Iran : le casse-tête atomique de Macron

Iran : le casse-tête atomique de Macron
Le president Emmanuel Macron, ici mardi à Aix-la-Chapelle (Allemagne), où il doit recevoir le prix Charlemagne, récompensant l'engagement européen d'une personnalité politique.

leparisien.fr, publié le mercredi 09 mai 2018 à 20h52

Après la décision brutale de Donald Trump, le président français veut tenter de sauver ce qui reste de l'accord sur le nucléaire iranien.

Dans l'entourage d'Emmanuel Macron, on parle désormais de «moment critique ». La décision de Donald Trump de se retirer unilatéralement de l'accord sur le nucléaire iranien ouvre une période de turbulences. Pour le régime des mollahs, pour le Proche-Orient, mais aussi pour la France qui joue un rôle particulier dans ce tableau géopolitique : Paris est le seul interlocuteur à même de dialoguer en direct avec les autres puissances impliquées. Comment afficher son désaccord sans froisser les Etats-Unis? Comment empêcher que l'Iran se retire à son tour ? Les sanctions économiques qui vont à nouveau s'abattre sur ce pays ne lui donnent plus aucune raison de rester à la table des négociations... Que faire pour les entreprises françaises et européennes qui comptaient investir ce marché (lire ci-contre)? Un véritable casse-tête diplomatique né de la volonté du président de la première puissance économique et militaire du monde.

Emmanuel Macron se trouve à la Lanterne, sa résidence officielle proche de Versailles (Yvelines) lorsqu'il appelle Trump depuis sa ligne sécurisée, quelques heures avant que le président américain ne prenne la parole, mardi. Le chef de l'Etat n'a guère de doutes sur les intentions de son homologue. Ce dernier lui annonce vouloir réserver la primeur de sa décision aux Américains. « Tu ne seras pas surpris », dit simplement Trump. « Cet accord, on va le défendre. Je vais le dire avec mes alliés européens », insiste Macron. Le président appelle ensuite l'Allemande Angela Merkel et la Britannique Theresa May. Un coup de fil à trois pour travailler ensemble sur les termes de leur communiqué conjoint. Car les Européens entendent préserver cet accord, quoi que décide l'Américain.

Convaincre Téhéran de rester dans l'accord

C'est depuis sa voiture que Macron écoute les mots très durs de Trump sur l'Iran alors qu'il se rend à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), pour la finale de la Coupe de France. Le président réagit immédiatement sur les réseaux sociaux. Il s'accroche encore à la porte qu'il a voulu entrouvrir il y a deux semaines avec Trump, à Washington, celle d'un accord plus global. « C'est un chapitre qui se ferme, mais un nouveau qui s'ouvre », veut croire un diplomate de haut-rang. « Ce qui se passe est très grave mais il y a aussi une dynamique qui s'amorce », espère un autre alors que des réunions de travail entre chancelleries ont commencé, en coulisses.

Surtout, il faut convaincre Téhéran de rester dans cet accord que Trump vient de déchirer. Le président a déroulé ses arguments lors d'un long échange téléphonique avec Hassan Rohani, hier, juste avant de partir pour l'Allemagne, quitte à décoller avec plus de trente minutes de retard. Une fois n'est pas coutume, il a été question de politique intérieure, celle de la République islamique où la pression des conservateurs est très forte pour déchirer ce texte. L'Iranien a insisté sur la nécessité de construire des garanties pour son pays : quel intérêt à rester dans cet accord si son économie étouffe sous un embargo mondial? Si le fil du dialogue est loin d'être rompu avec Téhéran, la question -centrale - des sanctions économiques est loin d'être réglée.

«C'est un test historique»

Paris et l'Europe seront-elles prêtes à jouer le bras de fer avec Washington pour continuer à commercer avec Téhéran? L'Elysée assure être disposé à engager des discussions « très dures » avec les Américains. « Il faut tout envisager, y compris des hypothèses ambitieuses, assure-t-on en haut-lieu. C'est un test historique. Pour la France comme pour l'Europe. » Pour le monde aussi.

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