Hong Kong: "On se cachera", les manifestants assiégés ne se battront pas

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Un des derniers militants pro-démocratie occupant encore l'Université Polytechnique de Hong Kong, le 22 novembre 2019
Un des derniers militants pro-démocratie occupant encore l'Université Polytechnique de Hong Kong, le 22 novembre 2019
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© AFP, Ye Aung THU

, publié le vendredi 22 novembre 2019 à 12h39

Le campus hongkongais où ils sont cernés a été le théâtre de heurts d'une extrême violence mais, cinq jours après, les quelques manifestants qui y sont toujours retranchés n'imaginent plus se battre: en cas d'assaut, ils se cacheront.

L'Université polytechnique (PolyU) de Hong Kong se réveille chaque jour un peu plus déserte, à mesure que ses reclus décident de se rendre aux forces de sécurité qui les assiègent, dans l'espoir d'une hypothétique clémence de la justice.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, au moins six radicaux ont ainsi renoncé, quittant le campus vers 03H00 du matin (20H00 GMT jeudi), main dans la main, dans une émouvante procession d'ombres noires, selon des journalistes de l'AFP présents dans la PolyU.

Des centaines sont partis depuis le début de la semaine, notamment des mineurs encouragés par une promesse de clémence du gouvernement. Un nombre inconnu ont aussi réussi -ou raté- d'audacieuses évasions au moyen de cordes ou par les égouts.

Ceux qui restent ne sont plus assez nombreux pour défendre un espace aussi vaste, comme ils l'avaient encore fait lundi matin, quand le grand escalier de l'entrée principale du campus avait été incendié.

- Arsenal sans combattant -

Alors que l'AFP lui demandait vendredi s'il se battrait en cas de charge des forces de l'ordre, un des reclus, se faisant appeler "Mike", n'a pas hésité: "Bien sûr que non. On se cachera."

Le campus dresse ses hauts murs de brique rouge comme une citadelle au-dessus du dense maillage d'autoroutes urbaines de la péninsule de Kowloon.

La circulation a été coupée sur toutes ces artères stratégiques, comme d'ailleurs dans le Cross Harbour Tunnel en contrebas, un des trois tunnels routiers desservant l'île de Hong Kong.

Sur ces "remparts", près de chacune des entrées barricadées, un arsenal est là, sous la forme de cartons pleins de cocktails Molotov prêts à être enflammés, de tas de briques prêts à être lancées avec des "catapultes" artisanales.

Mais voilà plusieurs jours que plus aucun combattant ne tient ces avant-postes d'où on voit à quelques centaines de mètres, de l'autre côté des artères sans voiture, des policiers qui attendent.

Vendredi matin, les reclus étaient encore moins visibles que la veille. Mais "Mike", qui ne sort que deux ou trois fois par jour de sa tanière secrète, pour se ravitailler, veut croire qu'ils sont encore une centaine.

"Quand j'ai fait ma reconnaissance sur le campus ce matin, j'ai vu beaucoup de manifestants éparpillés", dit-il.

- 'Encore l'eau et l'électricité' -

Deux dormaient au petit matin dans un coin d'une salle de projection du nord du campus, selon l'AFP. Et encore deux autres sur les confortables banquettes de la bibliothèque Pao Yue-Kong qui a été mise à sac.

Au-delà, toute comptabilité est impossible dans le dédale d'étages et de couloirs, d'où émergent parfois des manifestants vêtus de noir, certains avançant mécaniquement une hache dans la main.

Pour "Mike", tout est affaire de probabilités.

"Il y a des milliers de pièces dans le campus. Combien de policiers enverraient-ils? 100? 200?", réfléchit-il à voix haute dans le hall près du gymnase où des dizaines de manifestants dormaient encore en début de semaine sur des tapis de yoga.

"Ils ont 5% de chances de nous trouver. Je suis prêt à prendre ce faible risque", poursuit-il.

"Car les chances de ne pas être trouvé en cas d'assaut sont plus grandes que celles de ne pas être arrêté si on tente une sortie. Là, c'est du 50-50."

Vendredi, le nouveau chef de la police de Hong Kong a affirmé qu'il n'y avait pas "d'ultimatum" adressé aux reclus de la PolyU.

Dès lors, rien ne permet de prédire l'issue rapide d'un face-à-face hors norme, dans cette contestation pro-démocratie sans précédent depuis la rétrocession de l'ex-colonie britannique en 1997.

Mais la détérioration rapide des conditions d'hygiène sur le campus, dont les cuisines et poubelles dégagent une odeur pestilentielle, pourrait avoir raison des plus déterminés.

"Ils ont de la chance", confie à l'extérieur sous couvert de l'anonymat un policier qui se dit "fatigué".

"On ne leur a pas encore coupé l'eau et l'électricité."

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