En Syrie, les derniers jihadistes de l'EI acculés au bord du fleuve Euphrate

Chargement en cours
Panache de fumée après un bombardement sur le dernier réduit du groupe Etat islamique (EI) en Syrie le 18 mars 2019, un campement informel au bord du fleuve Euphrate
Panache de fumée après un bombardement sur le dernier réduit du groupe Etat islamique (EI) en Syrie le 18 mars 2019, un campement informel au bord du fleuve Euphrate
1/4
© AFP, Delil SOULEIMAN

AFP, publié le mardi 19 mars 2019 à 22h01

Les jihadistes jusqu'au-boutistes du groupe Etat islamique (EI), désormais acculés dans un tout petit secteur au bord de l'Euphrate aux confins orientaux de la Syrie, tentent désespérément mardi de défendre le dernier lambeau de leur "califat".

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par l'appui aérien d'une coalition internationale conduite par les Etats-Unis, ont annoncé avoir pris le contrôle du campement de fortune dans lequel étaient retranchés les jihadistes dans le village de Baghouz. 

Après une nouvelle nuit de violents combats et de bombardements, plusieurs centaines de personnes sont encore sorties de la poche jihadiste, dernier vestige du "califat" autoproclamé en 2014 par l'EI sur de vastes régions à cheval entre la Syrie et l'Irak.

Mais les FDS n'ont pas été jusqu'à proclamer la victoire.

Des jihadistes se battent encore dans une ultime bande du réduit au bord de l'Euphrate et ne semblent pas disposés à se rendre, tandis qu'un porte-parole de l'EI a appelé, dans un message sur Instagram, à des attaques contre les FDS ailleurs en Syrie.

"Les FDS contrôlent la zone de campement à Baghouz", composée essentiellement de tentes de fortune, de voitures abandonnées et de tunnels sous-terrains, a affirmé sur Twitter le porte-parole des FDS, Mustafa Bali.

"Il ne s'agit pas d'une annonce de victoire, mais d'un progrès significatif dans la bataille contre l'EI", a-t-il néanmoins nuancé.

"Des centaines de combattants de l'EI blessés ou malades ont été capturés" et "ont été évacués vers des hôpitaux militaires", a ajouté M. Bali.  

- "Combat désespéré" -

Encerclés depuis trois axes, les jihadistes ne peuvent pas fuir par le fleuve, le forces du régime syrien étant déployées de l'autre côté, sur la rive orientale.

Escortés par les FDS, cinq camions-remorques remontent une pente menant au sommet d'une colline près du réduit jihadiste. 

Ce sont des évacués. On ne voit pas les passagers, mais on peut entendre des pleurs d'enfants, a constaté une équipe de l'AFP sur place.  

"Entre 1.000 et 1.500 personnes, des centaines de combattants et leur familles, se sont rendus entre hier soir et ce matin", a indiqué à l'AFP Jiaker Amed, un autre porte-parole FDS.

"Les combats ne sont pas terminés, il y a des affrontements dans différents secteurs", a-t-il ajouté.

"L'ennemi tente de mener un dernier combat désespéré et utilise les civils comme boucliers", a affirmé à l'AFP le porte-parole de la coalition internationale antijihadiste, Sean Ryan.  

Selon lui, des jihadistes "se déguisent en femmes pour tenter de s'échapper ou de faire détoner leurs vestes" parmi les personnes évacuées. 

Les FDS ont fait état mardi de l'arrestation de jihadistes soupçonnés d'être impliqués dans un attentat à Minbej (nord) ayant fait le 16 janvier 19 morts dont quatre Américains.

Lancée en septembre, l'offensive contre le dernier réduit jihadiste à Baghouz a été ralentie par la présence de milliers de civils.

Depuis janvier, quelque 67.000 personnes ont quitté l'enclave, dont 5.000 jihadistes arrêtés après leur reddition, selon les FDS. 

- Pas la "fin" -

La plupart des évacués sont transférés vers le camp d'Al-Hol (nord-est), où plus de 70.000 personnes, dont 41.000 enfants, sont entassées dans des conditions particulièrement difficiles, selon l'ONG Comité de secours international (IRC).

Depuis décembre, 123 personnes, dont une grande majorité d'enfants de moins de cinq ans, sont décédées en route vers le camp ou peu après leur arrivée, a ajouté l'IRC.

Une perte totale de Baghouz signerait la fin territoriale du "califat" de l'EI, après sa défaite en Irak en 2017.

Mais le groupe jihadiste a déjà entamé sa mue en organisation clandestine, et mène encore des attaques meurtrières.

Pour Tore Hamming, spécialiste du jihadisme à l'European University Institute, "ce que nous appelons la +fin+ n'est pas la +fin+ pour eux. C'est le début de quelque chose de nouveau". 

A Damas, le président Bachar al-Assad s'est entretenu mardi avec le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. 

"Avec le soutien de la Russie, la lutte contre le terrorisme a enregistré un succès remarquable", a déclaré le ministre russe, selon un communiqué du ministère de la Défense à Moscou.

Soutenu par la Russie et l'Iran, le régime Assad a enchaîné les victoires contre rebelles et jihadistes et repris près des deux tiers du territoire.

A Homs (centre), l'émissaire de l'ONU Geir Pedersen a rencontré des responsables locaux, des personnels de l'ONU et des déplacés syriens vivant dans des camps, à l'occasion de sa deuxième visite en Syrie. 

"La voie vers une nouvelle Syrie passe par des mesures de confiance et par une réconciliation", a dit le diplomate norvégien sur son compte Twitter. "Les Syriens ont besoin de se réunir pour décider ensemble de construire leur avenir".

La guerre en Syrie a fait plus de 370.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.