Ihlan Omar, visage controversé de la diversité américaine

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L'élue démocrate Ihlan Omar, le 15 juillet 2019 à Washington
L'élue démocrate Ihlan Omar, le 15 juillet 2019 à Washington
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© AFP, Brendan Smialowski

AFP, publié le jeudi 18 juillet 2019 à 21h16

Les partisans de Donald Trump veulent la "renvoyer" en Somalie où elle est née, les dirigeants démocrates la trouve trop radicale: Ilhan Omar, élue musulmane et voilée, incarne une nouvelle génération de parlementaires américains mais alimente les polémiques.

"Je suis convaincue que c'est un fasciste", a-t-elle lancé jeudi en évoquant le président américain qui veut, selon elle, faire taire "le débat démocratique et les divergences d'opinion".

La veille, la foule d'un meeting a scandé "Renvoyez-la!" à l'évocation de son nom par le milliardaire, qui l'a accusée ces derniers jours de détester les Etats-Unis et l'a invitée à quitter le pays si elle n'y est pas heureuse.

"Je suis là où est ma place, dans la maison du peuple et il va falloir vous y faire", a-t-elle rétorqué sur Twitter.

A 37 ans, Ilhan Omar incarne le visage de l'Amérique démocrate et symbolise le rêve américain de nombreux immigrants.

Née en Somalie en 1981, elle fuit la guerre avec sa famille lorsqu'elle est enfant et passe quatre ans dans un camp de réfugiés au Kenya. Elle arrive aux Etats-Unis à 12 ans et sa famille s'installe dans le Minnesota (nord), où vit une importante communauté de la Corne de l'Afrique.

Militante de la puissante association de défense des droits des Noirs (NAACP), puis engagée dans la vie locale de Minneapolis, elle est été élue en 2016 au Parlement de cet Etat industriel.

Elle fait partie de l'aile gauche du parti démocrate aux côtés de nouveaux élus qui prônent une éducation gratuite, dénoncent la discrimination raciale du système judiciaire et s'opposent à la politique migratoire restrictive de l'administration Trump. 

Elue en novembre 2018 à la Chambre des représentants à Washington, elle est la première musulmane à porter le voile au Congrès et porte fièrement les couleurs de l'Amérique --foulard bleu, chemise rouge et ensemble blanc-- lors du grand discours annuel du président sur l'état de l'Union en février.

Mais, depuis, les polémiques se succèdent.

- Lobby juif et Al-Qaïda -

Elle est épinglée en février pour son soutien à la campagne internationale de boycott d'Israël, que certains partisans de l'Etat hébreu assimilent à une forme d'antisémitisme. Puis elle affirme que le lobby pro-Israël Aipac finance les responsables politiques américains afin qu'ils soutiennent ce pays du Proche-Orient, provoquant de nouvelles accusations d'intolérance à l'égard de l'Etat hébreu. 

Elle s'excuse pour ses propos... avant d'accuser les lobbies qui poussent les Américains à faire "allégeance à un pays étranger", dans une autre référence à l'Aipac. 

Beaucoup, dont de nombreux démocrates, dénoncent un stéréotype sur le manque de loyauté des Juifs envers le pays où ils vivent.

En avril, le président l'accuse de minimiser la responsabilité d'Al-Qaïda dans les attentats du 11-Septembre, l'attaque la plus meurtrière sur le sol américain. Il diffuse sur Twitter l'extrait d'un discours où elle évoque les atteintes aux droits de tous les musulmans après ces attentats parce que "certaines personnes avaient fait quelque chose".

La parlementaire, mariée et mère de trois enfants,fustige alors les "incitations à la violence" du magnat de l'immobilier, affirmant que les menaces de violences s'étaient multipliées depuis la publication de la vidéo.

L'élue du Minnesota mène le combat anti-Trump avec trois autres étoiles montantes du parti démocrate, également issues de minorités: Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib. La presse les a appelées "la Brigade" (The Squad), un surnom qu'elles acceptent volontiers.


Avec la "Brigade", elle est engagée dans un nouveau bras de fer avec le président sur les conditions de détention des migrants arrêtés après avoir franchi illégalement la frontière sud.

Alexandria Ocasio-Cortez a ainsi comparé les centres des rétention surpeuplés à la frontière à des "camps de concentration".

"Notre pays est libre, magnifique et prospère. Si vous détestez notre pays, ou si vous n'êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir!", leur a répondu M. Trump, adepte de la surenchère.

Pour les quatre élues, les attaques récentes de Donald Trump visent à mobiliser sa base électorale et à détourner l'attention des problèmes de la population.

"C'est l'agenda des nationalistes blancs", a fustigé Ilhan Omar, en dénonçant des "attaques ouvertement racistes".

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