Pro de la politique rattrapé par le temps, Biden attendu au tournant du débat

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Joe et Jill Biden au dernier jour de la convention démocrate, le 20 août 2020 à Wilmington, dans le Delaware
Joe et Jill Biden au dernier jour de la convention démocrate, le 20 août 2020 à Wilmington, dans le Delaware
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© AFP, Olivier DOULIERY

, publié le mardi 29 septembre 2020 à 21h14

En tête dans les sondages, défiant un Donald Trump impopulaire, Joe Biden à tout à gagner lors de son premier débat présidentiel mardi. Mais le septuagénaire démocrate est aussi son meilleur ennemi. 

Le port altier est toujours là, le ton passionné et les réactions pleines d'empathie auprès d'électeurs avec qui il partage les tragédies de la vie, aussi. 

Mais le vieux lion de la politique ne remplit plus, à 77 ans, ses costumes bien taillés comme à ses grandes heures de vice-président de Barack Obama.

Debout, ses jambes semblent désormais fragiles. Et sa fine chevelure blanche cache mal son crâne. 

Certains parmi ses soutiens craignent que Joe Biden, enclin aux gaffes et dérapages, ne vacille lors du débat sous les coups rhétoriques de Donald Trump, tribun de 74 ans au style plus agressif.

La pandémie de Covid-19 l'a privé pendant des mois de l'un de ses grands atouts: le contact direct avec les électeurs, que ce grand habitué des campagne de terrain a chéri pendant sa longue carrière. 

Avant la brusque paralysie de la campagne en mars, il n'hésitait pas à montrer ses émotions lors de rencontres parfois touchantes. Comme lorsqu'il avait encouragé un petit garçon bègue, comme lui dans son enfance. 

S'il a repris depuis fin août un rythme plus soutenu de voyages, son respect strict des consignes de distanciation physique bride sa présence sur le terrain. Et, selon ses critiques, lui permet de mener campagne loin des électeurs, en évitant les questions des journalistes. 

Son rival républicain, qui le surnomme sans relâche "Joe l'endormi", dénonce d'ailleurs les rares questions "faites pour un enfant" que les journalistes lui posent, et ne manque pas de l'attaquer sur sa forme. 

L'équipe de campagne du milliardaire décrit carrément le démocrate comme un vieillard sénile. Et le président a même réclamé que son rival soit soumis à un "test antidopage" avant le débat. 

Des critiques qui pourraient au final servir Joe Biden, en abaissant tellement les attentes qu'une prestation correcte serait saluée comme une grande victoire. 

- Le fils de Scranton - 

Le vétéran de la politique devrait matraquer sa défense de la classe moyenne, en soulignant le contraste entre son enfance modeste et celle dorée de l'"héritier" Trump.  

Fier de ses origines, Joseph Robinette Biden Jr. est né le 20 novembre 1942 dans la ville ouvrière de Scranton, en Pennsylvanie. 

Sa vie a été marquée par la tragédie.

"Cela ne disparaît jamais": il évoque souvent la douleur qui l'habite encore depuis le décès en 2015 de son fils aîné, Beau Biden, d'un cancer du cerveau. 

C'est avec un autre grand drame que la longue carrière nationale de Joe Biden a débuté: en 1972, un accident de voiture emporte sa première épouse et leur fillette, tandis que ses deux fils Beau et Hunter sont gravement blessés. 

Fraîchement élu sénateur au Congrès américain, il prend, à 30 ans, ses fonctions au bord de leur lit d'hôpital. 

Encore aujourd'hui, il s'arrête souvent saluer des pompiers. En rappelant que c'est eux qui ont "sauvé la vie de (ses) garçons".

- Figure de l'establishement - 

Face aux républicains qui le dépeignent en candidat affaibli, il peut opposer sa victoire triomphante à la primaire démocrate, après un retournement spectaculaire. 

L'ex-bras droit de Barack Obama avait dû encaisser trois premiers échecs cuisants avant de remporter une large majorité en Caroline du Sud grâce aux suffrages des Afro-Américains, pierre angulaire pour tout démocrate briguant la Maison Blanche.

Jugé par certains trop vieux ou trop centriste, le candidat avait, après cette victoire, rallié les soutiens des autres modérés, puis battu son grand rival Bernie Sanders, socialiste autoproclamé. 

La troisième tentative fut donc la bonne pour cette figure de l'establishment qui avait déjà tenté sa chance aux primaires démocrates de 1988 et 2008. 

Lors de son premier essai, il avait dû rapidement jeter l'éponge après avoir plagié un discours. 

Sénateur pendant plus de 35 ans (1973-2009) puis vice-président de 2009 à 2017, le septuagénaire a arpenté pendant des décennies les couloirs du pouvoir à Washington. Et il est fier d'avoir su dialoguer avec les républicains. 

Mais certains progressistes grincent à cette idée, dans un pays désormais profondément divisé. Et Donald Trump lui renvoie l'image d'un politicien créature de ce "marigot" qu'il dénonce sans cesse.

Son style affectueux lui a valu d'être jugé trop "tactile" par des femmes qui ont dénoncé des gestes déplacés, dont les républicains passent en boucle les images. 

Affirmant qu'il ferait désormais plus attention à "l'espace personnel" des autres, le démocrate s'était excusé en avril 2019. 

Lui-même accusé d'agression sexuelle ou harcèlement par plus d'une dizaine de femmes, Donald Trump n'a en revanche que peu commenté les accusations d'une femme, Tara Reade, qui affirme que Joe Biden l'a agressée dans les années 1990. Ce qu'il rejette catégoriquement. 

Faisant campagne pour lui aux quatre coins du pays, son épouse Jill Biden, 69 ans, est restée discrète face à cette accusation. 

Enseignante dynamique, elle est l'un de ses meilleurs atouts de campagne. Le couple s'est marié en 1977 et a une fille, Ashley. 

Encore petits, ses deux fils survivants, Beau et Hunter, lui avaient eux-mêmes suggéré d'épouser Jill, a raconté Joe Biden dans des mémoires, où il concluait: "Elle m'a redonné la vie." 

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