Face à l'épidémie, la Chine confine des villes entières

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Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève le 22 janvier 2020
Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève le 22 janvier 2020
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© AFP, PIERRE ALBOUY

, publié le jeudi 23 janvier 2020 à 15h46

La Chine a confiné jeudi quelque 20 millions d'habitants autour de Wuhan, la métropole d'où est parti un nouveau virus qui a commencé à se répandre dans le monde et mobilise les autorités sanitaires internationales.

Depuis 10H00 locales (02H00 GMT), plus aucun train ni avion ne doit en principe quitter Wuhan, 11 millions d'habitants, en plein centre de la Chine. Les péages aux sorties autoroutières de la ville sont fermés.

Cette métropole est au coeur de l'épidémie qui depuis décembre a contaminé plus de 570 personnes et fait 17 morts, selon un dernier bilan. Toutes les personnes décédées ont succombé à Wuhan ou dans sa province, le Hubei.

Symbole de l'inquiétude qui s'est emparée de tout le pays, la Cité interdite de Pékin, ancien palais des empereurs, a annoncé sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, pour éviter tout risque de contamination entre les visiteurs.

A la veille du long congé du Nouvel an chinois, la capitale a déjà décrété l'annulation des festivités, qui draînent habituellement des centaines de milliers de badauds dans les parcs pour assister à la traditionnelle danse du lion et du dragon.

A Wuhan, "les habitants ne doivent pas quitter (la ville) sans raison spécifique", a annoncé le Quartier général chargé de la lutte contre l'épidémie au niveau municipal.

Cette décision est prise afin "d'enrayer efficacement la propagation du virus", a-t-il expliqué, alors que le Nouvel an occasionne chaque année des centaines de millions de voyages.

La ville voisine de Huanggang à 70 km à l'est, qui compte 7,5 millions d'habitants, fait l'objet de mesures similaires. La circulation des trains devait y être interrompue jusqu'à nouvel ordre à compter de la fin de journée.

Tout près, Ezhou (1,1 million d'habitants), a déjà fermé sa gare.

A l'ouest, une autre localité, Xiantao, a fermé les accès à une grande voie de circulation, et au sud Chibi a suspendu tous ses transports publics. Ces deux communes rassemblent plus de 2 millions d'habitants.

- Les taxis triplent les prix -

Il était encore possible en début de journée de gagner Wuhan en train ou en avion, même si de nombreux vols étaient supprimés. 

Mais trains comme avions étaient presque vides, spectacle étrange à la veille du congé du Nouvel An, lorsqu'ils sont habituellement pris d'assaut.


Dans le centre-ville, les transports publics étaient à l'arrêt et les festivités du Nouvel An ont été annulées.

La quasi-totalité des commerces, y compris cafés et restaurants, étaient fermés. Les livreurs à scooter, habituellement omniprésents dans les grandes villes chinoises, étaient aux abonnés absents.

Sous la pluie, la ville était plongée dans un calme surréaliste pour une métropole chinoise, habituellement débordante de vie à l'approche du Nouvel an.

Les taxis ont multiplié leurs prix par trois. "Il est très dangereux de sortir en ce moment mais on a besoin d'argent", a expliqué un chauffeur à l'AFP.

Interrogé sur la flambée des prix, le gouverneur de la province, Wang Xiaodong, a assuré à la télévision que "les réserves et l'approvisionnement des marchés sont suffisants".

La mairie a aussi imposé le port du masque respiratoire, que la plupart des habitants avaient de toute façon commencé à mettre depuis le début de la semaine. 

Le branle-bas de combat a commencé lorsqu'un scientifique chinois a admis que la transmission du virus pouvait se faire d'humain à humain et pas seulement de l'animal à l'homme.

Le président Xi Jinping a donné le signal de la mobilisation lundi en appelant à enrayer "résolument" l'épidémie, qui jusque-là ne faisait pas les grands titres des journaux.

- Mesures "très très fortes" -

A Genève, le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué mercredi les mesures "très, très fortes" prises par la Chine, estimant qu'elles allaient "diminuer" les risques de propagation hors de ses frontières.

Elles sont intervenues alors que l'OMS réunissait son comité d'urgence pour décider si le nouveau virus constitue une "urgence de santé publique de portée internationale".

Les experts n'étant pas parvenus à se mettre d'accord sur la question, l'OMS devait poursuivre la réunion jeudi à partir de 11H00 GMT.

L'OMS n'a jusqu'ici utilisé le terme d'urgence internationale que pour de rares cas d'épidémies requérant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l'Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

Le virus, de la même famille que le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), a gagné plusieurs pays d'Asie et même les Etats-Unis. Le Vietnam et Singapour ont à leur tour annoncé des cas de contamination. 

Les contrôles de température corporelle se sont généralisés dans plusieurs aéroports, notamment à Dubaï, l'un des plus grands du monde, visant tous les passagers en provenance de Chine et pas seulement de Wuhan.

L'OMS avait à l'époque du Sras, en 2002-2003, vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l'alerte et tenté de dissimuler l'ampleur de l'épidémie. Le Sras avait tué 774 personnes dans le monde, dont 648 en Chine y compris Hong Kong.

La crise a fait baisser les marchés financiers, en Asie comme en Europe, par crainte de ralentissement de la Chine, deuxième économie du monde. La Bourse de Shanghai a perdu près de 3% et le pétrole a lui aussi perdu du terrain.

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