En Irak, le défi des mines et restes explosifs de guerre qui fauchent des vies

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Une fillette assise dans une zone déminée, près du hameau de Hassan-Jalad, dans le nord de l'Irak, le 29 novembre 2021
Une fillette assise dans une zone déminée, près du hameau de Hassan-Jalad, dans le nord de l'Irak, le 29 novembre 2021
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© AFP, Zaid AL-OBEIDI

publié le jeudi 09 décembre 2021 à 11h30

Au hameau de Hassan-Jalad, dans le nord de l'Irak, chaque maison ou presque a un drame à raconter. Les mines ont fauché un fils, un neveu, un frère, quand elles n'empêchent pas de cultiver les champs ou de faire paître les bêtes.

En Irak, 100 enfants ont été tués ou blessés entre janvier et septembre à cause des mines et autres restes explosifs de guerre, d'après l'ONU. Avec près d'une personne sur quatre exposée au risque selon des ONG, le pays présente un des "taux de contamination" les plus élevés au monde.

Spécificité irakienne: les conflits successifs ont laissé un héritage mortel à travers le pays, de la guerre Iran-Irak dans les années 1980, jusqu'à la défaite en 2017 des jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

C'est en 2017 que la famille d'Awad Qado a été frappée par l'explosion d'une mine au hameau de Hassan-Jalad, rassemblant une cinquantaine de maisons près de Mossoul, ancien bastion jihadiste.

Deux neveux de M. Qado ont été tués alors qu'ils gardaient leur troupeau. Son fils a été blessé et un quatrième homme amputé des jambes. Sans compter les pertes parmi les vaches et les moutons.

"On a peur pour les enfants. On leur indique les routes à prendre, les endroits à éviter, on leur dit de ne pas ramasser ce qu'ils trouvent par terre, un fil électrique ou quelque chose", raconte-t-il.

En l'espace d'un an, plus de 1.500 explosifs ont été retrouvés dans le secteur, reconnaît Alaa al-Din Moussa, chargé des opérations pour la compagnie de déminage privée GCS.

"Dans cette région, chaque maison a une histoire", lâche-t-il. "Plusieurs enfants sont morts. Des centaines de bêtes ont pénétré dans des champs et ont activé des explosifs".

- "Zones urbaines contaminées" -

En attendant d'être désamorcées, les trouvailles sont déposées sur un terrain désertique entouré d'un bandeau "STOP". Les explosifs sont classés par catégories: roquettes 107 mm, projectiles 23 mm, mines VS500.

Mossoul, mais aussi la province d'Al-Anbar (ouest), font partie des zones les plus touchées, comme tous les anciens fiefs de l'EI. En abandonnant leurs bastions, les jihadistes ont laissé derrière eux un océan de mines pour ralentir l'avancée des forces irakiennes soutenues par la coalition internationale.

"Il y a une forte contamination dans des zones urbaines", confirme à l'AFP Pehr Lodhammar, chef en Irak du service d'action antimines de l'ONU (UNMNAS).

"Le danger fait en sorte qu'il est beaucoup plus difficile pour les gens de rentrer dans leur maison et de reprendre une vie normale", ajoute-t-il, dans un pays qui compte encore 1,2 millions de déplacés.

En Irak, différentes strates d'explosifs témoignent des conflits successifs. La guerre Iran-Irak, les deux guerres du Golfe, les conflits internes...

Par conséquent, les zones frontalières avec l'Iran, le Koweït et l'Arabie saoudite restent contaminées, selon un rapport de l'ONG Handicap international.

"L'Irak est considéré comme un des pays les plus contaminés par des engins explosifs au monde", rappelait le rapport, qui évoque "3.225 km2 de terres" où subsisteraient des explosifs. 

Soit un danger pour 8,5 millions de personnes, dans un pays de 40 millions d'habitants.

Les explosifs sont "n'importe où: enterrés sous terre, reliés aux réfrigérateurs, aux portes, aux fenêtres, dissimulés sous des décombres, dans des jouets, des appareils électroménagers", ajoute le rapport.

- "Rien faire" -

Un défi essentiel: la sensibilisation, qui permet aux habitants de modifier leurs comportements face au danger.

Grâce aux séances conduites auprès des enfants et des adultes, il y a des "success stories", explique à l'AFP Ghaith Qassid Ali, du programme sensibilisation de GCS dans la province de Mossoul.

Il se souvient d'enfants qui jouaient dans un champ. "Ils ont vu un projectile, se sont souvenus des photos qu'une équipe leur avait montré et nous ont prévenus".

Il reconnaît le handicap que représente ce phénomène pour l'économie: "la majorité des habitants de ce village sont des agriculteurs, or la plupart des terrains sont contaminés par des restes explosifs de guerre".

A seulement 21 ans, le cas d'Abdallah Fathi illustre le drame.

En 2014, il gardait un troupeau quand une mine a explosé. Il a perdu ses deux jambes, sa main gauche et plusieurs doigts de la main droite.

"Avant je travaillais, maintenant je ne peux rien faire, rien porter, pas même des blocs de ciment", déplore-t-il.

Le moral en a pris un coup, reconnaît-il. "Je reste à la maison toute la journée, je ne sors pas".

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