchiré la province britannique pendant trois décennies.

Opposant républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique, ces violences avaient fait quelque 3.500 morts.

L'accord du Vendredi Saint de 1998 y avait en grande partie mis fin en imposant un retrait des forces britanniques et le désarmement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA).

Mais des républicains dissidents, luttant pour la réunification de l'Irlande, y compris par la violence, restent actifs, et la police nord-irlandaise pense que l'un de ces groupes, la Nouvelle IRA, est derrière la mort de Lyra McKee.

- "Radicalisation" -

En Irlande du Nord, de nombreux commentateurs estiment que les responsables sont des jeunes n'ayant pas connu les "Troubles", manipulés par un élément radical plus âgé.

"Il y a une dangereuse radicalisation des jeunes (...) par ceux qui sont liés à et à la périphérie de la Nouvelle IRA", avance Allison Morris, correspondante pour les questions de sécurité du journal The Irish Times.

Une analyse qui fait écho aux propos du commissaire Jason Murphy, qui dirige l'enquête sur la mort de McKee. "Nous assistons à l'émergence d'un nouveau genre de terroristes", a-t-il mis en garde samedi.

En janvier, l'explosion d'une voiture piégée à Londonderry avait déjà fait craindre une nouvelle flambée de violence venant des groupes paramilitaires.

Un attentat auquel a succédé la découverte de plusieurs paquets contenant des petits engins explosifs, retrouvés notamment dans des bâtiments des aéroports de Londres City et Heathrow.

Des actes revendiqués par la Nouvelle IRA. 

Les tensions ont également pu être alimentées par l'incertitude que fait peser le Brexit sur le devenir de la frontière nord-irlandaise, et la liberté de circulation dont jouissent actuellement les habitants de chaque côté.

Selon le Pr Kieran McConaghy, de l'Université St Andrews en Ecosse, il est "difficile de dire" si le Brexit a joué un "rôle majeur" dans les attaques récentes, car de tels incidents ont été constants ces dernières années.

Mais le Brexit n'a en tout cas pas "été bénéfique pour la stabilité" de la province, a-t-il poursuivi, sur la chaîne CBC. "Cela a rendu les gens plus mal à l'aise avec le processus de paix en Irlande du Nord, qui est actuellement considéré comme chancelant".

- "Pas en notre nom" -

"Les politiciens feraient bien d'essayer de sortir de l'incertitude (...) pour éviter que des organisations comme la Nouvelle IRA et d'autres ne comblent ce vide politique", a-t-il prévenu, alors que la sortie de l'UE, initialement prévue le 29 mars, a été une première fois repoussée au 12 avril, puis au 31 octobre, faute d'accord au Parlement britannique.

En cas de Brexit dur, les craintes portent sur la possibilité d'un retour des contrôles le long de la frontière séparant la République d'Irlande (membre de l'UE) et la province britannique d'Irlande du Nord. De tels contrôles constitueraient une cible de choix pour les dissidents.

Après la mort de Lyra McKee, la police nord-irlandaise a affirmé avoir constaté un "changement radical" dans le quartier de Creggan, jusqu'ici réputé pour ses relations tendues avec les forces de l'ordre.

Et sur l'emblématique mur du "Free Derry Corner", symbole des revendications séparatistes, a été inscrit le message "Pas en notre nom. R.I.P. Lyra", reflétant la colère des habitants et le rejet de cette forme de violence.

Les six principaux partis politiques d'Irlande du Nord - y compris les unionistes et les républicains incapables depuis plus de deux ans de se mettre d'accord pour former un gouvernement à Belfast - ont également publié une rare déclaration commune.

"Le meurtre de Lyra, écrivent-ils, constitue une attaque contre tous les membres de cette communauté, une attaque contre la paix et le processus démocratique".

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