Immigration : Merkel rejette l'ultimatum de son ministre de l'Intérieur, Trump s'en mêle

Immigration : Merkel rejette l'ultimatum de son ministre de l'Intérieur, Trump s'en mêle
Angela Merkel et son ministre de l'Intérieur à Berlin, le Bavarois Horst Seehofer.
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leparisien.fr, publié le lundi 18 juin 2018 à 20h36

Le président américain s'est s'immiscé dans la crise politique allemande contre Angela Merkel.

Angela Merkel a assuré lundi après-midi qu'il n'y aurait aucune fermeture «automatique » des frontières. Elle a rejeté l'ultimatum de son ministre de l'Intérieur Hort Seehofer, le patron de la CSU le parti bavarois bien plus à droite que son «frère» de la CDU, le parti de la chancelière.

Horst Seehofer souhaite, sauf accord européen au sommet des 28 et 29 juin, pouvoir refouler aux frontières tous les demandeurs d'asile ayant été enregistrés dans un autre pays de l'UE, le plus souvent l'Italie ou la Grèce, soit la quasi-totalité d'entre eux, conformément à l'accord controversé de Dublin. Un responsable du parti bavarois, Hans-Peter Friedrich a indiqué que des mesures de refoulement pourraient être «élaborées pour début juillet ».

Acculée, la chancelière demandait un tel délai depuis plusieurs jours tout en s'opposant à une telle approche unilatérale pour ne pas provoquer un effet domino en Europe. Pour elle, la survie de l'UE est jeu. « La manière dont agit l'Allemagne va déterminer si l'Europe va rester unie ou pas », a-t-elle mis en garde lundi, selon des participants à une réunion de son parti.

Si Angela Merkel échouait au niveau européen, sa position deviendrait difficilement tenable tant elle a prôné une réponse communautaire à l'afflux des demandeurs d'asile. La coalition, difficilement mise en place, risquerait d'exploser, si elle n'a plus le soutien des députés de la CDU au Bundestag.

Trump : une « grosse erreur dans toute l'Europe »

Et ce n'est pas Donald Trump qui va la soutenir. Le président américain s'en est pris ce lundi à la politique migratoire de l'Allemagne sur Twitter : « Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l'immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin. La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l'Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture! » Les statistiques officielles allemandes, elles, montrent une baisse de la criminalité en 2017.

« Nous ne voulons pas que ce qui se passe avec l'immigration en Europe se passe avec nous! », poursuit-il.

Le président américain fait face à de vives critiques dans son pays à cause de sa politique de « tolérance zéro » sur l'immigration, en vertu de laquelle les enfants sont séparés de leurs parents sans-papiers.

Melania Trump a fait savoir, par la voix de sa directrice de la communication Stephanie Grisham, qu'elle « détester voir des enfants séparés de leur famille ». « Elle pense que nous devons être un pays qui respecte toutes les lois mais aussi un pays qui gouverne avec cœur», a ajouté sa porte-parole.

Une crise qui profite à l'extrême droite

En Allemagne, l'onde de choc politique provoquée par l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016 ne faiblit pas, même si depuis 2017 le nombre des nouveaux arrivants a considérablement baissé.

Cette crise migratoire a aussi contribué à l'essor de l'extrême droite un peu partout en Europe. En Italie ou en Autriche, elle est entrée au gouvernement, et en Allemagne, son succès aux législatives a entraîné le conflit actuel au sein du camp conservateur de la chancelière.

Les deux semaines qui viennent s'annoncent donc décisives et compliquées pour la chancelière, car ce qu'exige son aile droite est précisément ce dont ne veut pas l'Italie, pays d'arrivée des migrants qui réclame leur répartition en Europe.

Giuseppe Conte prône une action commune

La chancelière a semblé recevoir le soutien de l'Italie dans ce bras de fer avec Seehofer. En visite à Berlin, le nouveau président du Conseil, Giuseppe Conte a justement mis en garde contre les politiques semant « les divisions en Europe ». « Nous devons agir tous ensemble », a-t-il prôné, appelant à davantage de solidarité et à un meilleur contrôle des frontières extérieures de l'UE.

« Les frontières italiennes sont des frontières européennese, a insisté l'Italien dont le pays refuse désormais l'accès à ses ports aux navires d'ONG secourant des migrants en Méditerranée. Rome a barré la route à l'Aquarius et ses 630 naufragés, provoquant des tensions européennes jusqu'à l'accueil du bateau par l'Espagne.

Angela Merkel doit s'entretenir mardi avec le président français Emmanuel Macron et celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Une réunion de dirigeants européens avant le sommet de l'UE est aussi évoquée.

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