Faux assassinat d'un journaliste russe : en France, le rocambolesque précédent Virgil Tanase

Faux assassinat d'un journaliste russe : en France, le rocambolesque précédent Virgil Tanase
Opposant au régime de Nicolae Ceausescu, Virgil Tanase (photographié en 1980) s'était réfugié en France.
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leparisien.fr, publié le mercredi 30 mai 2018 à 21h04

En 1982, le contre-espionnage français avait fait croire au meurtre de cet intellectuel d'origine roumaine.

La mise en scène de la fausse mort du journaliste Arkadi Babtchenko pour déjouer une tentative d'assassinat présumée rappelle un précédent rocambolesque qui avait eu lieu 1982 en France : l'affaire de l'écrivain et dramaturge d'origine roumaine Virgil Tanase, âgé aujourd'hui de 72 ans.

« Virgil Tanase était un réfugié que les services roumains, la fameuse Securitate, voulaient éliminer et que la DST (Direction de la Surveillance du territoire, qui était chargée du contre-espionnage en France, NDLR) a escamoté pendant un bon moment, en faisant croire à sa mort », explique Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Dans leur livre « Des affaires très spéciales » (Plon), Jacques-Marie Bourget et Yvan Stefanovitch racontent cette affaire.

Le Roumain chargé de l'homicide aurait vendu la mèche

Après la publication, dans le magazine Actuel, d'un article très critique signé Virgil Tanase contre le dictateur roumain Nicolae Ceaucescu, celui-ci charge l'un de ses agents en France, Mateï Haiducu, d'éliminer l'intellectuel réfugié en France trois ans auparavant et naturalisé français.

« De vérification en vérification », écrivent les deux auteurs, « la DST acquiert la conviction qu'il ne s'agit pas d'une manipulation. Une grande mystification est décidée : il s'agit de faire croire à la mort de Virgil Tanase et de Paul Goma » (un autre opposant roumain visé par le régime de Bucarest).

Selon la thèse officielle, c'est Mateï Haiducu qui aurait refusé cette mission homicide et aurait fait défection en contactant la DST.

L'épouse n'était pas dans la confidence

« Le 20 mai 1982, à la sortie de son domicile parisien, Virgil Tanase est enlevé. Sa femme, inquiète, sans nouvelles, téléphone à la DST. Le lendemain, en compagnie de deux policiers de ce service, elle signale la disparition de son mari au commissariat de son quartier », ajoutent les auteurs.

« Elle est d'autant plus parfaite dans le rôle de la femme inquiète qu'elle ne sait pas ce qu'est devenu son mari et qu'une grande comédie est en train de se jouer». Arkadi Batchenko n'avait pas non plus révélé la supercherie, montée avec les services ukrainiens, à sa femme. C'est la première personne à laquelle il a présenté ses excuses après sa réapparition, mercredi.

Au vert pendant trois mois

En 1982, la DST a mis Virgil Tanase au vert pendant trois mois dans une « maison sûre » en Bretagne et laissé accuser la Securitate d'avoir monté son assassinat. Le 30 août, la supercherie est révélée par le quotidien « Le matin de Paris » et peu après Virgil Tanase réapparaît dans les locaux du magazine Actuel, dirigé par son ami Jean-François Bizot, et donne une conférence de presse.

« Aux yeux du contre-espionnage français, l'affaire apparaît comme un succès », écrivent Jacques-Marie Bourget et Yvan Stefanovitch. A la suite de cette affaire, le président français François Mitterrand avait annulé une visite prévue à Bucarest pour montrer son opposition au régime de Nicolae Ceausescu.

Virgil Tanase est notamment l'auteur d'une biographie d'Antoine de Saint-Exupéry.

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