Gaza : «Ce n'est pas parce que les victimes étaient du Hamas qu'elles étaient des terroristes»

Gaza : «Ce n'est pas parce que les victimes étaient du Hamas qu'elles étaient des terroristes»
Des milliers de Palestiniens s'étaient massés lundi à la frontière entre la bande de Gaza et Israël pour dénoncer leur « prison à ciel ouvert » et protester contre le déménagement à Jérusalem de l'ambassade américaine.

leparisien.fr, publié le jeudi 17 mai 2018 à 18h24

Selon un responsable du Hamas lui-même, la majorité des 60 Palestiniens morts lundi à Gaza appartenait au mouvement islamiste. Pour le géopolitologue français Didier Billion, de l'Iris, cela ne fait pas d'eux des «terroristes» comme le clame Israël.

Quatre jours après le bain de sang qui a endeuillé lundi la bande de Gaza, un responsable du Hamas a déclaré ce jeudi que la très grande majorité des 59 Palestiniens tués lors de la manifestation étaient membres du mouvement islamiste, qui dirige l'enclave palestinienne. Or jusque là, le Hamas avait affirmé ne faire que soutenir cette mobilisation émanant de la «société civile». Une affirmation dont Israël s'est donc immédiatement saisie pour contester le caractère pacifique du rassemblement.

« Ça ne fait pas d'eux des terroristes »

«Nous ne sommes pas naïfs, le Hamas dit qu'il n'a pas organisé et qu'il soutient simplement la mobilisation mais nous savons qu'il est derrière logistiquement », décrypte pour Le Parisien Didier Billion, le directeur adjoint l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) qui vient de publier le livre « Géopolitique des Mondes arabes »*. Mais « ça ne fait pas des manifestants des terroristes, même pour ceux qui appartiennent au Hamas », selon ce spécialiste du Moyen Orient.

Depuis lundi, Israël accuse le Hamas de s'être servi du mouvement pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de frontière. Sur le terrain, de nombreux reporters internationaux ont noté en début de semaine la présence majoritaire de manifestants non-armés, dont des femmes avec leurs jeunes enfants. Mais également de « petits groupes » plus agressifs tentant de franchir la frontière, et obtenant pour réponse à leurs jets de pierres des tirs à balles réelles.

« L'appareil de communication d'Israël s'est mis en route »

Pour le chercheur, ces tirs ont donné une «image terrible dans l'opinion internationale, donc l'appareil de communication d'Israël s'est mis en route ». « Prétendre que tous ces gens sont des terroristes, c'est de la communication politique, parfaitement organisée, avec des lobbyistes français pour relayer la ligne de l'Etat d'Israël chez nous », analyse encore Didier Billion. Suite au bain de sang, la situation s'est toutefois un peu apaisée sur le terrain, note le chercheur, qui devine que des ordres en ce sens ont « sans doute » été donnés aux soldats israéliens.

Quant aux dirigeants du Hamas, « ils ont compris que la lutte armée était contre productive, que le rapport de force est en leur défaveur, alors ils pensent des mises en œuvre différentes, des mobilisations pacifiques », note le chercheur, qui estime que le mouvement, encore considéré comme un groupe terroriste par plusieurs pays dans le monde, a changé.

«Oui le Hamas a revendiqué des actions de type terrorisme, il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus. Mais faut-il pour autant continuer d'appréhender le Hamas avec ce terme de terroriste ?». A cette question qui divise les observateurs, le chercheur répond de façon catégorique : «Ça ne rend pas compte de ce qu'est le mouvement aujourd'hui, qui n'a plus d'actions considérées terroristes récentes et qui a évolué », assure-t-il.

« Il faut discuter avec le Hamas »

S'il regrette que la « destruction de l'Etat d'Israël » figure toujours dans la charte du Hamas, il note que le mouvement a modifié son programme politique en 2017 et y a pour la première fois reconnu les frontières de 1967. De toute façon, «se triturer les méninges sur la qualification à donner au Hamas ne fait pas avancer les choses » selon lui. « Pour moi la question est de savoir si on doit discuter avec, et je pense que oui ». Pour l'expert, si le Hamas fait partie du problème, il fait aussi partie de la solution. D'autant que l'Autorité palestinienne, l'entité gouvernementale interlocutrice d'Israël mais effacée par le Hamas, n'est à ses yeux constituée que d' «une bande de momies...». «Comme disent les diplomates, ne discuter qu'avec nos amis ne sert à rien », conclut le chercheur qui estime que « la France se grandirait à jouer un rôle de médiation, même s'il s'agit d'envoyer des émissaires discrets dans un premier temps ».

En déplacement à Paris justement, le président du parlement israélien Yuli-Yoel Edelstein a plaidé la cause de l'Etat hébreu ce jeudi, estimant que la situation à Gaza avait « très peu à voir avec le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem » et que les manifestations résultaient d' «une action très bien planifiée du Hamas qui utilise les populations, y compris des femmes, des enfants, des adolescents, comme boucliers humains ».

* « Géopolitique des Mondes arabes. 40 fiches illustrées pour comprendre le monde », Didier Billion, Eyrolles.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.