Ethiopie: toujours des combats au Tigré, difficile acheminement de l'aide humanitaire

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Des réfugiés chassés par les combats dans la région éthiopienne du Tigré, dans 
le camp d'Oum Raquba, dans l'Est du Soudan, le 3 décembre 2020
Des réfugiés chassés par les combats dans la région éthiopienne du Tigré, dans le camp d'Oum Raquba, dans l'Est du Soudan, le 3 décembre 2020
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© AFP, Yasuyoshi CHIBA

, publié le vendredi 04 décembre 2020 à 20h16

Les combats continuent dans plusieurs parties du Tigré selon l'ONU, malgré les communiqués de victoire du gouvernement fédéral éthiopien, compliquant l'acheminement d'une aide humanitaire pourtant cruciale vers cette région du Nord de l'Ethiopie, théâtre d'un conflit armé depuis un mois.

Le Tigré est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, quand le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut des forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait alors la région et défiait son autorité depuis des mois.

Mercredi, le gouvernement éthiopien a garanti un accès humanitaire "sans restriction" dans la région à l'ONU, qui le réclamait depuis plusieurs semaines pour éviter une potentielle catastrophe.

"Nous avons des informations faisant état de combats qui se poursuivent dans plusieurs parties du Tigré", a toutefois expliqué vendredi à l'AFP Saviano Abreu, porte-parole du Bureau onusien de coordination de l'aide humanitaire (Ocha), précisant que l'ONU continuait de négocier "avec toutes les parties au conflit".

"Nous devons avoir le même type d'accord avec toutes les parties au conflit, afin de nous assurer d'avoir un accès libre et sans conditions au Tigré", a-t-il poursuivi.

Cela sous-entend que les forces du TPLF contrôlent encore certaines zones ou y sont, au minimum, encore actives.

Le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic, a jugé vendredi "pas acceptable" que l'aide humanitaire soit restreinte aux seules zones du Tigré sous contrôle gouvernemental.

"Il y a sûrement des enfants qui souffrent de malnutrition de l'autre côté aussi", a-t-il souligné devant des journalistes à Addis Abeba.

Jeudi, le président du Tigré Debretsion Gebremichael avait fait état de combats en cours "autour de Mekele" et plusieurs diplomates avaient indiqué à l'AFP que des affrontements persistaient dans plusieurs endroits du Tigré.

M. Abiy avait clamé victoire, il y a presque une semaine, affirmant que l'opération militaire avait été "menée à bien" et que les combats étaient terminés, après la prise annoncée de la capitale régionale Mekele par les troupes gouvernementales, supposées contrôler désormais la quasi-totalité du Tigré.

- Réfugiés érythréens -


Vendredi, trois responsables onusiens ont confié à l'AFP ne pas s'attendre à ce que l'aide parvienne au Tigré avant la semaine prochaine.

"En gros, pour le moment, il n'y a pas d'accès" à la région, et l'ONU et le gouvernement "auraient dû s'abstenir" de révéler leur accord sur l'accès humanitaire, avant que les préparatifs soient plus avancés, a estimé à Addis Abeba l'un d'eux ayant requis l'anonymat. 

Des "centaines de membres du personnel humanitaire", présents avant le conflit, distribuent quand même déjà de l'aide au Tigré, a toutefois précisé M. Abreu.

Environ 600.000 personnes - dont 96.000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps - dépendaient totalement de l'aide alimentaire pour se nourrir au Tigré avant le conflit, selon l'Ocha.

Quatre semaines de combats ont poussé quelque 45.500 personnes à fuir au Soudan voisin, mais ont aussi déplacé un nombre indéterminé d'hommes, de femmes et d'enfants à l'intérieur du Tigré.

Le commissaire européen, M. Lenarcic, qui est allé cette semaine à la rencontre des réfugiés au Soudan, a indiqué que ceux-ci n'étaient pas prêts à rentrer en Ethiopie, comme les y encourage pourtant Addis Abeba.

"Ils ont tous dit qu'ils avaient trop peur, ne serait-ce que d'y penser", a rapporté le commissaire slovène, ajoutant que les réfugiés tenaient le Premier ministre Abiy Ahmed pour responsable de leur situation.

Dès le lancement de l'opération militaire, les communications ont été totalement coupées - et n'ont été que très partiellement rétablies ces derniers jours - et l'accès très restreint, rendant difficile de connaître la situation militaire et humanitaire au Tigré.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) concède ne pas savoir actuellement combien de nourriture y est disponible dans ses entrepôts et ceux du gouvernement éthiopien.

Le Haut commissariat aux Réfugiés (HCR), qui a indiqué vendredi "se tenir prêt à reprendre" ses activités dans la région, s'inquiète du sort des camps de réfugiés érythréens "qui restent injoignables" et qu'il estimait lundi à court de réserves alimentaires.

L'organisation veut aussi se rendre sur place pour vérifier des informations sur de possibles exactions contre ces réfugiés, a indiqué vendredi à l'AFP sa représentante en Ethiopie, Ann Encontre. "Nous avons entendu parler de la mort de réfugiés, que certains avaient été victimes de conscription forcée", a-t-elle expliqué.

Les réfugiés érythréens installés en Ethiopie ont fui le régime autocratique du président Issaias Afeworki. Le TPLF accuse l'Erythrée d'avoir envoyé des troupes au Tigré pour le combattre aux côtés de l'armée éthiopienne.

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