A Hong Kong, dans le bastion assiégé des protestataires

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Des protestataires lancent des cocktails Molotov sur la police près de l'université polytechnique de Hong Kong le 17 novembre 2019
Des protestataires lancent des cocktails Molotov sur la police près de l'université polytechnique de Hong Kong le 17 novembre 2019
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© AFP, Ye Aung Thu

, publié le dimanche 17 novembre 2019 à 16h02

Ateliers à cocktails Molotov, battes de baseball, infirmerie improvisée et barricades: l'université polytechnique de Hong Kong (PolyU) était dimanche le bastion assiégé de protestataires pro-démocratie jusqu'au-boutistes, qui présentent la violence comme "l'unique moyen d'être entendu". 

Devant le campus situé sur la péninsule de Kowloon, des manifestants radicaux s'opposent aux policiers équipés de canons à eau. Mais à l'intérieur, des centaines d'étudiants et d'autres Hongkongais sont retranchés au pied de bâtiments couleur prune.

Leur priorité: constituer un arsenal. Partout sur le sol, des bouteilles en verre vide Kronenbourg 1664, Corona, Perrier ou Coca-Cola attendent d'être remplies d'essence pour en faire des cocktails Molotov.

"Je ne vous dirai pas combien j'en ai fait aujourd'hui", répond sèchement à l'AFP un étudiant de 24 ans masqué et habillé tout en noir, en préparant les armes incendiaires.

"C'est confidentiel. C'est comme si une armée révélait combien elle a de bombes nucléaires", déclare-t-il malgré son masque à gaz, destiné à se protéger des gaz lacrymogènes de la police.

Au moins plusieurs centaines de bouteilles ont été fabriquées, prêtes à être lancées, a constaté l'AFP. 

"Il faut cette violence pour attirer l'attention", justifie le jeune homme, alors que d'autres protestataires s'exercent à des lancers de cocktails Molotov dans la piscine olympique vide du campus.

Les manifestants ont plusieurs exigences, notamment le suffrage universel pour toutes les élections hongkongaises, ou encore une enquête sur la répression de la police, qu'ils jugent violente.

- 'Pas d'avenir' -

Alors que des rumeurs font état d'un assaut imminent de la police, Jack, un étudiant de 25 ans, prépare des oeufs destinés à être envoyés sur les policiers.

Il enlève le haut de leur coquille, leur contenu, puis verse dedans une épaisse peinture grise, avant de combler le trou avec deux bouts d'adhésif noir formant un X.

"Les manifestations pacifiques, ça ne marche plus. Et les élections locales du 24 novembre, elles sont à moitié truquées", soupire l'étudiant pour qui "la violence est désormais l'unique moyen d'être entendu".

"On ne veut pas faire sécession avec la Chine. Juste davantage d'autonomie."

A 100 mètres de là, des étudiants radicaux armés de battes de baseball bloquent l'accès à un tunnel routier crucial. Ce qui fait grimper le mécontentement populaire, notamment des Hongkongais plus âgés.

"Eux, ils ont déjà des appartements, des voitures. Evidemment, les blocages les embêtent", déclare Alice, une étudiante de 25 ans.

"Nous, les jeunes, on n'a pas d'avenir: tout est devenu très cher à Hong Kong. Seules les grosses entreprises en profitent. Notre lutte est politique mais aussi économique."

Autour, un fatras de chaises, de tables ou de murs de briques servent de barricades. Les protestataires sont presque tous équipés de masques à gaz, de lunettes de protection et de ponchos multicolores.

- Balles en caoutchouc -

Soudain, un brouhaha éclate: un blessé inconscient est porté sur un brancard rouge et acheminé dans une infirmerie de fortune installée dans une salle de classe.

"Aujourd'hui, on a soigné environ 20 personnes", raconte Thomas, un lycéen de 17 ans vêtu d'une chasuble jaune frappée d'une croix rouge.

"On a surtout des gens touchés par des balles en caoutchouc, et d'autres à la peau irritée par le liquide bleu envoyé par les canons à eau."

Quelque 50 personnes, des volontaires, des étudiants en infirmerie ou des médecins, participent aux opérations de secours sur le campus, affirme-t-il.

Aucun contestataire n'a souhaité condamner la violence croissante des manifestants pro-démocratie, malgré la mort cette semaine d'un homme de 70 ans.

Cet agent d'entretien, après avoir tenté de démonter des barricades, a été touché à la tête par une brique lancée par des "émeutiers masqués", selon les autorités.

Craignant de nouvelles "actions illégales violentes de manifestants", l'université PolyU a appelé dimanche les étudiants et son personnel à "partir dès que possible".

Mais un tag noir sur un mur semble résumer la détermination des protestataires: "Si on ne se bat pas, qui le fera?".

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