Pour beaucoup de Mormons, Trump n'est pas en odeur de sainteté

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Le temple historique de l'Eglise mormonne à Salt Lake City (Utah), le 4 avril 2020
Le temple historique de l'Eglise mormonne à Salt Lake City (Utah), le 4 avril 2020
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© AFP

, publié le samedi 24 octobre 2020 à 06h45

Traditionnellement conservateurs et acquis à la cause républicaine, les Mormons sont de plus en plus nombreux à se dire rebutés par l'attitude et les prises de position du président Donald Trump, au point parfois de lui préférer son adversaire démocrate Joe Biden pour les représenter à la Maison Blanche.

Cette tendance, particulièrement nette chez les femmes de cette communauté religieuse très attachée à la morale et aux valeurs familiales, pourrait bien coûter au milliardaire hâbleur sa victoire dans certains Etats-clefs, comme l'Arizona ou le Nevada où ils représentent environ 6% de la population, avertissent des experts.

Melarie Wheat, 36 ans et mère de cinq enfants, n'avait déjà pas voté pour Donald Trump en 2016 à cause de ses mauvaises manières et de ses insultes. Elle n'avait pas pour autant pu se résoudre à donner sa voix à Hillary Clinton, un repoussoir pour une majorité d'électeurs républicains. 

"J'ai voté pour un troisième candidat indépendant", explique à l'AFP cette femme au foyer vivant près de Salt Lake City, dans l'Utah, siège mondial de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, nom officiel de la religion mormone. 

Comme beaucoup, "je me suis dit que Trump s'assagirait peut-être après avoir pris ses fonctions, qu'il appliquerait des politiques conservatrices et serait un bon dirigeant. Qu'il faisait peut-être juste son show pour l'élection", poursuit Mme Wheat.

"J'ai été bien déçue! Il aime se moquer des gens, diviser, et il ne respecte pas les femmes. Il ne respecte pas les réfugiés, les immigrés ou les minorités", s'indigne-t-elle.

Des sujets très sensibles chez les Mormons, minorité qui a elle-même fui des persécutions religieuses au début du XIXe siècle.

Cette année, Melarie Wheat va sauter le pas et donner son bulletin à Joe Biden même s'il "s'agit davantage de voter contre Trump".

- "Un meilleur modèle" -

Voici quatre ans, beaucoup de Mormons avaient voté pour Evan McMullin, mormon lui aussi. Il n'avait obtenu que 0,54% des voix au niveau national mais 21,5% dans l'Utah, soit près de 250.000 bulletins.

Signe des temps, Evan McMullin, a appelé le mois dernier sur Twitter ses "camarades conservateurs et républicains" à voter pour Joe Biden. "Cela ne signifie pas que vous soyez d'accord avec chacune de ses positions (...) Cela signifie juste que vous faites passer en priorité la Constitution, la vérité et la décence dans cette élection", estime-t-il.

Icône politique de l'Eglise mormone (qui s'abstient officiellement de toute prise de position politique), Mitt Romney, candidat républicain en 2012 face à Barack Obama, a lui-même fait savoir mercredi qu'il n'avait pas voté pour Donald Trump, sans pour autant dire à qui était allé son bulletin de vote anticipé.

Cette désaffection pourrait faire pencher la balance en Arizona, où M. Trump ne l'a emporté en 2016 que par 91.000 voix d'avance. Or on dénombre plus de 400.000 Mormons dans cet Etat frontalier du Mexique.

Dan Barker, juge à la retraite de 67 ans et "républicain de toujours", a fondé avec son épouse le mouvement "Républicains d'Arizona pour Biden". Cet ancien responsable mormon, qui vit près de Phoenix, espère bien faire la différence.

Joe Biden "est lui-même un homme de foi et, comparé à Trump, est un meilleur modèle pour les jeunes et les adultes", tranche-t-il, même s'il avoue avoir "perdu quelques amis" dans son Eglise.

Certes, les démocrates sont favorables à l'interruption volontaire de grossesse - insupportable pour de nombreux Mormons - mais cela n'est pas suffisant aux yeux de M. Barker pour justifier de voter Trump, qui "aura un impact extrêmement négatif sur notre démocratie s'il est réélu".

Selon Andrea Dalton, 38 ans, de nombreux Mormons espéraient que Donald Trump "secoue le système".

"Certains sont encore fans mais bien davantage sont comme moi: la secousse a tourné au chaos et j'ai vraiment du mal à trouver ce qu'il a fait de bien", assure la jeune femme, qui vit à Tucson (Arizona).

"Il représente tant de choses que je trouve moralement répugnantes", lance-t-elle citant notamment sa politique migratoire "inhumaine".

Il est impossible d'évaluer à ce stade l'ampleur du rejet de Donald Trump chez les Mormons, mais Mme Dalton, qui dit avoir eu une éducation "très conservatrice", "pense qu'il a poussé de nombreuses personnes qui n'imaginaient pas voter pour les démocrates à le faire".

"Je vois ça dans ma propre famille. Mon beau-père ne respecte pas Donald Trump. Il pense que c'est un menteur", lance-t-elle.

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