Etats-Unis : Donald Trump ou la diplomatie du «deal»

Etats-Unis  : Donald Trump ou la diplomatie du «deal»
Sur les dossiers diplomatiques, le président américain est fidèle aux techniques de négociation d'entreprises qu'il avait définies dans les années 1980.

leparisien.fr, publié le lundi 28 mai 2018 à 06h25

Le président américain, qui souffle le chaud et le froid avec Kim Jong-un, le leader nord coréen, gère les relations internationales avec des méthodes d'homme d'affaires.

Arriver en position de force pour négocier le meilleur accord possible. Dans l'Amérique de Donald Trump, cette technique de businessman s'applique aussi à la diplomatie. D'abord, agiter une énorme menace, comme celle de bombarder la péninsule nord-coréenne. Puis forcer la main de ses interlocuteurs pour les obliger à s'asseoir à la table des négociations. « Il pense que la géopolitique, ce sont des deals avec un gagnant et un perdant, mais il place la barre très haut pour conclure un accord », analyse la politologue spécialiste des États-Unis, Nicole Bacharan.

Une stratégie remise en cause pour l'instant. La « dénucléarisation complète et vérifiable » de la Corée du Nord, qu'exigent les États-Unis, s'oppose à la volonté farouche du régime nord-coréen de conserver son arsenal nucléaire. Une divergence si forte qu'elle peut expliquer l'annulation, jeudi dernier, du sommet entre Trump et Kim Jong-un, prévu le 12 juin à Singapour. Mais, comme en affaires, les retournements dans la diplomatie « trumpienne » sont toujours possibles : le président américain a finalement déclaré samedi que l'objectif de rencontre Kim le 12 juin n'avait « pas changé »...

Sur le dossier du nucléaire iranien, le secrétaire d'État Mike Pompeo a listé douze mesures pour espérer un nouvel accord : fin de la prolifération balistique, accès aux sites nucléaires... « C'est un diktat et c'est ne rien connaître aux Iraniens et à leur rythme de fonctionnement », estime Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Des mesures qui « peuvent sembler irréalistes », a d'ailleurs reconnu lui-même Mike Pompeo.

Méthodes brutales

Corée du Nord, Iran, mais aussi relations commerciales avec la Chine ou accord sur le climat... Sur ces dossiers diplomatiques, le président américain est fidèle aux techniques de négociation d'entreprises qu'il avait définies dans les années 1980. Alors à la tête d'un empire immobilier, Trump avait publié en 1987 « The Art of the deal », devenu un best-seller aux États-Unis.

« Il se voyait à l'époque comme un grand enfant qui joue au Monopoly à la recherche de la meilleure adresse au meilleur prix à Manhattan », ironise Nicole Bacharan. Trump vantait surtout dans son livre ses méthodes brutales de businessman pour conclure des marchés : tordre le bras à ses interlocuteurs sur le mode : « Retenez-moi ou je fais un malheur. »

D'autres anciens candidats républicains voulaient déjà mener le pays comme une entreprise, mais, eux, uniquement sur les questions de politique intérieure, telle la fiscalité. « Il y a une tendance dans le monde anglo-saxon à adopter des méthodes managériales à la tête d'un État », rappelle Didier Billion. De ce côté de l'Atlantique, Emmanuel Macron avait aussi pendant sa campagne annoncé une évaluation annuelle de ses ministres. Avant d'y renoncer.

«Trump n'a pas de vision à long terme»

Trump élargit, lui, ces techniques à l'international. « Il y a du rapport de force dans les relations diplomatiques car ce n'est pas un monde de bisounours, mais il y a aussi beaucoup de paramètres qui dépassent le seul tête à tête », met en garde Didier Billion. Le président sud-coréen, concerné au premier chef par la situation dans le pays voisin, n'avait d'ailleurs pas été prévenu de l'annonce soudaine de l'annulation du sommet entre Trump et Kim. « Trump n'a pas de vision à long terme, ni de réflexion sur l'impact de ses décisions », regrette Nicole Bacharan.

Au-delà des convictions personnelles de Donald Trump, la diplomatie américaine s'est durcie depuis l'arrivée de Mike Pompeo au secrétariat d'État et de John Bolton comme conseiller à la Maison Blanche. Deux « durs », totalement en phase avec les impulsions du président qui les a nommés. Didier Billion conclut : « Trump n'est absolument pas un fou, en tant qu'homme d'affaires, il ne ferme la porte à aucune solution, mais il est aussi soumis à des pressions de son entourage le plus ultra. »

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