En République dominicaine, les femmes "fatiguées d'attendre" la dépénalisation de l'avortement

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Des militants pour la dépénalisation de l'avortement manifestent devant le siège du gouvernement, le 18 mars 2021 à Saint-Domingue, en République dominicaine
Des militants pour la dépénalisation de l'avortement manifestent devant le siège du gouvernement, le 18 mars 2021 à Saint-Domingue, en République dominicaine
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© AFP, Erika SANTELICES

publié le mardi 23 mars 2021 à 14h41

Depuis 1884, la loi n'a pas changé en République dominicaine: l'avortement est illégal et puni de peines de prison. Les députés doivent étudier une éventuelle réforme mardi. 

Aujourd'hui en cas d'avortement, une femme peut être condamnée à jusqu'à deux ans de prison et les équipes médicales le pratiquant clandestinement risquent jusqu'à 20 ans. Les réformateurs demandent que l'avortement soit autorisé en cas de viol ou d'inceste, de risque pour la santé de la mère ou de foetus jugé non viable. 

Avec une centaine de militantes pro-avortement, vêtues de vert, la couleur du mouvement qui a conduit à la dépénalisation de l'avortement en Argentine, Ivanna Molina campe depuis 10 jours devant le Palais du gouvernement à Saint-Domingue pour médiatiser ce combat.

L'Argentine est devenue le 14 janvier avec la promulgation de la loi le plus grand pays d'Amérique latine à autoriser sans conditions l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse. Jusque-là, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'était autorisée qu'à Cuba, en Uruguay, au Guyana, dans la ville de Mexico et l'Etat mexicain d'Oaxaca.

"Nous sommes fatiguées d'attendre. Nous sommes fatiguées que les droits des femmes et enfants soient mis en jeu, reportés, différés", dit cette avocate.

- "On est en train de tuer des femmes" -

"Une démocratie moderne ne peut condamner à mort des femmes qui choisissent de vivre", peut-on lire sur une pancarte. "Vie, santé, dignité", dit une autre. 

Le débat divise le pays. A quelques pâtés de maison à peine, des militants anti-avortement se réunissent tous les jours sous des tentes à l'appel de groupes catholiques et évangéliques. 

"Prions pour la fin de l'avortement", "Les femmes méritent mieux qu'avorter leurs enfants", semblent répondre des pancartes à celles des pro-avortement.

L'avortement est la pierre d'achoppement de la réforme du Code pénal discutée mardi, sans cesse remise depuis 1990.

L'actuel président, Luis Abinader, élu en juillet 2020, est favorable à la réforme mais son parti est divisé et une approbation par les deux chambres apparaît incertaine.

Jesus Ogando, lui-même membre du parti présidentiel (PRM, Parti Révolutionnaire Moderne), assure que 110 des 190 députés "sont en faveur de la vie" et ne voteront pas en faveur de la réforme. 

L'Eglise catholique estime que la dépénalisation est "inacceptable", selon Fausto Burgos, archevêque adjoint de Saint-Domingue, promettant que l'Eglise reste "une référence morale pour la société".

Pour la ministre de la Femme Mayra Jiménez, les trois exceptions (inceste ou viol, santé de la mère, foetus non viable) sont "le minimum dans un état démocratique".

Selon Rafael Mena, président de l'association des hôpitaux privés, il se pratique autour de 90.000 avortements par an, la majorité "clandestinement et dans des mauvaises conditions d'hygiène".

Entre 10 et 12 femmes sont soignées chaque jour dans les hôpitaux pour des complications d'avortements pratiqués ailleurs.

"La pénalisation de l'avortement ne sauve aucune vie", affirme la gynécologue et obstétricienne Lilliam Fondeur. "Le foetus meurt, la femme meurt. On ne sauve pas des vies, on est en train de tuer des femmes".

La République dominicaine est au centre d'une procédure devant la Cour interaméricaine des Droits de l'Homme, après la plainte d'une femme, Rosa Hernandez, dont la fille de 16 ans est décédée d'une leucémie non traitée parce que l'hôpital ne voulait pas lui donner un traitement qui aurait mis en danger le foetus qu'elle portait.

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