Herbergement des réfugiés: des foisons d'idées mais pas de solution miracle

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 Vue du camp de réfugiés de Zaatari, le 19 septembre 2015 en Jordanie

Vue du camp de réfugiés de Zaatari, le 19 septembre 2015 en Jordanie

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AFP, publié le vendredi 02 mars 2018 à 11h19

Le flux record de réfugiés dans le monde provoque un foisonnement de solutions pour les héberger, des camps de fortune aux bidonvilles en passant par des structures modulables. Mais l'architecture d'urgence reste empirique et ses acteurs sont divisés sur certains grands principes.

Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, le nombre de déplacés sur la planète s'est élevé à 65,6 millions d'habitants en 2016, sans compter les migrants économiques et populations sans abri après des catastrophes naturelles.

Les architectes ont assez peu théorisé sur la question : "cela commence, depuis une dizaine d'années", affirme Cyrille Hanappe, spécialiste de l'architecture des risques majeurs à l'École Nationale Supérieure d'architecture, à Paris.

Et dans cette discipline naissante, les désaccords sont parfois profonds. "La question de l'hébergement d'urgence peut prêter à controverse", annonce d'emblée sur son site l'École d'architecture d'Oxford Brookes University, active dans ce domaine. 

Comment concilier besoins immédiats et long terme ? Un bidonville a-t-il nécessairement vocation à être détruit ? Les matériaux de construction sont-ils appropriés ?

Certains architectes prônent "l'auto reconstruction" des habitants après une catastrophe naturelle; d'autres y sont farouchement opposés, jugeant le remède pire que le mal en cas de nouvelle crise.

Pour la Banque mondiale par exemple, "après une catastrophe, l'enjeu est de reconstruire mieux".

"C'est l'un des enseignements évidents du séisme qui a frappé le Cachemire en 2005, estime l'institution dans un article. Avec des subventions publiques et une aide technique, "les ménages touchés ont tout de suite vu l'intérêt de faire reconstruire leur logement selon les normes antisismiques." Et 90% des 400.000 maisons reconstruites l'ont été selon ces nouvelles normes.

- Bidonville: 'écologique' ? -

Au delà des problématiques de reconstruction des zones détruites, l'architecture d'urgence englobe aussi l'hébergement des populations déplacées qui peut aboutir à la création de bidonvilles.

Certains architectes les voient comme des "lieux d'innovation" présentant un intérêt, tandis que d'autres en souhaitent la destruction.

M. Hanappe est ainsi décrié quand il évoque certaines qualités des bidonvilles, "devenus des bouts de villes, finalement assez écologiques par la force des choses, des ghettos au sens de l'école de Chicago : des réseaux d'entraide et de soutien", dit-il, se référant à un courant de sociologie du début du XXe siècle.

"On commence à comprendre qu'il ne faut pas détruire mais reconstruire, qu'il faut en améliorer la sécurité - en dégageant des chemins pour l'accès des secours par exemple -  des choses connues depuis 20 ans au Brésil. Que le droit, la police puissent entrer", en référence à l'aménagement des favelas. 

Sans nier leur caractère miséreux et insalubre, le sociologue Julien Damon y voit aussi "un spécimen de ville durable, piétonne, numérique, modulaire, écologique, participative et recyclable", écrit-il dans "Un monde de bidonvilles".

A contrario, Patrick Coulombel, directeur général de la Fondation architecture de l'urgence, s'étrangle: "Il y a des gens qui vous expliquent que dans les camps et bidonvilles il y a du lien social ! Je n'y ai jamais rencontré quelqu'un d'heureux", affirme cet architecte qui a travaillé dans de nombreuses zones de crises.

Pour lui, "la concentration de la misère sert de message politique", pour dissuader les candidats de venir s'ajouter aux populations déjà installées.

En 2013, plus de 860 millions de personnes vivaient en bidonvilles, contre 135 millions en 2000, selon les chiffres d'ONU-Habitat. Une explosion.

Dans des interviews, l'Allemand Kilian Kleinschmidt, ancien du HCR qui a dirigé le camp de Zaatari (Jordanie), compare les camps à "des installations de stockage pour les gens".  

D'autant qu'ils ne sont pas une solution provisoire: on y passe en moyenne 17 ans.

A tel point que certains finissent intégrés dans la ville comme Shatila au Liban, établi en 1949 pour accueillir les Palestiniens après la création d'Israël (1948), devenu quartier de Beyrouth. Mais les Palestiniens ne peuvent y acheter de maisons, ont un accès limité aux services de santé et justice et sont presque entièrement dépendants de l'UNRWA, l'agence onusienne dédiée.

