Irak: un 3e militant assassiné en 10 jours, l'ONU accuse des "milices"

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Manifestation contre le gouvernement irakien, le 11 décembre 2019 à Najaf
Manifestation contre le gouvernement irakien, le 11 décembre 2019 à Najaf
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© AFP, Haidar HAMDANI

, publié le mercredi 11 décembre 2019 à 17h12

Un troisième militant anti-pouvoir a été assassiné en moins de dix jours en Irak, en proie à une révolte inédite marquée par des centaines de morts et de nombreux enlèvements imputés mercredi à des "milices" par l'ONU.

Dans un pays où les factions armées pro-Iran, désormais intégrées aux forces de sécurité, n'ont cessé de gagner en influence, la campagne d'intimidation visant manifestants et militants s'intensifie.

Jusqu'ici, l'Etat, qui fait face à un mouvement populaire réclamant la mise à bas du système et de tous ses politiciens et déjà endeuillé par plus de 450 morts et 25.000 blessés, assure ne pas pouvoir identifier ni arrêter les responsables de dizaines d'enlèvements et d'une récente tuerie à Bagdad.

Mercredi de nouveau, les proches d'un militant anti-pouvoir, Ali al-Lami, ont retrouvé le corps de ce père de cinq enfants de 49 ans, le crâne transpercé par plusieurs balles, tirées "par derrière", selon un ami, par "trois hommes ayant muni leurs pistolets de silencieux", selon des policiers.

Cet Irakien avait quitté il y a quelques jours sa ville de Kout, dans le sud, pour manifester avec ses enfants à Bagdad, et ne cessait d'appeler sur les réseaux sociaux les protestataires au "pacifisme".

"Ce sont les milices du gouvernement corrompu qui l'ont tué", a accusé son ami proche Tayssir al-Atabi.

- "Climat de colère et de peur" -

Avant lui, Zahra Ali, 19 ans, qui distribuait des repas place Tahrir à Bagdad avec son père, était enlevée et retrouvée morte, torturée, quelques heures plus tard.

Et dimanche, dans la ville sainte chiite de Kerbala, au sud de Bagdad, Fahem al-Taï, un père de famille de 53 ans et figure de la contestation dans sa ville, était abattu par deux tireurs à moto alors qu'il rentrait chez lui.

Avec lui, un autre militant, était blessé par balles. Un troisième manifestant a, lui, été hospitalisé après que sa voiture a pris feu, visiblement à cause d'une charge explosive collée sous le véhicule, selon ses proches.

Depuis début octobre, plusieurs autres militants ont été retrouvés morts dans différentes villes du pays et des dizaines de manifestants et de militants ont été enlevés et retenus plus ou moins brièvement par des hommes armés et en uniformes que l'Etat assure ne pas pouvoir identifier.

Pour la mission de l'ONU en Irak toutefois, les coupables sont "des groupes que les gens appellent +milices+, +tierce partie non identifiée+, +factions armées+, +hors-la-loi+ et +saboteurs+".

Ils "sont responsables des assassinats et des enlèvements de manifestants", accuse-t-elle mercredi dans un rapport.

Dans ce "climat de colère et de peur", il faut, poursuit l'ONU, que "le gouvernement identifie ces groupes sans attendre et fasse rendre des comptes aux auteurs" de ces attaques.

- Blocage au Parlement -

Depuis la tuerie de vendredi soir près de Tahrir, le Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Iran créée pour combattre le groupe Etat islamique (EI) en 2014, est au coeur de toutes les attentions dans un pays où la mainmise de l'Iran ne cesse d'enfler.

Après ce massacre ayant fait 24 morts, dont quatre policiers, le chef du Hachd, désormais intégré à l'appareil sécuritaire de l'Etat, a ordonné à ses hommes de ne pas s'approcher des manifestants. 

Les protestataires ont perçu cet appel comme un aveu de culpabilité.

Signe que le sujet est sensible, quatre ambassadeurs occidentaux qui avaient appelé à veiller à ce que cet ordre soit respecté ont été convoqués par Bagdad.

Malgré les violences et les menaces, les manifestations se sont poursuivies mercredi à Bagdad comme dans le sud du pays. Ils étaient des milliers à réclamer de nouveau "la chute du régime" et un renouvellement de la classe politique.

A Nassiriya, dans le sud, Hussein Husseinaoui, étudiant en pharmacie, a affirmé à l'AFP continuer à manifester malgré "les tueries barbares". "On reste jusqu'à la victoire".

Sur le plan politique, la commission des Lois du Parlement tentait parallèlement de "mettre la touche finale" à une loi électorale réformée, a indiqué l'Assemblée.

La séance parlementaire prévue à la mi-journée ne s'était toutefois toujours pas ouverte en fin d'après-midi, différents partis appelant à des modifications plus radicales que celles envisagées pour satisfaire la rue.

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