Entre prêche matinal et propagande, AMLO monopolise la parole

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Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors de sa conférence de presse matinale, à Mexico le 21 novembre 2019
Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors de sa conférence de presse matinale, à Mexico le 21 novembre 2019
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© AFP, Pedro PARDO

, publié le vendredi 22 novembre 2019 à 06h46

L'exercice, entre prêche religieux et leçon de propagande, est unique. Aux petites heures du matin, cinq jours par semaine, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, monopolise la parole devant des journalistes qui bataillent pour garder les yeux ouverts.

AMLO, son acronyme, qui marquera le 1er décembre la première année de son arrivée au pouvoir, a fait de la "mañanera" son premier outil de communication.

"Pour Donald Trump c'est Twitter. Le Brésilien Jair Bolsonaro préfère Facebook. Hugo Chavez et son successeur Nicolas Maduro, ont la radio. AMLO, c'est la mañanera", explique à l'AFP Luis Estrada, politologue.

"Et bien que cette conférence de presse d'un genre particulier soit unique au monde, elle n'a pour l'instant fait d'émule nulle part", ironise l'universitaire mexicain qui a décroché son doctorat à UCLA.

Immuable, ce rendez-vous quotidien avec la presse mexicaine et internationale, oblige les journalistes à se présenter à la Plaza del Zocalo, dans la vieille ville, à l'entrée du Palais présidentiel.

Il est 5:30 du matin. Les yeux gonflés de sommeil, transis de froid, correspondants politiques, blogueurs, photographes et vidéastes forment docilement une queue et s'adossent aux vieilles pierres de la cour. 

- "Buenos dias señor Presidente" -

Une heure plus tard, après un contrôle de sécurité sommaire, autorisation est donnée de pénétrer dans l'immense salle de presse. Mais là, surprise: il fait encore plus froid qu'à l'extérieur.

A 7:00, une femme-soldat lance un martial: "Buenos dias señor Presidente".

Lopez-Obrador, 66 ans, costume gris un peu trop ample et cravate bleue, entre en scène et se poste derrière la tribune. Les cheveux cendrés sont apprétés, l'oeil vif, mais la démarche lourde trahit un effort important. Pour lui aussi.

S'il tient ce rythme quotidien du lundi au vendredi, il devrait atteindre un record de 1.500 "mañaneras" à la fin de son mandat de six ans.

AMLO commence à parler, souhaite "bon courage" aux journalistes, une centaine. A bon escient car le rendez-vous peut durer jusqu'à deux heure trente, sans pause et sans changement de ton. 

Dans un pays où dans les années 70 et 80 les présidents ne s'adressaient pas directement à la presse, la "mañanera" -- allusion à peine voilée à "mañanero", coït matinal -- est une révolution.

Son origine: une idée d'AMLO du temps où il était gouverneur de Mexico, en 2000, et souhaitait faire de l'ombre à Vincente Fox, au pouvoir.  

Depuis le 1er décembre 2018, elle lui sert à annoncer des mesures sociales ou diffuser des messages politiques à ses partisans et opposants.

"Avec le temps, c'est devenu un instrument de communication qui sert plus à faire de la propagande qu'à rendre des comptes", estime Luis Estrada.

"Cela ressemble à une prédication religieuse. Le débat devient moralisateur. AMLO veut que nous nous adaptions à sa morale en invoquant des références religieuse", précise-t-il.    

De fait, lorsque des questions lui sont posées en rapport avec des sujets brûlants d'actualité, AMLO en élude deux sur trois. 

Daniela Sanchez Herrera, consultante en communication, dans un article paru la dernière édition de Foreign Affairs (espagnol), insiste sur son caractère populiste de gauche. 

"Il assimile ses ++adversaires++ aux ++conservateurs++ et fait usage du mot ++peuple++ de façon abstraite comme par exemple ++le peuple est bon++ et ++le peuple sait++", écrit-elle.

- Plus de fausses informations que Trump -

La "mañanera" est aussi un lieu scruté par des sites qui surveillent le contenu des réponses présidentielles. L'un d'eux www.spintcp.com procède à un décompte de la désinformation d'AMLO sur le modèle du Washington Post avec Donald Trump.

En une année de "mañaneras" du lundi au vendredi et sans compter les discours et autres interventions publiques, le site mexicain a comptabilisé 13.600 "mensonges avérés" d'AMLO contre 13.500 durant les trois ans de la présidence Trump.

Selon le site First Draft, en juin, AMLO a lancé un site de vérification de fausses informations, Verificado Notimex, en reprenant le vocable ++Verificado++ créé en 2018 pour couvrir la présidentielle.

"Très vite, la légitimité de ce site a été remise en cause lors d'un discours de 90 minutes du Président contenant des affirmations contestables. Verificado Notimex n'en a pas parlé", écrit First Draft.

Pour Luis Esrada, cela "donne une idée des véritables intentions de ce qui devrait être un exercice de transparence et de responsabilité".

Mais dans la salle où le silence lui aussi est religieux, il n'y a aucun signe que les journalistes sont prêts à en découdre.

Sauf un matin mémorable, le 12 avril, lorsque le journaliste Jorge Ramos, Univision TV, va pousser AMLO dans ses retranchements sur la question du décompte officiel des morts violentes.

"Je n'ai pas tous les chiffres. Je vous les donnerai", répondra le Président, sans dire quand.  

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