Présidentielle en Iran: vers un duel à droite entre Larijani et Raïssi

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Le chef de l'Autorité judiciaire iranienne Ebrahim Raïssi prononce un discours après avoir enregistré sa candidature à l'élection présidentielle iranienne, au ministère de l'Intérieur à Téhéran, le 15 mai 2021
Le chef de l'Autorité judiciaire iranienne Ebrahim Raïssi prononce un discours après avoir enregistré sa candidature à l'élection présidentielle iranienne, au ministère de l'Intérieur à Téhéran, le 15 mai 2021
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© AFP, ATTA KENARE

publié le samedi 15 mai 2021 à 16h07

Un nombre important de personnalités iraniennes ont attendu le dernier moment pour déposer samedi leur candidature à la présidentielle de juin, qui semble s'orienter vers un duel entre le conservateur modéré Ali Larijani et l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi.

Président du Parlement de 2008 à 2020, M. Larijani, aujourd'hui conseiller du guide suprême Ali Khamenei, a ouvert le bal des postulants en se rendant de bon matin au ministère de l'Intérieur pour déposer son dossier, au dernier jour de la période d'enregistrement des candidatures.

M. Raïssi, chef de l'Autorité judiciaire depuis mars 2019, lui a succédé à la mi-journée.

Se sont également présentés samedi, parmi d'autres, le premier vice-président sortant, Eshaq Jahanguiri, ainsi que Mohsen Rézaï, ancien commandant-en-chef des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ou encore Saïd Jalili, ancien secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale.

"Au bout du compte, le principal affrontement (de cette élection) opposera M. Raïssi à M. Larijani: le premier représentant la faction ultraconservatrice et une partie des conservateurs traditionnels (...) et le second les conservateurs traditionnels et modérés, et, par procuration, les réformateurs", déclare à l'AFP Massoud Bastani, journaliste indépendant à Téhéran.

La période pour le dépôt des candidatures, ouverte mardi, s'est close à 18h00 (13h30 GMT). Au total plus de 300 personnes se sont présentées.

Mais seul un petit nombre d'entre elles sera autorisé à se présenter après validation de leur candidature par le Conseil des Gardiens de la Constitution, organe non élu chargé du contrôle de la plupart des élections.

Le Conseil doit publier la liste des candidats retenus les 26 et 27 mai, la campagne devant s'ouvrir officiellement le 28, trois semaines avant le premier tour du 18 juin.

- Désenchantement -

Compte tenu de leur proximité avec l'ayatollah Khamenei, la validation de MM. Larijani et Raïssi -- qui ont déjà participé à une présidentielle respectivement en 2005 et en 2017 -- est assurée.

A l'inverse, la presse iranienne estime que l'ex-président Mahmoud Ahmadinehjad devrait être disqualifié, comme en 2017, et comme la plupart des candidats réformateurs.

Cela laisserait de la place à M. Larijani sur sa gauche et à M. Raïssi sur sa droite.

Les autres candidats qui pourraient être autorisés à se présenter ne semblent pas en mesure de pouvoir leur faire de l'ombre et plusieurs pourraient même se rallier à l'un ou l'autre.

Après l'abstention record (plus de 57%) aux législatives de février 2020, le guide suprême a appelé à plusieurs reprises ces derniers mois à une participation "massive" à la présidentielle.

La participation de MM. Larijani et Raïssi pourrait mobiliser l'électorat, la grande inconnue étant le degré de désenchantement de la population, le président sortant Hassan Rohani apparaissant largement discrédité au sein de l'opinion.

Face à un Raïssi qui peut compter sur une solide base (plus de 38% des voix au premier tour en 2017), M. Larijani devra convaincre les déçus de l'expérience Rohani.

- "Adversaire de la corruption " -

Mais les vues ultraconservatrices de M. Raïssi -- accusé par des organisations de défense des droits humains et des opposants en exil d'être responsable de l'exécution sans procès de centaines de prisonniers du temps qu'il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran à la fin de la décennie 1980 -- pourraient aussi mobilier contre lui une frange importante de la population, comme en 2017.

Le successeur de M. Rohani héritera d'une République islamique frappée par la crise économique et sociale, où le mécontentement de la population est toujours palpable après la répression violente des vagues de contestation de l'hiver 2017-2018 et de novembre 2019.

M. Rohani avait parié sur la normalisation avec l'Occident, grâce à l'accord international sur le nucléaire iranien de 2015, pour sortir son pays de l'isolement et attirer des investisseurs étrangers.

Mais la dénonciation unilatérale de ce pacte par les Etats-Unis en 2018 et le retour des sanctions américaines a fait voler en éclats ce rêve, même si le sauvetage de l'accord se négocie actuellement entre Iraniens, Européens, Occidentaux, Russes et Chinois.

"La principale question, c'est l'économie", a déclaré M. Larijani samedi. "La politique étrangère du pays (doit) viser à faciliter les relations extérieures pour le développement économique du pays", a ajouté ce partisan de l'accord de Vienne. 

Face à lui, M. Raïssi s'est présenté comme "l'adversaire de la corruption, de l'inefficacité et de l'aristocratie" et a promis de lutter sans relâche "contre la pauvreté", reprenant ses principaux thèmes de campagne de 2017.

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