Irak: leurs maisons en ruine, des démunis de retour forcé dans des camps

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Une Irakienne Nihaya Issa et trois de ses proches, le 30 juillet 2019 dans le camp de déplacés d'al-Khazer, dans le nord de l'Irak
Une Irakienne Nihaya Issa et trois de ses proches, le 30 juillet 2019 dans le camp de déplacés d'al-Khazer, dans le nord de l'Irak
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© AFP, SAFIN HAMED

AFP, publié le dimanche 25 août 2019 à 10h52

Sans emploi, Nihaya Issa s'entasse dans une tente avec ses huit filles. Dépendante des aides alimentaires, cette veuve a dû se résoudre à retourner dans un camp après avoir retrouvé sa maison en ruine à Mossoul, l'ex fief irakien du groupe Etat islamique (EI).

Mossoul a été libérée des jihadistes il y a deux ans, mais des dizaines de milliers de personnes ayant fui cette grande ville du nord vers des camps de déplacés n'ont toujours pas pu retourner chez eux. Certains vivent dans les décombres de leur logement.

Beaucoup, comme Mme Issa, disent avoir tenté de revenir. Mais la vision d'une ville ravagée les a choqués.

"Quand je suis revenue à Mossoul, je n'ai pas retrouvé ma maison. Elle était détruite", confie cette trentenaire sous sa tente du camp d'Al-Khazer, à 30 km de Mossoul.

"Je n'avais pas les moyens de louer une maison non plus, alors je suis revenue dans le camp", explique-t-elle à l'AFP, exaspérée.

Des cernes sous les yeux, cette veuve déplore "une vie difficile" à Al-Khazer. Mais "nous restons (ici) pour les rations de nourriture que nous recevons tous les 30-40 jours", dit-elle.

Actuellement, 1,6 million d'Irakiens s'entassent encore dans des camps de déplacés, dont près de 300.000 personnes de Mossoul, l'ex capitale autoproclamée en Irak de l'EI, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Ils sont répartis dans plusieurs camps de la province de Ninive --dont Mossoul est la capitale--, qui se sont transformés en de véritables villes.

Les ONG y ont construit des écoles et centres de formation, des cliniques et commerces, ainsi que des stades de football et des salons de coiffure.

- "Comme en prison" -

Ghazwan Hussein, 26 ans, est originaire du Sinjar, foyer historique des yazidis, à l'ouest de Mossoul, dont l'EI s'était emparé à l'été 2014, transformant en enfants-soldats les plus jeunes et soumettant des milliers de femmes aux travaux forcés et à l'esclavage sexuel.

Ce père de quatre enfants a dû fuir pour rejoindre le camp d'Al-Khazer, où il gagnait modestement sa vie, avant que son fils ne tombe malade.

Il a alors dû vendre ses quelques effets personnels pour lui payer l'opération nécessaire et a tenté de retourner dans le Sinjar.

"J'ai compris que ma maison était inhabitable. Elle était démolie et il n'y avait pas de services de base", explique M. Hussein, son fils sur les genoux. "Je n'ai pas pu rester et je suis revenu au camp", poursuit-il.

La majorité des 500.000 yazidis du Sinjar sont toujours déplacés, à cause des destructions, du manque de services et d'une situation sécuritaire toujours dangereuse.

Le gouvernement devrait accélérer la reconstruction et dédommager les déplacés, avance M. Hussein.

"Cela a-t-il un sens de nous maintenir dans des camps sans travailler pendant trois ans, comme en prison?", s'insurge-t-il. "Nous ne faisons que manger, dormir et vivre de colis de nourriture, sans aucun espoir de voir la situation s'améliorer et de retourner chez nous".

A ce jour, selon le bureau des migrations de Mossoul, jusqu'à 25 familles quittent quotidiennement leurs maisons détruites pour retourner dans des camps pour accéder à de meilleures services de base.

"Les 18 derniers mois, nous avons assisté à des migrations inversées, avec des retours dans les camps ou dans les régions kurdes", explique le directeur du bureau, Khaled Ismail.

Les motifs varient. "Cela peut être lié à la situation sécuritaire, aux conditions financières de la famille ou au fait que leurs maisons détruites sont inhabitables", précise-t-il.

- "Pas une vie" -

Quelque 72.000 familles au total sont revenues dans la province de Ninive depuis la fin du combat contre l'EI.

A Mossoul, beaucoup retournent dans la partie orientale de la ville, moins touchée par les combats et où restaurants et boutiques ont rouvert.

De l'autre côté du Tigre, la Vieille ville est toujours jonchée d'ordures, de débris de roquettes et même de cadavres en décomposition s'empilant sous des maisons en ruine.

Environ 30.000 personnes retournées à Mossoul vivent dans des conditions précaires -le plus haut taux d'Irak-, avec des maisons, écoles et bâtiments publics détruits, selon l'OIM.

Les plus démunis tentent tant bien que mal de reconstruire leur vie dans la Vieille ville, comme Sabiha Jassem, 61 ans, qui avait quitté sa maison pour rejoindre l'est de Mossoul.

Ne pouvant plus payer le loyer, elle a dû se résoudre à retourner dans sa petite maison aux murs sales et criblés d'impacts de balles.

"Cette maison est un danger. Son toit et ses murs peuvent s'effondrer. Mais nous sommes pauvres et n'avons aucune autre solution", déplore Mme Jassem. "Ici, ça n'est pas une vie".

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