Faux assassinat d'un journaliste russe : les détails de l'opération Babtchenko

Faux assassinat d'un journaliste russe : les détails de l'opération Babtchenko
Le journaliste Arkadi Babchenko a fait le mort jusqu'à ce « que se referme la porte de la morgue derrière (lui) ».

leparisien.fr, publié le jeudi 31 mai 2018 à 23h13

Sang de porc, fausse entorse, simulation jusqu'à la morgue... Le journaliste russe qui a organisé son faux assassinat pour échapper à un vrai présumé raconte les détails de l'opération.

Son histoire avait déjà tout du film hollywoodien. Mais en racontant les détails de la mise en scène de son faux assassinat, c'est les bases d'un véritable scénario, au-delà de tout ce qu'un scénariste pourrait imaginer, que le journaliste russe Arkadi Babtchenko a posées, ce jeudi.

Lors d'une nouvelle conférence de presse - après celle lors de laquelle il est réapparu devant les caméras à la surprise générale -, l'écrivain exilé à Kiev a d'abord justifié l'opération montée avec la police ukrainienne. Loin d'être un simple coup médiatique, il a assuré qu'il s'agissait véritablement d'une question de vie ou de mort. Car selon les services secrets ukrainiens, le journaliste anti-Poutine était bien menacé. Kiev s'est d'ailleurs félicité de la réussite de la supercherie puisqu'un homme, soupçonné d'avoir été payé par les services secrets russes pour réellement assassiner Arkadi Babtchenko, a été interpellé.

Enduit de sang de porc

Malgré la gravité des faits ainsi que des conséquences diplomatiques, les détails de l'opération prêtent parfois à sourire. Le quinquagénaire a notamment expliqué avoir été enduit de sang de porc par un maquilleur pour berner les secouristes, qui ne devaient pas être au courant du plan. Au passage, sa femme, qui n'était pas dans la confidence, a eu une sacrée frayeur en découvrant en sortant de la douche son époux ensanglanté à l'entrée de leur appartement. Sur ce point, Arkadi Babtchenko lui a d'ailleurs publiquement demandé des excuses.

Selon le journaliste, l'opération était préparée depuis deux mois par les services secrets, lui-même n'ayant été mis dans la confidence qu'il y a un mois. D'abord incrédule et même en colère contre le SBU, il a fini par se prêter au jeu en découvrant que les détails de la menace qui pesait sur lui. « Pour minimiser le danger, on a réfléchi à une légende selon laquelle je m'étais fait une entorse pour ne pas avoir à sortir de chez moi », a dévoilé le reporter chevronné, qui s'est fait connaître grâce à des livres sur les guerres de Tchétchénie, auxquelles il a participé comme soldat.

Malgré l'extrême préparation, le jour J, tout s'est fait dans la précipitation : « Ils commençaient à mettre la pression sur le gars (l'exécutant présumé, ndlr), parce qu'ils (les services secrets russes, ndlr) lui avaient donné trois semaines pour me tuer. [...] Le maquilleur est venu chez moi à six heures du soir. On avait déjà réfléchi à comment ça se passerait, que le meurtre aurait lieu sur mon palier quand j'ouvrirais la porte. [...] J'avais du vrai sang de porc. Ils m'en avaient recouvert la bouche, le nez, les trous des balles. Et voilà, je suis mort ! »

« J'ai regardé les infos, paraît que j'étais un chic type ! »

Commence alors la mise en scène à destination de la presse, du grand public mais aussi du commanditaire du meurtre, qui doit croire que le contrat a été accompli. « Ma femme a appelé la police, puis l'ambulance », a-t-il poursuivi. Des membres des forces spéciales de la police « sont venus instantanément, je ne les attendais pas. Je veux les féliciter, ils ont immédiatement vérifié les pièces, la sécurité des escaliers, comme dans un film. Ils n'étaient pas au courant de l'opération. » La mise en scène continuera jusqu'à « que se referme la porte de la morgue derrière moi. Ici, j'ai ressuscité ! »

Pour l'ancien correspondant de guerre, vient l'heure de l'attente : « J'ai regardé les informations, à quel point il s'avérait que j'étais un chic type ! », a-t-il plaisanté. Puis « j'ai été emmené vers un lieu sécurisé. Tout s'est terminé à seulement cinq heures du matin. J'ai pu aller dormir. »

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