Enfin, au delà des problématiques de reconstruction ou des bidonvilles se pose la question de l'hébergement déplacés dans les villes, en particulier les migrants.

En France, la Fondation de Coulombel réaménage et sécurise des constructions existantes, "une solution économique viable" -- moins chère que les nuitées d'hôtel.

Avec un budget de 230.000 euros, Patrick Coulombel a transformé en 2015 un bâtiment désaffecté de la banlieue est de Paris, squatté par des migrants africains.

Murs et toiture ont été isolés, un tissu antifeu a servi à délimiter des chambres de fortune qui abritent jusqu'à 8 migrants, des prises ont été installées, des lits récupérés, sur lesquels s'entassent les possessions des habitants.

Les lieux accueillant 150 personnes restent froids et tristes, le résultat "n'est pas terrible" et l'architecte "n'en est pas fier". "C'est même plus que limite. Mais moins qu'un camp !", lance-t-il. 

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13 commentaires - Herbergement des réfugiés: des foisons d'idées mais pas de solution miracle
  • Partant du principe que la grande majorité des réfugiés et migrants sont des victimes des guerres militaires, pseudo ou religieuses, économiques, la mère de toutes les idées serait peut-être de mettre fin aux causes plutôt que de les laisser perdurer et d'être contraints de mettre en place des fausses bonnes solutions qui ne respectent même pas le minimum pour de l'habitat humain pérenne. Nos gouvernants, plutôt que de déplorer les déplacements de populations, les massacres, les tueries, les génocides, les viols, les destructions, les pollutions durables des sols, de l'air, de l'environnement, les noyades en Méditerranée, les marchés aux esclaves des trafiquants, les passeurs mafieux, et les arrivées contraintes de gens dans l'extrême misère, devraient enfin se mettre d'accord, n'en déplaise aux marchands d'armes de tous types, et déclarer les guerres illégales sur la Terre, et les fauteurs de ces guerres passibles d'un Tribunal International. Voilà une décision universelle qui aurait des effets bénéfiques immédiats pour tout le vivant, le végétal, la planète, d'une portée fédératrice concrète, et montrerait l'attachement des puissants à leurs Peuples respectifs, et à tous les Peuples en général. Chiche?
    39 fois censuré-repassé

  • Derrière cette misère humaine se cache désormais un business très lucratif pour des charognards de tous poils et qu'ils font tout pour que ça dure !!!

    Je suppose que vous évoquez les marchands d'armes, les fauteurs de guerres, les profiteurs qui s'enrichissent dans les conflits économiques, religieux, de conquêtes de ressources?

  • " Des foisons d'idées"
    Curieusement, je ne trouve pas dans cette "foison d'idées" l'accueil des migrants chez les zartistes et les "personnalités" du showbiz ou autres ...
    Combien de migrants accueillis par ces braves gens, toujours la main sur le cœur ? (avec le portefeuille des autres, naturellement)

    Partant du principe que la grande majorité des réfugiés et migrants sont des victimes des guerres militaires, pseudo ou religieuses, économiques, la mère de toutes les idées serait peut-être de mettre fin aux causes plutôt que de les laisser perdurer et d'être contraints de mettre en place des fausses bonnes solutions qui ne respectent même pas le minimum pour de l'habitat humain pérenne. Nos gouvernants, plutôt que de déplorer les déplacements de populations, les massacres, les tueries, les génocides, les viols, les destructions, les pollutions durables des sols, de l'air, de l'environnement, les noyades en Méditerranée, les marchés aux esclaves des trafiquants, les passeurs mafieux, et les arrivées contraintes de gens dans l'extrême misère, devraient enfin se mettre d'accord, n'en déplaise aux marchands d'armes de tous types, et déclarer les guerres illégales sur la Terre, et les fauteurs de ces guerres passibles d'un Tribunal International. Voilà une décision universelle qui aurait des effets bénéfiques immédiats pour tout le vivant, le végétal, la planète, d'une portée fédératrice concrète, et montrerait l'attachement des puissants à leurs Peuples respectifs, et à tous les Peuples en général. Chiche?

  • pas de solution miracle....?, ben il y aurait bien MINA , la "ville tentes" en Arabie saoudite , qui par ses structures extrêmement sophistiquées permettrait d'héberger dans d'excellentes conditionsjusqu'à 4 millions de "personnes en situation d'exil".....curieusement , "personne" n'y pense, "personne" ne l'évoque ou ne "veut" l'évoquer, les "contrats" en cours avec le pays étant un "certain" frein, donc.....

  • Leur accueil va commencer à rapporter à certains !