En Somalie, des femmes bravent tradition et religion sur le terrain de foot

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 Des femmes s'entraînent sur un terrain de football, le 5 mars 2018 à Mogadiscio, en Somalie

Des femmes s'entraînent sur un terrain de football, le 5 mars 2018 à Mogadiscio, en Somalie

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© AFP, Mohamed ABDIWAHAB

AFP, publié le mercredi 21 mars 2018 à 14h44

La vue est une incongruité dans la capitale somalienne Mogadiscio. Peu après le lever du soleil, lorsque la chaleur est encore supportable, un groupe de femmes débarquent sur un terrain de football et enlèvent leurs encombrants hijabs pour révéler des maillots bleus ou verts.

Le port d'épais collants sous les shorts pour cacher leurs jambes, et de voiles ou bonnets pour cacher leurs cheveux n'y fait rien, c'est sous les regards aussi désapprobateurs qu'intrigués de jeunes hommes, choqués par ces vêtements trop moulants pour la société somalienne, que les joueuses enchaînent les exercices.

Toujours le sourire aux lèvres, conscientes de leur rôle de pionnières, elles zigzaguent entre des plots de couleur, effectuent des séries d'abdominaux et se passent un ballon usé sur un terrain en herbe synthétique. Le tout à moins de 200 mètres d'un barrage de sécurité gardé par des hommes lourdement armés.

Car ces jeunes femmes ne bravent pas seulement les conventions d'une société musulmane très conservatrice, elles affrontent aussi la peur, omniprésente à Mogadiscio, des islamistes shebab.

Affiliés à Al-Qaïda, ces derniers y mènent régulièrement des attaques meurtrières, et condamnent toute forme de divertissement tel le football, d'autant plus s'il est pratiqué par des femmes.

"C'est évident, nous avons peur malgré le fait que nous portons des vêtements épais par dessus nos shorts et t-shirts sur le chemin du terrain de sport", explique Hibaq Abdukadir, 20 ans, l'une des quelque 60 footballeuses s'entraînant au Golden Girls Center de Mogadiscio, le premier club de football féminin du pays.

Mohamed Abukar Ali, 28 ans, qui a fondé ce club après s'être rendu compte que la Somalie ne comptait aucune équipe féminine, confirme: "Lorsque les filles viennent à l'entraînement, on doit organiser le transport pour les amener ici puis les ramener chez elles, parce que ce sont des filles et on pense à leur sécurité."

"Il y a tellement de défis, qu'il s'agisse de la sécurité ou du manque de ressources", regrette-t-il. "Mais cela ne va pas nous décourager dans notre ambition d'établir des clubs de football féminin dans ce pays", assure-t-il.

"Nous pensons que le temps est venu et que nous devons avoir le courage de penser différemment", ajoute Mohamed Abukar Ali, expliquant vouloir faire des joueuses de son club "les premières joueuses somaliennes professionnelles".

- 'Elles ont l'air nues' -

"Cela fait sept mois que je joue au football, mais ma famille n'est au courant que depuis deux mois", explique Sohad Mohamed, 19 ans. "J'ai caché cela à ma mère parce qu'elle ne m'aurait pas permis de jouer au football. Elle l'accepte désormais, et c'est déjà ça, mais le reste de ma famille n'est pas content."

Car le port de pantalons, shorts ou t-shirts en public reste un tabou en Somalie pour les femmes, les autorités islamiques estimant que les tenues sportives ne sont pas appropriées.

"Je viens les regarder s'entraîner, mais honnêtement, je ne serais pas content de voir ma sœur faire cela, ce n'est pas bon aux yeux de la société car elles ont l'air nues", tance Yusuf Abdirahman, qui habite à proximité du terrain de football.

Mohamed Yahye, un autre badaud, juge lui "qu'il n'y a rien de mal à ce que les femmes jouent au football". "La seule chose qu'elles devraient changer, c'est leur tenue, elles doivent porter quelque chose qui ne soit pas aussi moulant", estime-t-il toutefois. "Tant que leur corps n'est pas visible, elles sont en conformité avec les règles d'habillement islamiques."

Mais les Golden Girls regardent déjà bien au-delà de ces préoccupations vestimentaires, soutient la jeune Hibaq Abdukadir, aussi optimiste qu'ambitieuse. "J'ai pour but de progresser autant que les footballeuses qui jouent pour Barcelone", dit-elle.

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21 commentaires - En Somalie, des femmes bravent tradition et religion sur le terrain de foot
  • non, obscurantisme =/= religion

    c'est surtout certaines interprétations du dogme religieux qui peut conduire à l'obscurantisme.
    c'est pour cela que tout n'est pas à prendre au pied de la lettre dans les textes.

    C'est pour cela que (et quelle que soit la religion) si l'on arrive à définir un "dogme" (je sais pas si un meilleur mot peut mieux décrire), san s'éparpiller dans une myriade de courants qui prêchent tout et son contraire, et qui soit applicatif du bon sens, du respect de l'autre etc.. mais en restant raisonnable et que ce respect soit RECIPROQUE,
    alors on aura fait des progrès. Certaines religions ont déjà fait ce travail, d'autres en sont encore loin.

    mais ceci est un autre débat...

  • Le sport n'est pas la solution à tous les problèmes!
    Il peut même être un moyen d'aliénation comparable à la religion ou aux idéologies totalitaires.

  • "il n'y a rien de mal à ce que les femmes jouent au football.La seule chose qu'elles devraient changer, c'est leur tenue, elles doivent porter quelque chose qui ne soit pas aussi moulant. Tant que leur corps n'est pas visible, elles sont en conformité avec les règles d'habillement islamiques."

    est-ce de l'hypocrisie ou un manque total de bon sens ?
    si les habits sportifs sont moulants, c'est principalement pour des raisons pratiques.
    Essayer de courir avec un niqab ou une burqua, sans se prendre les pieds dans le tissu....

    Et je ne parle même pas du pb d'hygiène et de la température...

    Et puis, on voit là clairement que les "conformités islamiques" sont vraiment garantes d'une liberté et d'une tolérance... "extraordinaire".

  • En tout cas il est clair qu'en Somalie certains hommes sont des frustrés complets.

  • Il y a une citation mais elle n'est pas correcte !