Equateur: le socialiste Arauz au second tour face à un adversaire à définir

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Dépouillement des bulletins de vote à Cuenca, le 7 février 2021 en Equateur
Dépouillement des bulletins de vote à Cuenca, le 7 février 2021 en Equateur
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© AFP, Cristina Vega RHOR

, publié le lundi 08 février 2021 à 16h40

Le socialiste Andrés Arauz, dauphin de l'ex-président Rafael Correa, est arrivé en tête de la présidentielle en Equateur, mais devra affronter au second tour le 11 avril un adversaire encore à déterminer, entre un avocat indigène de gauche et un ex-banquier conservateur.

Arauz, un économiste de 36 ans candidat de la coalition Union pour l'espérance (Unes), a obtenu dimanche 32,29% des voix, selon des résultats partiels portant sur 97,56% des bulletins, et communiqués par le Conseil national électoral (CNE).

Les deux suivants, aux pôles de l'échiquier politique, luttaient vote à vote pour se départager, à l'issue d'un premier tour très disputé dans ce pays en crise économique, aggravée par la pandémie de covid-19.

L'écologiste Yaku Perez, 51 ans, du parti Pachakutik, premier indigène à parvenir aussi loin à une présidentielle, était à 19,80%. Il est talonné par le vétéran Guillermo Lasso, 65 ans, du mouvement Créer des opportunités (Creo, droite), à 19,60%.

Quelque 13,1 millions d'électeurs devaient désigner, parmi 16 candidats, un record, le successeur de l'impopulaire président Lenin Moreno, qui achèvera son mandat de quatre ans le 24 mai.

Le résultat définitif se fait attendre du fait de la nécessité de réviser 13,96% des bulletins de vote, qui présentent des inconsistances, selon le CNE.

"Il n'y a aucun doute, nous sommes en première place", s'est félicité le protégé de l'ex-président Correa (2007-2017) qui, a crié "victoire" dès la fermeture des urnes.

- Second tour à gauche? -

Des politologues, tel Simon Pachano, de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso), avaient avancé que le leader indigène, partisan d'un "Etat pluri-national, digne, honnête et inclusif", pouvait réserver une "surprise".

"Le peuple nous a donné son soutien et cela a été plus que démontré dans les résultats officiels", a-t-il déclaré dimanche, appelant à une veillée devant le CNE pour que "la décision des Equatoriens soit respectée".

De gauche mais opposé au corréisme, Perez bénéficie de la popularité du soulèvement social de 2019. Déclenchée par une hausse des prix des carburants dans le cadre d'une aide du Fonds monétaire international (FMI), la révolte s'était soldée par 11 morts et avait fait vaciller le gouvernement.

Il unit le vote des indigènes (7,4% de la population) "à celui de la gauche non corréiste et d'autres secteurs comme les jeunes", selon M. Pachano.

S'il se place deuxième, les Equatoriens voteront pour un second tour inédit entre deux représentants de la gauche. 

Lasso, qui appelle au "changement", tente sa chance pour la troisième fois, après avoir perdu de deux points en 2017 face à Moreno alors corréiste. Il s'est dit confiant dans sa "victoire".

Parmi les 13 autres candidats, figurait une seule femme: Ximena Peña, candidate du parti au pouvoir affaibli par le conflit Moreno-Correa.

A l'issue d'une campagne limitée par le Covid-19, qui a fait plus de 15.000 morts dans ce pays de 17,4 millions d'habitants, les électeurs devaient aussi choisir les 137 députés du parlement monocaméral.

Du fait de la fragmentation des forces politiques, le prochain gouvernement ne devrait pas y détenir de majorité. "Quel que soit le vainqueur, il aura un mandat fragile", devra "chercher des consensus", selon le politologue Esteban Nichols, de l'Université andine Simon Bolivar.

- Files d'attente -

La crise suscite un fort mécontentement. Déjà affecté par la chute des cours du pétrole, principal produit d'exportation, l'Equateur a doublé sa dette et craint une contraction de son économie de 8,9% en 2020.

"J'espère qu'enfin puisse être élu un président qui ne soit pas corrompu et qu'il y ait des changements", a déclaré à l'AFP Sebastian Amaguaya, maçon de 23 ans qiu a dû longuement patienter avant de voter, mesures sanitaires obligent.

"Je veux que Correa revienne. Avec lui, mon époux, mon gendre avaient du travail (...) Avec Arauz, tout va s'améliorer", affirmait pour sa part Rita Racines, femme au foyer de 54 ans, dans une autre file d'attente. 

La campagne a tourné autour du grand absent du scrutin: l'ex-président, qui vit en Belgique, pays de son épouse, depuis son départ du pouvoir. Condamné l'année dernière par contumace à huit ans de prison pour corruption, il a dû renoncer à briguer la vice-présidence.

"Merci cher Equateur! La révolution citoyenne a gagné de façon accablante, en dépit d'une campagne sale et de quatre années de persécution brutale et d'infamies", a tweeté le chantre du "socialisme du XXIe siècle".

Correa se dit "persécuté" par Moreno, qu'il qualifie de "traître" pour avoir renoué avec le patronat, les banques, Washington et le FMI.

Arauz a déclaré dimanche à l'AFP que s'il est élu, il renouera avec les Etats-Unis du président démocrate Joe Biden, mais poussera à la révision, jusque par les instances internationales, du cas de son mentor dont il fera son conseiller.

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