En Israël, les bédouins méfiants face aux promesses du nouveau gouvernement

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Une vue de maisons dans le village bédouin de Sawanine, dans le désert du Néguev en Israël le 8 juin 2021
Une vue de maisons dans le village bédouin de Sawanine, dans le désert du Néguev en Israël le 8 juin 2021
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© AFP, HAZEM BADER

publié le lundi 21 juin 2021 à 09h40

Dans sa maison recouverte de tôle, Oum Jawad considère avec un haussement d'épaule le soutien d'un parti arabe au nouveau gouvernement israélien, pourtant inédit. Selon cette bédouine du Néguev (sud), aucune des promesses faites à sa communauté ne se concrétiseront un jour.

Début juin, le chef de file du parti islamiste Raam, Mansour Abbas, grand défenseur de la cause bédouine, a débloqué les tractations en vue de la formation d'un gouvernement en Israël, mettant fin à deux ans de crise politique.

En échange de son soutien, la coalition lui a notamment promis d'aider les bédouins, une communauté au sein des Arabes israéliens --descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948-- qui s'est progressivement et en partie sédentarisée.

L'accord de coalition prévoit une enveloppe de 30 milliards de shekels (7,6 milliards d'euros) pour lutter contre les inégalités dans la communauté arabe, le gel des destructions de maisons illégales dans les localités bédouines, et la reconnaissance de trois villages bédouins.

"Nous allons commencer à réglementer les implantations bédouines dans le Néguev, pour que les citoyens bédouins d'Israël puissent vivre dans la dignité", a affirmé le nouveau Premier ministre Naftali Bennett lors de son discours d'investiture, critiquant "un manque de gouvernance" sous le mandat de son prédécesseur, Benjamin Netanyahu.

"A chaque fois qu'un nouveau gouvernement est formé, ils parlent de ça, mais il ne se passe jamais rien", rétorque Oum Jawad Abou Qwaider, 40 ans. "Ce ne sont que des mensonges!"

Son village de Sawanine, où vivent quelque 4.000 habitants dans des maisons de béton construites sur un sol désertique, est l'une des 30 localités bédouines non reconnues par Israël. Ici, pas de raccordement au réseau hydraulique et électrique, et pas de services de santé.

Et sur ces communes non reconnues par l'Etat, où vivent environ 40% des 290.000 bédouins d'Israël, plane la menace de démolitions et d'expropriations.

"Je ne peux pas expliquer aux habitants du Néguev que je vais faire partie de la coalition alors que des bulldozers se dirigent vers des maisons", estime Saïd al-Kharoumi, le seul des quatre députés de Raam à s'être abstenu de voter en faveur de la coalition menée par Naftali Bennett, représentant de la droite radicale.

- Optimisme prudent -

Dans la grande ville bédouine de Rahat (sud), le maire Fayez Abou Souhiban rappelle qu'"il y a des accords et si le gouvernement ne les respecte pas, (...) tout parti peut se réserver le droit de lui retirer son soutien".

D'après ces accords, "le gouvernement doit reconnaître trois villages d'ici 45 jours. S'il ne le fait pas, il n'y aura plus de gouvernement", prévient, optimiste mais prudent, ce membre du Mouvement islamique du sud, dont Raam est la branche politique.

Il alerte sur le projet des autorités de transférer les habitants du village d'Al-Zarnouq vers Rahat, alors que la population (90.000 habitants) habite déjà dans "des boîtes de sardines".

La question des bédouins et du statut de leurs localités, souvent construites de façon anarchique, n'est pas nouvelle. En 2013, Israël ambitionnait de démolir environ 40 localités, de confisquer 70.000 hectares et de déplacer 30.000 à 40.000 bédouins en échange d'indemnités. 

Mais le gouvernement était revenu sur ce plan controversé.

Reste que, selon le conseil local des villages non reconnus, plus de 10.700 maisons ont été démolies entre 2009 et 2019, privant de logements plus de 33.000 enfants exposés à des traumatismes psychologiques, souligne Amer Al-Hazil, qui travaille pour ce conseil.

- "Faible" - 

Sur le marché de Rahat, Oum Anas s'interroge: "Ils ont détruit le village d'Al-Araqib plus de 150 fois. Je ne peux m'empêcher de me demander: pourquoi font-ils ça?"

Dans les localités non reconnues, "la vie est difficile", confirme son mari, Mahmoud Abou Qwaider. "Nous manquons d'eau, nous manquons d'électricité (...) L'hiver, il y a de la boue. Et quand il y a du vent, la tôle du toit s'envole."

A ses côtés, Oum Jawad se désespère de voir la situation changer.

"Même si le gouvernement veut mettre le sujet des bédouins sur la table de la Knesset (Parlement israélien, NDLR), la majorité (des députés) est contre les Arabes et (...) la voix des députés arabes est très faible", souffle-t-elle. 

"Ils ne peuvent pas réaliser nos demandes".

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