En Italie, des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus nombreux

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 Un sans-abri à Rome le 18 novembre 2014

Un sans-abri à Rome le 18 novembre 2014

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AFP, publié le vendredi 02 mars 2018 à 09h28

Un patrimoine phénoménal mais qui ne bénéficie qu'à quelques-uns, parfois les mêmes depuis des siècles: l'Italie ne cesse de voir l'écart se creuser entre riches et pauvres, un mal endémique qui la classe parmi les mauvais élèves européens en matière d'inégalités.

A la veille des élections législatives, cette répartition inégale des richesses dans un pays industriel et exportateur, neuvième puissance économique de la planète, est l'un des thèmes qui alimentent la campagne et les propositions en faveur des plus pauvres.

Elles vont de la mise en place d'un revenu universel, proposé par le Mouvement 5 Etoiles (populiste), au "revenu d'inclusion" du Parti démocrate (centre gauche, au pouvoir) en passant par le "revenu de dignité" promis par la coalition droite/extrême droite menée par Silvio Berlusconi.

"L'une des spécificités du pays, c'est qu'un petit nombre d'Italiens gagnent beaucoup d'argent tandis que beaucoup ne tirent qu'une faible rémunération de leur travail", explique à l'AFP Pier Giorgio Ardeni, professeur d'économie politique à l'Université de Bologne.

En matière d'inégalités, l'Italie, déjà marquée par l'opposition entre un Nord fringant et un Sud enlisé dans les difficultés, collectionne les classements peu flatteurs.

Comme celui d'Eurostat portant sur la période 2008-2013, qui la relègue à la 24e place sur les 28 pays de l'Union européenne, bien loin de sa prestigieuse position de 4e puissance économique continentale.

En décembre, le même organisme classait la péninsule au premier rang européen pour le nombre de pauvres, en valeur absolue, avec 10,4 millions de personnes éprouvant des difficultés à faire face à des dépenses imprévues, à se loger ou à se soigner.

"En Italie, c'est désormais le plus âgé qui soutient le plus jeune, le grand-père qui aide son petit-fils", explique à l'AFP Massimiliano Signifredi, de la communauté catholique Sant'Egidio, qui a vu d'année en année grossir le nombre de nécessiteux venant aux soupes populaires de l'association.

- Riches de siècles en siècles -

Longtemps, les Italiens ont pu se prémunir contre la pauvreté, au moins en partie, grâce à leur richesse patrimoniale, résultat d'une propension à investir dans la pierre:aujourd'hui encore, 77% des familles sont propriétaires de leur logement.

"En Italie, ce patrimoine bénéficie d'une fiscalité avantageuse en matière de succession. Certaines familles ont vu leur fortune immobilière grossir de génération en génération", explique à l'AFP Marco Montemauri, agent immobilier dans un quartier prisé du centre de Rome.

"Et même si la crise est passée par là, il m'arrive de croiser des personnes dont les loyers perçus chaque année atteignent les 650.000 euros", raconte-t-il, tout en rappelant qu'il faut en déduire taxes, charges et travaux d'entretien.

Plusieurs enquêtes récentes le montrent, l'Italie a vu ces dernières décennies le revenu dérivant des biens immobiliers ou mobiliers augmenter beaucoup plus que celui tiré du travail, même si ce n'est pas le seul pays dans ce cas.

Une étude réalisée en Toscane par la Banque d'Italie a même démontré que sur les cinq familles florentines ayant les plus hauts revenus en 2014, quatre faisaient déjà partie des 3% les plus riches en 1427!

Une aisance "dynastique" qui fait que les descendants du tiers le plus riche des Florentins il y a six siècles ont statistiquement des chances d'être encore plus riches aujourd'hui.

"Comme il y a une concentration du patrimoine et que ce patrimoine se transmet de façon héréditaire, il est logique que celui qui possède ait tendance à posséder toujours plus", explique l'économiste Pier Giorgio Ardeni.

Une spirale de l'inégalité qui pourrait être enrayée "à condition de remettre en marche l'ascenseur social qui reste désespérément bloqué en Italie", ajoute-t-il.

Une difficulté qui se traduit par un taux de diplômés parmi les plus bas d'Europe: en Italie, seuls 18% des étudiants quittent l'université avec une licence en poche, contre une moyenne de 37% dans l'OCDE.  

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84 commentaires - En Italie, des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus nombreux
  • L'avantage en Italie il y a deux économies une officielle et l'autre non officielle.....et celle ci n'est pas comptabilisé!!

  • Dans quel pays constate on la tendance inverse? aucun! Plutôt que de se lamenter et de souhaiter la fin de soi disant privilèges acquis par des travailleurs. Il serait temps de réactiver une internationale socialiste pour mettre fin à ce cercle infernal qui entretien l'exploitation des travailleurs. Les exemples sont nombreux en France. La privatisation des autoroutes par quoi s'elle traduite : des tarifs qui augmentent sans cesse, des voies de circulation qui reste ouvertes quelque soient les conditions pour ne pas amputer les gains des actionnaires. Etc.

  • Cette maladie est mondiale et parfaitement justifiée ! Les citoyens de base passent leur temps à se jalouser, à se "bouffer le nez" laissant les plus malins mettre en place un système qui leur permet d'exploiter au maximum toutes les opportunités ! La réaction des français qui contribuent à la destruction progressive de la fonction publique est de ce fait très significative . C'est comme si le bien être (très relatif) du voisin dérangeait plus que l'étalage de richesse de la caste supérieure qui se goinfre et s'enrichit honteusement sans être gêné de mettre l'immense majorité dans la précarité !
    J'en arrive à penser que, vu le niveau de bêtise collective, ces puissants ont parfaitement raison.... les égocentriques individualistes un peu décérébrés ne méritent sans doute pas mieux !

  • Parce que vous trouvez qu'en France c'est mieux ? Posez la question aux petits retraités qui touchaient 1200€ par mois et qui sont désormais assujettis à l'augmentation de la CSG.

    En Italie la retraite moyenne est de 1030 euros contre 1300 en France..Le départ à taux plein est fixé à 66,7 ans.....Qu'attendez vous pour y aller si vous êtes si malheureux ici?...Je peux même vous conseiller la Roumanie....

    cinto2a, vous comparez deux pays où le niveau de vie n'est pas le même. Les loyers sont moins chers en Italie, les cotisations pour la retraite sont différentes, quand on fait ce genre de comparaison, il faut le faire de façon objective !..

  • la définition du capitalisme !